Des Cognets, p. ao4i 3o
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de curiosité ^ Les couloirs se yidèrent en l'honneur de ce début sensationnel. Sur tous les bancs il se fit un grand silence. Lamartine avait écrit son discours. L'auditoire ne rintimida pas. De cette tribune, « qui trompe et dévore tant d'espérances x>, il adressa un hommage, apprêté et solennel, au patriotisme et au génie de ceux qui, comme de Serres, Foy et Laine, y avaient fait retentir leur voix, aujourd'hui éteinte. Animé de la volonté de n'être ni injuste, ni ingrat, ce qui était de sa part la meilleure des précautions oratoires, il reconnut les services rendus par le gouvernement et, d'un mot heureux, il déclara que «c dans les momenlis de péril intérieur l'habileté est dans le cœur ». Comme « homme de convictions sociales bien plus que comme homme de parti », il eut le courage, tout en réprouvant les tentatives insensées de guerre civile, de prononcer une parole de clémence en faveur des révoltés de la Vendée, « dont le crime n'est peutêtre qu'une erreur de leur fidélité ». Puis, il aborda la question d'Orient. Ce fut moins une politique qu'une indication et un discours qu'une position. A l'entendre, l'empire ottoman n'était plus qu'une ombre, un nom, une capitale. Le moment était venu de rendre « des patries à des nations » opprimées et dispersées, et de partager entre elles, sous le protectorat de l'Europe, sans tirer un coup de canon, un vaste et magnifique héritage.
Ce discours, bref et vague, eut l'hésitation d'un essai. La forme en est claire et belle, sans emphase ni images. Eut-il du succès? La presse ne fut pas trop hostile. Le Journal des Débais parait traduire avec impartialité l'impression de l'assemblée. « L'essai de M. de Lamartine nous semble du plus favorable augure pour la suite de sa carrière parlementaire. Si, habituée qu'elle est au mouvement plus rapide et plus familier du discours, la Chambre a paru éprouver un certain sentiment de surprise pour la richesse, l'élégance et lliarmonie d'un langage auquel elle n'était pas encore faite, il a été facile de voir que cette surprise était toujours accom-
1. M. Doamic • oonsacrè à Lanrartine orateur, dans la Revue de« Deux Monde» du i5 septembre 1908, un article très documenté et très pénétrant dont j'utiliserai souTent les précieux éléments.
pagnée de rintérét le plus vif et le plus soutenu. On était pressé de savoir si notre grand poète a aussi sa place marquée parmi nos orateurs. Nous croyons qu'il ne tient qu'à lui de la prendre. Cette double gloire est assez rare pour en constater jusqu'à Tespérance. »
Le Constitutionnel déclarait que le discours de Lamartine, écouté avec intérêt, n'avait pas rempli l'attente de l'auditoire.
Mais le Courrier Français avait raison de dire que la pensée était trop indécise et que le vague, si heureux dans les Méditations^ ne convenait pas à une discussion politique. Lamartine s'en était rendu compte. Il crut donc devoir reprendre sa pensée et il la développa dans un grand discours, qu'il prononça le 8 janvier. Tout pénétré des souvenirs et des constatations qu'il avait rapportés de son voyage, il fit un pittoresque tableau de la décadence de l'empire ottoman et des pays soumis à sa domination. Comme il parlait de ce qu'il avait vu, et qu'il en parlait magnifiquement, il fut écouté avec attention. C'était une sorte de conférence, riche et abondante, dont il devait reprendre les développements dans le Résumé politique qui termine le Voyage en Orient. Mais la beauté de la forme ne pouvait faire illusion sur des conclusions chimériques où le poète se retrouvait beaucoup plus que l'homme d'État. Lamartine tombait ainsi dans recueil qu'il aurait dû avoir Surtout pour souci d'éviter. Il avait une vue pratique et d'avenir en assignant les colonies aux passions nouvelles et aux besoins nouveaux que la civilisation croissante excitait ou développait en Europe. Mais quelle illusion, qui ne tenait compte ni de la concurrence des intérêts traditionnels ni des conflits d'ambition inévitables, de vouloir organiser un système politique européen par le protectorat général collectif de l'Occident sur l'Orient démembré I Quelle erreur d'associer dans cette œuvre commune l'antagonisme, à ce moment inévitable, entre la Russie et l'Angleterre 1 La « Sainte Alliance de la civilisation » que Lamartine voulait fonder se heurtait de toutes parts à des réalités qui en brisaient jusqu'à l'espérance. On la qualifia de vision poétique. Lamartine lui-même en a plus
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tard avoué les côtés aventureux et impraticables. Ce pré-tendu règlement aurait ouvert la porte à toutes les complications.
Quoique le discours n'empruntât rien à une intention d'opposition contre le ministère, les radicaux lui firent un certain succès. Mais les journaux carlistes dirigèrent contre Lamartine des attaques qui n'épargnèrent môme pas sa femme. Ces clameurs et ces injures ne Tébranlèrent pas. Elles faisaient partie de son plan de * conduite et elles lui paraissaient nécessaires à l'organisation future d' « un nouveau parti de royalisme avancé et impartial qui ne prendrait son appui que dans la conscience du pays ». On ne peut s'empôcher d'admirer une impassibilité dont une clairvoyance aussi tranquillement raisonnée est la raison d'ôtre.
Ce double début n'était pas pour décourager Lamartine. Il avait vraiment la constance dont il s'était flatté auprès de Dargaud. Ce qu'il voulait surtout, c'était conquérir l'improvisation par l'usage fréquent de la parole. Il s'était d'abord assigné trois ans, mais la confiance que lui donnaient ses premiers essais lui laissait espérer, comme il en faisait l'aveu à son père, que six mois suffiraient. Pour cela il fallait avoir la hardiesse de parler sur toute chose et de « s'accoutumer au feu ». Cette hardiesse ne lui manqua pas. « Je n'épargne ni courage, ni peine, écrivait-il à Virieu, j'affronte le ridicule, plus difBcile à affronter que le poignard. Je vois le but et j*oublie la route. » (13 janvier.)
Aux difficultés qu'il s'efforçait de vaincre pour acquérir la parole s'ajoutaient chez Lamartine celles de sa politique que, pour la mieux préparer, il ne voulait pas dévoiler. C'était une politique à terme, mais dont le calcul ressemblait trop à de l'orgueil et l'isolement à du mépris pour ne pas irriter successivement tous les partis. Ils ne ménageaient pas Lamartine. Leurs sarcasmes ne réussissaient pas à l'émouvoir. Sa conscience lui dictait sa règle de conduite : c'est en elle seule qu'il trouvait sa force. Il dénonçait le mal et il prenait le bien où il les trouvait, sans souci des étiquettes. Aussi sa position était-elle singulière. II arrivait parfois aux partis qui l'avaient attaqué le plus violemment
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d'être contraints de le louer avec enthousiasme. Tour à tour les carlistes et les libéraux en firent Texpérience.
Comment les légitimistes ne lui auraient-ils pas su gré de combattre les mesures exceptionnelles que le ministre de la guerre avait proposées, et que la commission de la Chambre aggravait^ pour mettre fin à TinsurrecUon vendéenne? Lamartine opposait Tamnistie à la rigueur. Ce fut, le 3 février, une séance orageuse. Des clameurs violentes accueillirent Torateur de Tapaisement. Il se tint ferme à la tribune et conserva un sang-froid parfait, s'il en faut croire son témoignage. Mais aux interruptions qui pleuvaient sur lui il ne trouva pas une réplique. Son discours était certainement écrit en entier. Il n'avait pas encore acquis l'improvisation. Eut-il le temps de l'acquérir dans l'intervalle de douze jours qui sépara le discours sur la Vendée d'une harangue en faveur des Frères des Écoles chrétiennes et de la liberté de l'enseignement? Il le dit : « L'improvisation a été presque complète et bien débitée. » Ce presque manque un peu trop de précision et j'avoue qu'il me laisse des doutes sur un progrès aussi rapide.
Quand Lamartine parla, le 13 mars, sur le projet de loi contre les associations, ce fut au tour des libéraux de l'applaudir. Le gouvernement proposait à l'article 291 du Code pénal des modifications qui en étendaient l'application et en aggravaient les conséquences. Moins absolu que Berryer, Lamartine ne refusait pas son vote, mais il le subordonnait à certaines garanties. Son discours, par l'allure plus rapide, par la vivacité incisive, par la simplicité, par la dignité personnelle, par la rigueur du raisonnement, marque un progrès oratoire. J'ai encore peine à croire qu'il l'ait improvisé, comme il l'écrit à Virieu le 15 mars. Ou plutôt, ce qu'il a improvisé n'a pas figuré au Moniteur; il l'avoue luimôme. Tel quel, ce discours est fort beau. Le Courrier Français en louait « les idées justes, les vues sages et élevées exprimées dans le plus noble langage ». Il blftmait son défaut de précision. Le reproche n'est pas absolument mérité, surtout si l'on songe qu'il entrait dans la tactique de Lamartine de ne pas révéler d'un coup sa pensée tout entière.
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Ce discours du 13 mars 1833 n'en reste pas moins un des plus importants que Lamartine ait prononcés. Sur la question elle-même, en demandant que la loi eût un caractère temporaire, il voyait si clair que Tun des ministres, M. Gruizot, a regretté plus tard qu'on ne lui eût pas donné une durée limitée. Mais le discours de Lamartine débordait et dépassait la question. Pour la première fois, il définissait son parti : le parti social « qui ne fait alliance ni avec les passions rétrogrades du passé, ni avec les passions sub*versives du moment^ ni avec les timidités des uns, ni avec les colères des autres; qui ne s'occupe que des idées, qui ne voit que les choses en elles-mêmes, et qui s*élève au-dessus des formes et des personnifications du pouvoir... Il ne refuse rien au pouvoir par opposition systématique; il ne lui accorde rien par complaisance et par peur; il se demande si les lois qu*on lui présente sont dans les nécessités du présent et dans Tesprit de Ta venir, et il examine ^ »
Au nom de ce parti, Lamartine condamne la poliiique via- v/ gère des cabinets dont toute la science du gouvernement se résume dans la répression, tantôt des attroupements, tantôt de la presse, hier des coalitions, aujourd'hui des associatûms. fc Mais des lois pour vérifier les industries, pour éclairer et moraliser les ouvriers, pour occuper et satisfaire cet excès de forces qui tourmente la population et la jeunesse française; des lois de prévoyance, d'avenir, de lendemain? Point. »
Certaines prédictions de Lamartine sont célèbres. Il n'en est pas, à mon sens, dont la clairvoyance dépasse les applications qu'il a prévues de la liberté d'association. S'il se résàgae à suspendre son application, il ne consent pas à en mutiler et à en abolir le principe. Écoutez-le : « Quand rÉgliêe sera séparée de l'État et vivra de sa propre vie, com-
I. Dans la brochure intitulée Deg Destinées de la Poésie, Lamartine parait ne Touloir consacrer à la politique que deux ou trois ans afin d'apporter « une con- ▼ietion, vne parole de plus > an groupe noaveau dont la nécessité lui apparaît. Il déclare que l'on est à une grande époqae de reconstruction sociale. Chacun doit foornir sa pierre et son ciment à lliumanité en rénovation. Lamartine caa^Me car toutes les opinions politiques, sur toas les partis, pour associer à la tâche commune les hommes « désenchantés des symboles menteurs, qui ont de la portée dans le regard et de la générosité dans le cceur ».
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ment refuserez-vous le droit d'association aux besoins religieux de quelques millions de Français? Quand vous reconnaîtrez la liberté du travail et des professions^ comment refuserez-vous le droit d'association à ceux qui les exercent?... Sans doute«cette législation sera difficile; c'est une force sociale toute neuve à constituer... Mais ce qui est nécessaire n'est jamais impossible, et d'ailleurs tous n'aurez qu'une alternative': ou des droits reconnus ou des droits envahis; ou des associations légales, ou des sociétés secrètes et illicites. » Ce passage prophétique résume, en la prédisant, toute l'histoire sociale d'un demi-siècle.
Louis Blanc ne s'y était pas trompé. Quoique adversaire de Lamartine, et à une heure où rien ne pouvait lui laisser soupçonner qu'une révolution les jetterait Tun et l'autre, au moins pendant quelques semaines, du môme côté de la barricade, il lui consacrait dans VHistoire de Dix Ans (t. IV, chap. iv) une page admirable. Il le louait surtout d'avoir mis sa parole, toute de pourpre et d^or^ au service de la démocratie. « Il est une gloire qui appartient sans contestation à M. de Lamartine. Â une époque où beaucoup de républicains en étaient encore à renfermer le salut du peuple dans la substitution d'un consul à un roi, lui, légitimiste converti de la veille, il annonçait déjà la réforme sociale. Les anciens, nul ne l'ignore, avaient décoré le poète du nom de Vates^ qui signifie prophète. M. de Lamartine fut donc un poète dans la plus noble acception du mot... en secouant avec courage les préjugés d'une moitié de sa vie... et en montrant la route lumineuse qui s'ouvrira devant les générations à venir. »
Avant de tenir ce langage hardi, Lamartine avouait qu'il parlerait « pour les murs », escomptant seulement l'avenir et l'adhésion de la jeunesse. Mais, contre son attente, les murs ne furent pas seuls à l'entendre. De tous les côtés de la Chambre, des mains se tendirent vers lui. Était-ce un hommage au talent? Était-ce une. adhésion politique? Il crut, un peu naïvement, dans le vertige du succès, avoir placé le drapeau sur la brèche et assuré la victoire prochaine. Il en était loin. Tous les partis d'opposition, à l'exception des carlistes
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impénitents et intransigeants^ avaient trouiré à glaner dans son discoavs nne appretMitioii ou une espéxaace. Ils Ten payaieHl en PapplaniéisBant. ttaie il lui restait encore à lirrer de terribles batailles* Il s'y préparait par la gymnaatiqve eratoire, pariant sur les svjets les plus Taries pour s'habituer à ce qu'il appelait « FinexpriflEMible diffievlté » de kl tribune.
Pendant le mois d'anrfîl, il nTy monta pas moins de trots fois. Fidèle à Tattitude ^'il s'était impesée et qv'il a^aiib si« loyal oMe ni déinie, il donnait raison au govremement dans toutes les drcenstaaices où le gsurveniemeni lui paraissait avrâr r»aoR. Ainsi fit41 à Toceasion d'une indemnité et 25 millions par kcp^lle Casimît Perier avait Yoolu régler une question pendante avec les États-Unis depuis l'Empire. Le due de Broglie, ministre des AflEedres étrangères» soutint le projet, sur lequel il joua et perdit son portefeuille. Tan;disque Berryer le combattait, Lamartine fut aux côtéadn ministre pour )s défendre. Ce fui son prenoéer esqposé diplomatique. Au-dessus de la question de fait, dont il ne négUgea pas la discussion, il élevm des considératiims de morale inter^^ nationale et de probité politique qui furent toujours son programme de politique extérieure, (i*' avril.) Quand* la question revint, un an plus tard, le 13 anrril 1835» il lui consacra de neuveavx développements dont la force ne fut pas étrangèiB au vote. On sent par la comparaiscm des deux dtecoors tout ce que dans cet intervalle son éloquence, plus sobre et plu» cfoeete, a gagné d'autorité.
L» question de la cànservatien des évéckés créée par le Coneordal de Mal lui fat l'occasion de définir son programme en matière religieuse. La fréquence de ses apparitions à la IriiMute n'avait pas pour unique cause le désir, dcmt S n'a jamais fait mystère, d'éprouver, d'assouplir et de perfectionner l'instrument de la parole. Il voulait aussi exposer un à un, selon les circonstances, les points esseaticîs de sa politique. Elle n'était improvisée ni dans ses bardîesses ni dans ses prudences. On y retrouve, avec un accMiit plus pressant et plus vif, les idées tUrectricesde la Politique ratiomnelle. Ainsi Lamartine fait pressentir la séparation de
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rÉglise et de rÉtat, « qui rendra la conscience à Diea et la politique à l'homme ». Il définit dans une formule heureuse les rapports qui doivent exister entre le gouvernement et les cultes : (( Le pouvoir n'a qu'un moyen de servir la vraie religion, c'est de n'y pas toucher. Il n'a qu'un moyen de favoriser les consciences, c'est de les respecter. »
Tous ces discours ont de l'élégance, de la clarté, de la logique, mais ils manquent de vie et de chaleur. L'apprêt y nuit à l'action. On y sent moins une âme frémissante qu'un talent qui s'étudie et se forme. Ils sont visiblement trop écrits. Avec le discours du 8 mai 1834 sur l'instruction y publique, je n'ose pas dire que le procédé de préparation a changé, mais le sujet a emporté l'orateur, sa conviction prophétique lui a donné comme une sorte d'accent nouveau et entraînant qui, même venu de si loin, nous touche et nous émeut encore. Déjà, en discutant le projet de loi sur les associations, Lamartine avait mis au premier plan des nécessités sociales l'enseignement populaire.^Gette fois, il développe sa pensée, il proteste contre une réduction projetée des crédits de l'instruction publique, il s'indigne que le subside de l'État à 45000 écoles des communes soit seulement de 430000 francs et, tout en rendant hommage à la loi que Guizot a fait voter l'année précédente, il réclame un effort méthodique et soutenu en faveur de l'éducation et de la moralisation du peuple. La liberté d'enseignement, qu'il définit la première des libertés humaines, est pour lui un droit naturel qu'il confond avec la liberté de conscience. L'éducation développée ouvrira à une jeunesse ardente et impatiente des horizons et des emplois nouveaux. « Jetez avec moi un regard à fond sur le pays. Qu'y voyons-nous, Messieurs? D'immenses. facultés, et rien pour les occuper; des capacités sans nombre, et rien pour les employer; des ambitions sans bornes, et rien pour les satisfaire. » Lamartine, pour donner « une propriété sociale à l'intelligence », préconise, avec un vaste et complet système d'universités, une organisation des hautes études, des lettres et des beauxarts. Il reproche à la révolution de Juillet, téméraire et forte au jour du combat, les timidités qui lui font perdre le prix
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de la victoire. « Toute réTolution doit quelque chose au peuple et ne se légitime que. par des œuvres. » Au premier rang de ces œuvres Lamartine place et réclame une organisation complète du ministère de Tlnstruction publique. Là comme partout, ce poète est un précurseur.
D'ailleurs toute occasion lui est bonne à la fois poyr essayer ses forces et pour exposer sa « doctrine d'avenir ». Le 13 mai 1834, on discute sur des crédits du ministère delà Guerre, d'abord réduits, mais dont les émeutes de Lyon et de Paris ont démontré la nécessité. Lamartine ne refuse pas ce qu'exige l'augmentation de l'effectif de l'armée, « qui est devenue la dernière raison de la liberté même». Mais un discours de Thiers a élargi la question et fait d'un débat sur des crédits additionnels une bataille politique. Lamartine s'y jette tout entier. La querelle parait porter, entre partisans de la révolution de Juillet, sur l'orientation, avancée selon les uns, modérée selon les autres, qu'il convient de lui donner. Lamartine marque bien sa position. « La place de r<^inion que je représente n'est pas dans cette mêlée... Nous, nous sommes cette partie du pays qui n'a ni fait, ni désiré, ni salué cette révolution, mais qui l'a subie. » Il n'en demande pas moins à être admis comme interlocuteur. Son discours a une singulière fortune. La première partie provoque une vive adhésion sur les bancs du centre; la seconde, que le centre interrompt par des réclamations, des murmures et des mouvements d'impatience, est applaudie par les partis extrêmes. Est-ce donc que Lamartine se contredit? En aucune façon, mais ce sera longtemps sa destinée de connaître ces approbations contradictoires. Comme il dit librement ce qu'il pense et qu'il met la vérité (ou ce qu'il croit tel) en dehors et au-dessus des partis, sans souci de leurs combinaisons et de leurs intérêts éphémères, les partis applaudissent ce qui, dans ses discours, vient au secours de leur action et de leur tactique. Il ne fait rien pour les servir, mais ils se servent de lui dans la mesure où ses paroles, ses critiques et ses illuminations prophétiques favorisent leurs rancunes, leurs desseins ou leurs ambitions. Quoique son talent oratoire soit encore loin de son plein épanouissement,
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il esl une foroe nussanta. dont personne ne dédaigne le con«ooasB^ môme aceidentel et involoBiftire. TantAt ropposHîon sontieDi LaouLCiine contre le minielére, taniél.les amis dn cabinet lu font nu snccàs* caontre la. fraction avancée* Ou lia Taime pas encore pour lui-mène : on l-aime, ou pluiM,. 00"^ VapBlttndity. contre quelcpi'uii. G!es4 une pœîiiaa Imdie; et périUaoae, dont le principe est noble et fier, nua <kinb il aecadt vaiaidi'attendre'im effet pinitM|ueet âne action effieaoe; Lonia-Blane a en mison de- dire de Lamartine que rinapintlicai pouvait diffioîlemants^aeeQrder en lui'avec cetle«*iornie bemtame de L'obéaasance » fne la aihiatîon de chef de^partî exige fréquemment. IL a'éoouiemi un long temps aTaat q«B Lamartine^ aupéneur aisa pantfs par son mdâpeadanoo mêmev leur impose- le prestige d'un-^&nie et d-*ùne sitosÉioi unîqmst..
ILe-discouraF dn 13 mai 1834^ dont le projet eav les crédita additionnas fut le prétexte^ précise et complète cekd que Lamartine aVait prononcé suc les associations. Il avaîidîè : « AjFons d'autres conciliateurs que nos soldats, d'antres arguments que nos baïonnettes ». Il dit aujourd'hui : <c Tout s^émonsse, même les baïonnettes ». Ge n'est pas qu'il ne reconnaisse la nécessité d'une répression de Fanarohie. Làdessus il est d'accord avec le c^itre. Entre ceux qui* eèdeont et ceux qui résistent, entre ceux qui dierehent la populanté et ceux qui la bravent, il est pour ceux qui combattent» et il évoque le souvenir de Casimir Perier, sejetani sons les cônes du char pcfHikdre pour l'arrêter au risque de sa vie. Mais Fongînalité d» ce conservateur est d'être en même temps un Ubéral. Il veut concilier la résistance, qui est une nécessita, avec le pregrès, <|ui est un devoir. Sa confiance ne va pas à « une politique qui n'apaise risn^ qui ne rectifie rien, qui. ne résout rien, qui tourne les difficultés sans les trancher^ qui n'appuie la société que sur le fusil du garde natiimal et dn soldât iu II estime la majorité pour son énergique dévouaient à l'ordre, mais il déplore Tinertieimpeévoyants dans laqueUa le gouvernement l'entretient. « Je suis convaincu qu'elle tarde trop à> mareher avec prudence dans la route nouvelle que l'époque ouvre à des* innovations toute» morales, tdutes
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ffé8anraioioe&; qu'elle résis&e à resprit 4'orgaiiiaation qui tiandUe toutes les peiifiées et qui devrait agir par elle; qa>Ue se laisse dépasser ^ar la preeee, par la pensée paUique, par les intérêts mêanes des masses; qu'elle ne s'ucoiqie que de ia question pelitîque déjà ^traversée, koutiB^ ^pteiks-quoitioM tocialm frappent à nosporiegyti qu'elle ueai faire «ne kalie là aà tsuilulemt de faire-an mouvement hardi^ 'habile^ A d^eidever le lesmiBàfleScadTersaires. » Lamartiae, •près avoir aizksi posé la question sociale, songez qu'il parle en ftB34 ! .préconise A nouveau le déTcleppement de îlinatnMiion gpuÛique. Puis, il réclame un aystème^dttieolîon pins 'vaste « qoi -élargissefla base politique de la sotciéié, et qui fWBmetke à toutes les classes de faire leprésenterJeurs et ieuxB intérêts ». Sans se laisser anrêter par les Jtfoi prient des lianes du centi», il ipounniît ; une audace grandissatiie^ et le «voiolqui deoBande^des «mquBtes permanentes sur rindustrie^ rallègement ou le redreseemenA des impôts indireots, et, pour les prolétaires, Tassociation, des avances de capitaux ou des terres de oolonisatian! Et il termine par une formule saisissante, où se résument toutes ses aspirations politiques et sociales. « Quand votre société sera mieux faite, nous n'aurons pas ai souvent à la défendre. >» De telles paroles dépassent singulièrement le temps où elles furent 4£tes« Guizot refusait k Lamartine les qualités de Thomme d'État, qu'il 'déniait d^illeurs à Mirabeau. Mais qui ne sent tout œ qu'aurait gagné Louis-Philippe si les inspirations de Lamartine avaient passé, même en partie, dans les conseils qu'il recevait de Guizot?
La session de 1834 s'acheva le 24 mai. Dans l'espace de • cinq mois environ, Lamartine était monté douze fois à la tribune. Il s'y était essayé dans les sujets les plus divers. Avait-il réussi? Gormenin, dans le Livre des Oraieum^ ofù il le traite sans bienveillance, nous dit qu'au début « quand il récitait mot à mot ses discours appris, sa parole était flasque, molle, tratnaute, embarrassée et ne quittait pas les basses régions de la phraséologie ». U nous le dépeint « roide, compassé, sentencieux, ' impassible ». Lamartine lui-onême
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reconnaît que les journaux hostiles le représentaient au public comme ayant « balbutié de mémoire des phrases pleines de son, vides dMdées, plus vides encore de conviction ». Â distance, ce jugement étonne. La pensée de Lamartine se revêt souvent, dans ses premiers discours, d'une phrase ample, flottante et trop généreusement abondante. Mais j'y trouve moins de déclamation que chez beaucoup d'orateurs réputés de son époque. Peut-être doiton mettre au compte de la lenteur et de la solennité du débit l'impression rapportée par Cormenin et avouée par Lamartine. Il faut beaucoup d'art, mais sans que trop d'art apparaisse, pour bien réciter un discours. Sans doute Lamartine récitait-il mal. Mais peu à peu, à mesure que l'improvisation se mêlait au discours appris et lui imprimait du mouvement, son autorité grandissait. Je soupçonne Lamartine d'exagérer un peu et de s'être fait illusion i lui-même quand il dit que son discours sur les frères des Écoles chrétiennes souleva « un bravo presque général sur tous les bancs et dans les galeries ». Pourtant il eut du succès. Ce fut, selon son propre témoignage, « bien débité ». Lamartine disait-il bien les vers? Je l'ignore, mais dire des vers et prononcer un discours, ce n'est pas tout à fait la même chose. L'apprentissage de Lamartine n'était pas achevé quand la session fut close. Personne ne songeait encore à lui appliquer le mot de Royer-GoUard sur Berryer après son premier discours : <c C'est plus qu'un talent : c'est une puissance ». Déjà pourtant c'était un talent.
Politiquement, ses débuts se ressentirent des difficultés de^ la situation exceptionnelle dans laquelle il s'était placé. Quand on n'est pas d'un parti, on risque d'avoir tous les^ partis contre soi. C'est une fière attitude, mais c'est aussi une périlleuse gageure, dans une assemblée agitée de passions et d'intérêts, d'ambitions et de rancunes, d'avoir pour unique règle de conduite la volonté « d'aider tous les gouvernements à bien faire ; d'empêcher les gouvernements de faire mal ». Cette unité de devoir entraîne des contradictiona^ au moins apparentes, d'attitude. Lamartine, précisément parce qu'il restait fidèle à lui-même, prêtait singu-
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lièrement au reproche de ne pas savoir exactement ce qu'il voulait. Ceux qui ne doutaient pas de sa sincérité lui refusaient tout esprit politique. Son isolement, dont il attendait une force, faisait provisoirement sa faiblesse.-l^es sceptiques le raillaient, les intrigants le méprisaient, les moins malveil* lants le plaignaient. Quand il disait à Dargaud : « Je suis à Tétat de balayure dans le Parlement^ », il subissait Timpression passagère d'une amertume excessive. Mais il savait se reprendre et sa tristesse n'était jamais du découragement. Doutait-il de la fidélité de ses électeurs? Le 15 mai 1834, en prenant position, dans une brève intervention, contre la peine de mort, il faisait allusion aux députés que la législature nouvelle ne reverrait pas. Et le 3 juin, il écrivait à Virieu : Que je vive ou que je meure^ que je rentre ou non à la Chambre.... » Une double élection Vy ramena.