CHIB DB JUILLET .' SON REFUS || IL SIEGERA € AU PLAFOND
AMBITIEUX et impatient d'action, Lamartine attendait depuis plusieurs années Theure décisive qui marquerait pour lui rentrée dans la vie politique. Quand elle sonnai, son cœur brisé était fermé par un malheur tragique à la joie et à Tespérance : sa fille Julia, une enfant ravissante, était morte à Beyrouth, le 6 décembre 1832. C'est seulement au mois d'octobre 1833 que Lamartine revint en France, rapportant les restes de son unique enfant. Il avait volontairement retardé son retour. De Gonstantinople, le 25 juin, il écrivait à un ami de Mftcon : « J'ai désiré une action politique, je ne le désire plus, je n'ai plus assez de foi en moi-môme et dans les choses pour en donner aux autres. Je désire vivement qu'une dissolution des Chambres me dispense, sans qu'il y ait de ma faute, d'aller pérorer à froid sur les vanités du siècle qui ne m'émeuvent plus, y» De Semlin, sur le Danube, le 5 septembre, il exprimait à Virieu le même désenchantement : « La politique m'importe moins de jour en jour. Je prie Dieu de ne pas m'y jeter. » Arrivé à Monceau, les chers souvenirs exaltent sa douleur : « Je suis anéanti, perdu, j'ai
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vécu, je ne désire que repos et silence, et malheureusement il faut peut-être que j'aille m'asseoir sur un banc politique pendant quelques mois. »
Enfin, le devoir pressant, il se résigne. Il entre à la Chambre le 23 décembre 1833. Pendant sa longue absence, Casimir Perier était mort. En mars 1831, Lamartine avait écrit sur lui : « Voici un homme politique... Si les éléments de gouvernement ne crèvent pas dans la main de cet homme^ il pourra gouverner. » J'ai relevé Thommage qu'il lui avait fendu dans la Politique rationnelle. Il y avait des réserves. Casimir Perier avait dit à Dargaud, qui lui avait communiqué la brochure : « M. de Lamartine, aussi chimérique au moins que Fénelon, ne nous fait qu'une demi-justice. Si jamais il sort du vague des théories et qu'il aborde le pouvoir, il comprendra que l'horizon de l'esprit et l'horizon de l'action sont deux choses très distinctes. Le premier est une perspective, le second est une arène où il est un peu plus difficile de manœuvrer ^ » On sait avec quel courage Casimir Perier manœuvra dans cette arène difficile jusqu'au jour où une attaque de choléra, héroïquement affrontée, le terrassa. Peut-être était-il le seul avec lequel Lamartine, attiré par sa droiture et par son caractère, aurait pu nouer une action.
Quand il prit possession de son banc, Lamartine était un isolé. Il l'avait voulu. Avant les journées de Juillet 1830, conscient du péril qui menaçait la monarchie, il écrivait à Virieu : « Je fais comme toi, je ne me laisse pas prendre par un parti » ($ juillet). Après la Révolution, il exprimait la même intention avec plus de force : « Il est impossible de conserver bon senê ou vertu, si l'on y trempe. Les partis, blancs, rouges ou bleus, ne sont que des passions, souvienstoi de ce mot, et des passions haineuses et honteuses et féroces, exploitant en riant quelques sentiments généreux et nobles. » (19 novembre.) Quand il escompte son succès à Toulon, après l'annulation de l'élection où il l'avait serré de si près, il prévoit sa place isolée dans les débats politiques.
Cet isolement, qu'il prépare et dans lequel il se complaît