Des Cognets, p. i8y, en note
Digiti
LA VEILLÉE DES ARMES
à Tavance, est-il Teffei d'un orgueil trop confiant et d^une ambition démesurée? On Ta dit, même parmi ceux qui ne ménagent pas leur admiration à Tesprit politique de Lamartine et à son génie oratoire. Pour ma part, sans méconnaître qu'il ayait la pleine conscience de sa valeur, dont il n'attendait pas toujours qu*on la louftt pour en faire lui-même réloge, j'attribue cette volonté de vivre en marge des partis moins à la vanité qu'au sentiment exact de sa situation personnelle. Lamartine juge les partis avec une sévérité excessive : « Sottise et vice des deux parts, et souvent crime pardessus ». C'est piéconnattre, en généralisant des cas d'exception, la force que la discipline et l'union consentie des hommes apportent à une doctrine. L'action politique a des lois et des exigences auxquelles elle ne peut se soustraire sans se condamner à l'inertie et à l'impuissance. Mais il faut convenir que si les partis ont leur grandeur, ils ont aussi leur servitude. Challemel-Lacour a écrit là-dessus, dans un livre trop peu connu, qui est bien près d'être un chef-d'œuvre, quelques lignes admirables, a La politique est une occupation plus excitante encore (que la littérature), et la pensée n'y est pas moins superflue. Ce que vous devez dire, aimer, détester, haïr, faire, est réglé pour jamais. Nul article de foi n'est omis; les Exercices spirituels d'Ignace de Loyola ne sont pas plus complets. Avez-vous le pied dans un parti, tenez-vous pour guéri de vos doutes et de vos scrupules : il ne vous reste plus rien à chercher. On vous débarrasse obligeamment de votre esprit, on le prend en pension, on le met au régime et on ne vous le rend que déshabitué de tous écarts »^ Ce régime, dont Challemel- Lacour exagère peut-être la rigueur, ne pouvait pas convenir à un homme de pensée comme Lamartine. Il apportait dans la politique une originalité trop puissante et, sur certains points, trop audacieuse pour s'enfermer dans l'étroitésse des cadres établis et rigidement constitués. Quand on veut « soutenir le bon sens et la vertu envers et contre tous » quand on se déclare « prêta combattre à droite et à gauche »,