Lamartine par lui-même, XIX, p. 389 sgo
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alliances du pouvoir qui raltèrent et les faveurs qui la corrompent y>. Il fit de la monarchie traditionnelle un magnifique éloge, mais en la rendant inséparable de la liberté et des progrès du genre humain. Ce discours, courageux et habile, où se reflétaient les doctrines de Laine et de Royer-CoUard, fixa la position politique que Lamartine voulait prendre. L'avenir donna raison à ses pressentiments. A Toccasion d*un débat où la Charte menacée était en cause, Lamarque avait dit. Tannée précédente : « Les peuples ont aussi leurs coups d'État! » Lamartine voyait approcher Theure de ce coup d'État inévitable. « Cela prend décidément la route des abîmes », écrivait-il. Les journées de juillet 1830 creusèrent rabtme dans lequel sombra, pour ne plus se relever, la royauté des Bourbons.
Cet événement, qu'il prévoyait depuis deux ans, créait à Lamartine une situation difficile. Sa loyauté et sa délicatesse lui suggérèrent une attitude irréprochable dont la ferme dignité imposa à tous le respect. Lancé <c hors des conjectures rationnelles >», il fallait prendre un parti. Celui qu'il prit conciliait ce qu'il devait à l'ancienne monarchie, dont il avait été le fonctionnaire scrupuleusement dévoué, et ce qu'il devait au pays, favorable au nouveau gouvernement. Pour ne pas servir un régime né des ruines d'une dynastie qu'il servait la veille, il envoya sa démission au comte Mole, qui le supplia vainement de la retirer. Mais, en même temps, il ne se refusait pas à prêter serment de fidélité au roi des Français. Dès le lendemain de la Révolution de 1830, il avait marqué à Virieu que telle serait son attitude. Elle était d'un gentilhomme et d'un bon citoyen. L'anarchie menaçante, sans le rallier absolument au gouvernement, lui interdisait de le combattre. « Tout plutôt que l'anarchie, plutôt que cette niaise et honteuse complicité avec les ennemis de nos ennemis, qui nous dévoreraient entre eux ! Laissons ce rôle aux imbéciles qui nous ont amenés où nous sommes, et qui voudraient se venger de leur propre stupidité par nos mains... Ma conscience me dit que, pendant qu'on peut combattre encore pour son pays, pour les principes sauvés de la mine d'un trône, il faut le faire et ne pas s'inquiéter
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trop si le drapeau a trois couleurs ou une seule, si ce qui subsiste de monarchie, de liberté, de religion, de stabilité, s'appelle Pierre ou Paul. »
Virieu était d'un autre sentiment. Il espérait que des complications intérieures feraient sortir le bien de Texcès du mal. C'est réternelle duperie des conservateurs. Lamartine avait trop de clairvoyance pour s'y prêter. Il pensait, au contraire, que « le mal sort du mal, et le mieux sort du bien ». Quelque volonté qu'ils eussent de se trouver d'accord, les deux amis devaient convenir qu'ils partaient de deux principes opposés. Au fond, c'est la Révolution qui les séparait. Virieu, légitimiste de tradition, n'y voyait qu'un mal sans mélange. Lamartine, légitimiste de liberté, distinguait entre les doctrines et les hommes. Sa lettre du 24 octobre 1830 a, pour fixer ses idées, .une importance considérable. « Je dis : les grands principes de la Révolution de 89 sont vrais, beaux et bons; l'exécution seule a été atroce, inique, infâme, dégoûtante. Pour que 89 fût si mal, il fallait que ce que 89 détruisait fût beau; or je trouve 88 hideux. Nous ne pouvons nous convertir sur ce grand principe original. Nous ne nous rencontrons que dans le sentiment d'horreur pour la Révolution-action, mais non pour la Révolution-principe. La Révolution-principe est une des grandes et fécondes idées qui renouvellent- de temps en temps la forme de la société humaine... Il y a sur ce point une tache dans ton œil. Une idée que le monde entier avoue, adopte, conçoit, défend, ne peut être une erreur : l'erreur est dans sa pratique iacomplète, mais non dans sa nature... »
Est-ce à dire que Lamartine renie ce qu'il servait la veille? En aucune façon. Il ne répudie pas la légitimité, mais, tandis que les Carlistes purs y voient un remède immédiat, il la retient, selon l'expression dont il se servira plus tard, comme « une bonne condition relative » dont l'heure sonnera peut-être, mais que les événements et la volonté du pays repoussent.
En attendant, sûr de son fait, de sa conviction et de sa conscience, il ne veut pas se complaire et s'attarder dans une neutralité qu'il considère comme un crime envers soi-môme.
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Le moment est trop grave pour abriter son inaction derrière un dégoût ou une répugnance. La lutte est ouverte : il Caut s'y jeter, à moins de manquer à son devoir social et de com- {MPomettre à la fois son propre avenir et les intérêts généraux du pays. Le gardien de ces intérêts n*est pas celui que Lamartine aurait choisi, mais il aime mieux attendre de lui le salut, auquel il collaborera, que de se confier « & la lance du Cosaque ou au sabre du Carabinier royal ».
Aussi, quand sa sœur, Mme de Coppens, lui propose et prépare une candidature, en mai 1831, dans rarrondissement de Bergues, département du Nord, en accueille-tril ridée avec entiiousiasme'. Au même moment il sollicite les suffrages des électeurs de Toulon*. Que va-t-il dire? Que va-t-il faire? Sa profession de foi aux électeurs de la deuxième circonscription de Dunkerque devance le manifeste qu'il adresse aux électeurs de la deuxième circonscription de Toulon. On ne saurait dire qu*il ait été pris au dépourvu. Dès Tavènement du ministère Polignac, il avah « griffonné un manifeste électoral pour temps et lieu », avec la volonté de dire la vérité toute nue, de ne faire aucune concession aux idées d'autrui, d*exprimer simplement et nettement les siennes. A Ten croire, c'était du « style court, nerveux et antique ». (22 septembre 1S29.) Il faut convenir que ses deux professions de foi ne sont pas écrites tout à fait de ce style : il est plus long que court, plus flottant que nerveux et, s'il est antique, il se rapproche plus delà période de Cicéron que de la concision de Tacite. Mais la faute en était moins à Tauteur qu'à la situation.
A Bergues, Lamartine escomptait son succès d'une alliance entre les royalistes modérés et ceux qu'il appelait fort pittoresquemont les <c libéraux très élevés et à manche large », sans compter les électeurs des campagnes dont il fallait ménageries susceptibilités catholiques. Cette alliance
1. L'hiflloirB de eette candidature, et de celles qui ssivirent à Bergues, a M faite par M. Henry Cochin dans un livre intitulé Lamartint et la Flandre^ dont je ne aanrais trop loaer llntérèt pittoresque, Taction vivante et la splrittielle impartialité. Un tel livre épuise la questioo.
3. Voir Caussy, les Débute politiques de Lamartine. Mercure de France^ i6 novembre et 1* décembre 1908.
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ressemblait fort à une coalition. Elle exigeait une grande prudence dans les paroles, dans les actes et dans les démarches. Lamartine se rendait bien compte de la question que soulevait sa candidature. Il la posait lui-même avec une apparente audace. « On me demande : Â quel parti politique appartenez-vous? Sur quel banc vous assiérez-vous à la Chambre ? Voici ma réponse. y> La réponse, plus habile que claire, élude la question sans la résoudre. Lamartine invoque la confusion des partis, au lendemain d'une grande commotion politique, et la dispersion des hommes pour ne se rattacher ni à un parti ni à un homme. Il veut se définir par les choses. Dans une lettre du 21 mai, écrite à un ami politique, M. SauUay de TAistre, il avait déjà dit : Les hommes sortent des choses et non les choses des hommes.
Le péril d'une question trop précise ainsi écarté, la profession de foi prend une belle allure oratoire et se développe en discours. « Je suis de ce parti qui... » ; ainsi commencent quatre paragraphes, où Lamartine ramasse dans un raccourci nerveux (cette fois il mérite Téloge qu'il se décerne) rhistoire des trente dernières années. Puis le programme / pratique s'affirme : la liberté de la presse, l'indépendance / religieuse, l'émancipation légale et progressive de Tenseii gnement, la décentralisation départementale et communale, I l'élargissement de la liste électorale.
C'est bien, mais est-ce tout? La profession de foi ne dit pas à quelle dynastie Lamartine se rattache. Ce silence inquiète les libéraux. Ils veulent une adhésion formelle à la monarchie née de la Révolution de Juillet. Lamartine, quoique acceptant les faits accomplis, refuse d'obéir à une sommation qui le froisse tout à la fois dans sa dignité et dans la fidélité de ses souvenirs. « Dire que j'étais dévoué au maintien de la dynastie nouvelle, c'était dire implicitement que . j'étais dévoué à l'exclusion de l'ancienne, chose qui ne m'allait pas et que je ne ferais jamais. » Cette réponse, dont la fierté honore Lamartine, décide du sort de l'élection :• il est battu par 181 voix contre 188. Belle défaite, qui réserve l'avenir. A Toulon, il en connaît une semblable : 72 voix se portent sur son nom, tandis que son principal concurrent en
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réunit 78. L'élection fut annulée par le Conseil d'État. Lamartine, d'abord disposé à reprendre la lutte, se ravisa et s'abstint.
Ce double échec ressemblait trop à un triomphe pour le décourager. Il en éprouva plus de tristesse étonnée que d'amertume. Pourtant, quand il écrivait au marquis Capponi : tt La France, par un instinct qui fait frémir, ne choisit les représentants de son avenir que par exclusion de tout ce qui promet force et lumière », on comprend à quelle exclusion il pensait. La revanche fut un peu plus longue qu'il ne l'avait prévue. En l'attendant, il mit sa « force » et sa « lumière » dans une brochure, la Politique rationnelle^ que Ton peut considérer comme le véritable pointde départ de son action.
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