‹ Lamartine, orateurChapitre 35 sur 108 · Des Cognets, p. aoa · texte numérisé non relu

Des Cognets, p. aoa

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citait Mole d'avoir eu le prévoyant courage, qui avait manqué à Guizot et à Thiers. Ce qu'il défendait, c'était a une situation du pays », auquel, par-dessus les querelles des hommes, il voulait épargner une crise sans dénouement et sans issue. Il ne faut donc pas dire, comme Ta déclaré Guizot, que Lamartine avait « presque livré M. Mole ». Tout le discours proteste contre une semblable interprétation. Odilon Barrot n'a pas été plus juste. « La coalition de 1839 avait fourni à Lamartine cette admirable occasion de défendre le principe d'au tonte contre le principe parlementaire.... » Vraiment, les Mémoires des coalisés, peut-ôtre un peu gênés d'avouer les raisons secrètes de leur rencontre imprévue, en prennent trop à leur aise avec les faits et avec les textes. Loin de sacrifier le principe parlementaire, Lamartine le revendique et rexalie comme la garantie même de la liberté et de la souveraineté du pays. Seulement il ne veut pas que les ressorts du gouvernement soient faussés et forcés. Il explique, dans un magni» fique langage, où le droit constitutionnel revôt une forme inaccoutumée, comment l'harmonie entre les pouvoirs est la condition vitale du gouvernement représentatif. Ce serait supprimer l'un des pouvoirs et rompre l'équilibre nécessaire que de faire de la royauté « une abstraction couronnée ». Descendant des principes aux réalités, du débat théorique à la situation politique» Lamartine, par une transition audaoieuse,'xlonne la parole à la royauté elle-même qui, se tournant vers les partis et leur rappelant leurs hésitations, leurs contradictions, leurs essais avortés, tantôt leur rupture et tantôt leur alliance, demande quel rôle cette impuissance réserve à sa prérogative. Si la coalition triomphe : « République et monarchie, mouvement et résistance, paix et guerre, révolution et conservation, comment associer tout cela? Et ne sera-ce pas organiser le chaos pour gouverner avec la tempête? »

^ Il n'y a pas de majorité : « Un pays débordant de forces, de richesses, d'intelligence et de patriotisme ne peut cependant parvenir à produire son pouvoir ». Pourquoi? Lamartine, qu'aucun parti ne lie, profite de son indépendance, si chèrement achetée jusque-là, pour répondre avec une

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imperturbable fraochiae à une question qui déchire les voiles, et, d'un lai^ coup d'aile, il élèye le débat. Ce que Féloqaence pressante de Guizot et Tesprit aigu de Thiers, embarrassés dans leur intrigue et gênés par les calculs mtoies de leur ambition, n'ont pu à peine tenter, il s'y «nploie et il y réusait avec la liberté et la force qu'il puise dans son désintéressement. Dédaigneux des querelles et des riTalités de personnes que son accent indigné a dénoncées et flétries, il abandonne les hommes pour aller au fond des choses. Pourquoi n'y a-t-il pas de majorité? Parce qu'il n'yk^ a ni action grande ni idée directrice grande dans le gouver* nement depuis l'origine de 1890. On ne peut pas emprunter à un passé mort la chaleur vitale qui doit animer un gouvernement d'avenir. Un gouvernement neuf doit apporter avec lui une idée nouvelle. « Il ne faut pas se figurer, Mes* sieurs, que, parce que nous sommes fatigués des grands mouvements qui ont remué le siècle et nous, tout le monde est fatigué comme nous et craint le moindre mouvement. Les générations qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, elles; elles veulent agir et se fatiguer à leur tour : quelle action leur avez-vous donnée? La France est uqc nation qui s'ennuie. » Cette formule, si profonde sous sa banalité apparente, a passé dans l'histoire. Elle juge une époque. L'impression qu'elle produisit fut grande, mais fautil s'étonner qu'elle ait, sur le moment, soulevé les seuls . ai^laudissements de la gauche? Était-ce une avance? En^ aucune façon. Lamartine restait fidèle à son attitude. Il n'avait cessé de réclamer, depuis qu'il était entré dans la Chambre, une politique d'action. Pour désennuyer le pays, pour lui rendre la vie et la confiance en lui-même, pour l'arracher à une torpeur dont il redoutait le terrible réveil, il avait, dans toutes les occasions et dans tous les débats, préconisé des réformes sociales et fiscales. L' « idée des masses », qu'il opposait aujourd'hui aux aspirations vagues et contradictoires de la coalition^ n'avait jamais cessé de le hanter. II y ramenait toutes ses préoccupations. Légitimiste par tradition et par conviction^ résigné plus que rallié au gouvernement de Juillet, cet aristocrate de naissance avait

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l'instinct de la démocratie. Il en avait épousé la cause avec une hardiesse réfléchie dont le discours du 10 janvier 1839 accentuait l'expression, mais était loin d*ôtre la manifestation première.

En défendant Mole, Lamartine n'abdiquait rien de luimême. S'il apportait son concours au cabinet, il ne renonçait pas à tracer à la monarchie la voie hors de laquelle elle lui paraissait condamnée à s'affaiblir et à se perdre. « Né du peuple, ce gouvernement se devait tout entier au peuple; il devait se faire gouvernement constituant des intérêts et des droits du plus grand nombre I II devait faire en bas ce que 89 avait fait en haut. La réforme politique, 89 l'avait accomplie dans les pouvoirs; mais la réforme dans la société même, mais l'organisation, la moralisation, la constitution des droits, des intérêts, du travail, dans la classe la plus nombreuse, 1830 devait l'accomplir.... » Certes un tel langage rapprochait Lamartine beaucoup plus d'Odilon Barrot et même de Gamier-Pagès que de Guizot. Mais Lamartine ne reniait rien, en le tenant, de ce qu'il disait la veille, tandis que l'éloquence de Guizot, quoique devenue plus nerveuse, ne parvenait pas à dissimuler le vice d'une situation qui faisait de lui à la fois le complice d'Odilon Barrot et le protégé de Gamier-Pagès. Cçs « misérables difficultés parlementaires », ce «turbulent spectacle de débats stériles » qui affaiblissaient toutes les prérogatives en les opposant l'une à l'autre, ces secousses qui, pour atteindre un cabinet^ menaçaient la monarchie inviolable et irresponsable, arrachaient à Lamartine, plus clairvoyant dans son indépendance que les fondateurs et les amis du régime, ce cri terrible : « Vous marchez sur une cendre à peine refroidie, et vous ne croyez déjà plus aux volcans I » Il rappelait à Guizot et à Thiers les a glorieuses impopularités » dont ils s'étaient flattés contre les mêmes hommes dont ils recherchaient aujourd'hui les caresses. Et, entraînant l'assemblée tout entière dans un applaudissement unanime, il concluait avec une magnifique audace. « Ne vous fiez pas tant à vos talents : ce ne sont pas les talents^ ce sont les caractères qui soutiennent les empires. »

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Avant le discours du 10 janvier 1839, Lamartine était un i. orateur écouté : après ce discours personne ne pouvait plus lui refuser sa place, laborieusement, mais glorieusement et définitivement conquise, parmi les grands orateurs ^ C'est une justice que Guizot lui-môme, auquel il faut faire honneur de son impartialité, lui a accordée dans ses Mémoires. « Je suis frappé des qualités supérieures que M. de Lamartine a déployées comme orateur et comme prosateur; il n'a pas seulement un brillant et séduisant langage; il a Tesprit singulièrement riche, étendu, sagace sans subtilité et fin avec grandeur; il abonde en idées habituellement élevées, ingénieuses, profondes môme; il peint largement, quelquefois avec autant de vérité que d'éclat, les événements et les hommes; et il excelle par instinct autant que par habileté à apporter de nobles raisons à Tappui des mauvaises causes ^. » L'épigramme qui achève Téloge n'en diminue pas la valeur : il n'y faut voir que l'écho attardé de la coalition^ cette cause équivoque dont Guizot ne pouvait invoquer aucune noble raison pour en racheter ou en atténuer l'erreur.

Lamartine ne fut jamais ni généreux ni courageux à demi. Chaque paragraphe de F Adresse devenait l'objet d'un nouveau débat. Mole ne faiblissait pas, mais il restait isolé. La politique extérieure qu'il avait suivie paraissait aux opposants l'occasion décisive pour triompher de sa courageuse

1. Ua contemporain, d'ailleurs bienveillaDt, a choisi ce moment pour tracer de Lamartine orateur un portrait qui mérite d'être retenu. « Admis au rang des orateurs de son pays, il doit être peint à la tribune. Sa taille élancée et svelle domine l'assemblée. l\ est droit, ferme, un peu raide. Sur son front accompagné de cheveui courts et grisonnants, la pensée apparaît fortement empreinte dans une pâleur marbrée, sillonnée par l'azur des veines qui se gonflent; l'éclair du génie est tempéré par une douceur bienveillante ; l'œil est profond et sérieux : la figure est empreinte de souffrance et de gravité; la voix sonore est mariée avec toute la souplesse du rythme; elle vibre avec sentiment, se passionne, s'indigne et tonne par une énergie comprimée à l'aide de cordes basses et retentissantes dans tous les angles de l'assemblée: sa physionomie est expressive et recueillie: son geste est calme et sobre d'effet; il s'anime et se déploie par instant, mais on reconnaît que l'orateur est en garde contre lui-même. Le développement de son bras est comprimé, et même, quand aux bornes des discours la période s'élargit et se laisse aller à toute l'ampleur de la pensée, le geste est encore restreint; il obéit à une préoccupation de l'orateur qui lutte contre le poète, rejette l'image, éloigne la comparaison et déchaîne son idée pour ne poin t paraître dominé par l'inspiration... » (Falconet, A. de Lamartine. Eludes biographique», lUliraires et polUiques. Paris, 1840, p. iai-io3).

•2. Mémoinêpoar gervir à VHUloin de mon temps^ 1872, VII, p. So, di.

résistance. Il s'en faut que Lamartine Teût approuvée dans toutes ses parties. Mais 1^ cabinets du 22 février et du 6 septembre n'avaient^ila pas dans les événements accomplis une responsabilité dont Thiers surtout faisait trop volontiers marché? Lamartine intervint à propos pour la lui rappeler. Son discours du. 19 janvier n'eut pas Téolat et la magnificence de celui qui lui avait valu, neuf jcn&rs avant, un succès triomphal; il y a des effets que le génie lui-même ne renouvelle pu». Maia, pressant et habile, précis et pratique, il n'en apporta pas moins un appui efficace au cabinet, dont une majorité de 13 voix approuva la politique sans lui donner une force suffisante pour prolonger son existence. Une réplique de ce discours est restée. Comme Lamartine reprochait au tiers-parti d'être, non un principe, mais une tactique, Ârago l'interrompit: « Etle parti social?» Lamartine répondit: « On me demande ce qu'est le parti social. Messieurs, ce n'est pas encore un parti, c'est bien plus, c'est une idée ». La présomption de la réponse fit sourire; elle démontre du moins la présence d'esprit de Lamartine et sa sincérité confiante. Un incident personnel qu'il eut, au cours de la même séance, avec Guizot, lui donna l'occasion de témoigner de la dignité de son attitude et de la fermeté de sa conscience.

Ces débats avaient grandi Lamartine. Il n'a pas exagéré en écrivant. « La victoire me resta, sinon dans le scrutin, du moins dans l'opinion. Le public apprit à connaître mon nom. » Déjà ce nom était plus que connu, il était illustre, mais, ne devant jusque-là son illustration qu'à la poésie, il n'avait pas encore pénétré dans les masses profondes de la nation. Lamartine voulait une autre popularité : elle commençait à venir à lui malgré les incertitudes d'une attitude plus faite pour déconcerter que pour fixer Topinion. / Le parti conservateur s'attachait à Lamartine comme à une espérance. Lamartine eut la loyauté de le mettre en garde contre cette illusion. II se dépeignait, au cours des pourparlers où son courage égalait son talent, comme un auxiliaire d'occasion, qui luttait avec des alliés d'un jour pour sauver la constitution parlementaire, mais qui, le péril conjuré, rentrerait dans son indépendance et se rencontre-

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Tait peut-être contre ces ailles eux-mêmes dans une opposition loyale. La dissolutioa, à lacpielle il 6'éiait montré bostile pour des raisons dont révénement démontra la haute sagesse, renvoya une Chamlupe favorable à la coalition. Lamartine, sollicité par a vingt-deux propositions plausibles d'élection », posa sa candidature à Mftcon, où il réunit un chiffre de voix plus considérable qu'au précédait scrutin. Son succès fut £êté dans un banquet « monstre, avec accompagnement de harangues, musique et ovations. » H y prononça un discours d'union patriotique et sociale, qui ne se ressentait pas des luttes récentes. Elles n'allaient pas tarder à le ressaisir.

La victoire électorale de la coalition marque ïson xmpoiv " tance et son déclin. Dans le discours qu'il avait prononcé à la réunion des 22i, au lendemain de leur succès parlementaire, dont il attendait la confirmation par le pays légal, Lamartine avait dit avec force : « Non, la coalition n'eût pas survécu une heure à son triomphe. Elle se serait combattue sur la brèche môme et avant d'entrer dans les conseils de la couronne. » C'est précisément au moment de se partager les profits de la victoire et d'entrer dans les conseils de la couronne que les alliés se divisèrent. Unis dans l'opposition, tout les eût séparés dans le gouvernement, leurs traditions, leurs ambitions, leurs principes. Le désarroi des partis était tel que le roi, après plusieurs tentatives avortées, en fut réduit à constituer, sous la présidence du duc de Montebello, un ministère intérimaire dont le Moniteur avoua le caractère piovisoire. Les Chambres se réunirent. Quel serait le ministère définitif? Des interpellations se produisirent qui donnèrent à tous les partis l'occasion de s'expliquer aussi bien sur les événements de la veille que sur les possibilités du lendemain.

Le talent de Guiiot ne réussit pas à d^imuler les embarras de la situation où l'avaient placé son entrée -dans la coalition et le rôle passionné qu'il y avait joué. U dut reconnaître qu'il s'était trouvé séparé, dans une certaine mesure — on sait laquelle! — de l'armée à laquelle il appartenait. En rompant avec Odilon Barrot, il cherchait à y

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retrouver sa place et à rallier le parti conservateur. D'accord cette fois avec lui-môme il affirma que c( les vrais, les solides, les puissants amis du gouvernement de Juillet » se confondaient avec « la portion élevée, éclairée, aisée, indépendante, de la classe moyenne ». C'est avec cette classe^ moyenne, appelée à la conduite des affaires et aux débats des pouvoirs entre eux, qu'il voulait gouverner à la fois « contre les amis de l'ancien ordre de choses et contre les amis d'une démocratie prématurée et excessive ».

Ce discours était un appel aux 221. Lamartine y répondit. ^ Indépendant des partis, et séparé sur des points essentiels de l'ancienne majorité, qu'il acceptait de défendre, mais sans renier ses idées personnelles, il ne se fût pas débattu dans une situation moins délicate que celle du chef retrouvé des conservateurs si sa prévoyante franchise n'avait pas réservé, du temps môme de la coalition^ son entière liberté d'action. Aussi Taisance de sa parole fit-elle un contraste complet avec l'attitude embarrassée de Guizot. Heureux de n'avoir •« rien à expliquer, rien à dénoncer, rien à rompre », Lamartine prononça un discours admirable où il répudia « la honte du patronage et l'amnistie des doctrinaires », ^ auxquels il opposa son programme et, sans récriminer contre le passé, la largeur de ses vues d'avenir. C'est à ce discours du 23 avril 1839, si clair, si généreux, si prophétique, où tant de bon sens s'allie à tant de désintéressement, qu'il faut renvoyer ceux qui accusent les contradictions et l'ambition de Lamartine avec une sévérité dont ils épargnent la rigueur à Guizot ou à Thiers. L'orateur de 1839 devance, prépare, «^ annonce le tribun de 1848.

Quoiqu'il n'ait pas encore « bu à la coupe de la fausse poésie révolutionnaire », pour parler comme M. Thureau- Dangin, Lamartine ramasse déjà dans des formules saisis-^ santés la pensée inspiratrice de la Révolution de 1848. Il n'accepte pas la théorie de la prépondérance des classeq^ moyennes."^» Je dis que cette idée est opposée au véritable sens de la Révolution français6,que le mol de classes a été complètement rayé par la Révolution de 89 {Vive adhésion à gauche); c'est un mot effacé de la langue française {Très

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bien/ irès\bienf à gauche). Le gouvernement que nous comprenons, c'est le gouvernement pour tous, par tous, de tous, dans la proportion, dans la limite de leurs droits, de leurs garanties, de leurs capacités et de leurs lumières. Ce n^est pas celui du publiciste des classes moyennes. » {Bravos à gauche et au centre gauche). Les bancs d'où partent les applaudissements qui accueillent ce langage en soulignent le caractère. Lamartine ne peut en être ni gêné ni grisé. « Chacun, dit-il, répond ici de ses convictions et de ses œuvres. » Il n'a pas abdiqué ses convictions en devenant le chef provisoire des 221 contre ce qu'il a appelé le despotisme ministériel. Il est resté, il se retrouve, il s'affirme réforma* teur et démocrate. « Nous ne pouvons contempler de sangfroid ces misérables masses d'ouvriers rejetés de l'atelier dans la rue, auxquels vous pourriez donner des passions, mais auxquels nos débats ne peuvent donner du pain. Ah! ces classes laborieuses si paisibles vous donnent un noble exemple de patience et de résignation. Songez à elles, et imitez-les! Aujourd'hui les bons exemples viennent d'en bas. » Ces paroles irritent le centre dont elles provoquent les murmures et les interruptions violentes. Sont-elles l'expression d'un sentiment démagogique? Je conviens qu'elles en auraient l'accent si elles étaient détachées des circonstances et du débat qui les inspirent. Mais quel historien a pu taire le discrédit jeté sur tous les partis par les intrigues, — Sainte-Beuve disait dans une lettre intime : par les turpitudes — qui avaient noué ou suivi la coalition^ et leurs témoignages unanimes ne donnent-ils pas leur vrai sens aux paroles vengeresses de Lamartine?

Impuissants, irrités, déçus, incapables de reconnaître leurs fautes et de les réparer, ces partis s'efforçaient de rejeter des uns aux autres une responsabilité qui n'épargnait môme pas la personne royale. En proposant une Adresse, où le roi était prié de constituer un ministère habile, patriotique et honnête, et qui ne fût pas provisoire, Mauguin faisait un pas que la coalition n'avait pas osé franchir. La Chambre, en le suivant, aurait adressé directement la parole à la royauté. Lamartine dénonça cette « interpellation injurieuse *

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à la couronne » dans un discours dont Teffét fut tel qu'il provoqua une longue suspension de séance et que Royer- CoUard, juge sévère, salua dans Torateur, au lendemain de ce succès retentissant, dont il le félicitait, « la plus belle parole du pays et la destinée la plus haute du gouvernement représentatif ». Il s'y rencontre un admirable mouvement oratoire qui n'a pas cessé de compter parmi les plus heureux effets de tribune dont Thistoire de l'éloquence parlementaire fasse mention (8 mai 1639). Le mot de piège avait été prononcé pour caractériser et condamner l'attitude du roi. Lamartine reprit une à une les diverses combinaisons tentées par Louis-Philippe pour constituer un gouvernement et qui toutes avaient échoué, parfois au dernier moment, devant l'impossibilité de concilier les ambitions des personnes ou les exigences des partis. Et comme tous ces essais témoignaient de la correction royale, Lamartine s'écriait, pour chacun, avec une force croissante : Oii est le piège? Après le maréchal Soult, Thiers est appelé. On lui confie sans conditions le cabinet à former. II n'accepte pas : « Je demande encore ici où est le piège? Est-il dans l'offre? Es^il dans le refus?... » On tente un gouvernement avec Dupin. Les amis de Cunin-Gridàine, qui doit en faire partie, formulent des réserves dont Dupin s'effraie : « Il déchire le contrat verbal de la veille ; il retourne à son banc, le ministère est dissous. Où est le piège? Esiril dans M. Cunin-Gridaine? Est-il dans la couronne ou dans M. Dupin? » Cette hardiesse à saisir, à interpeller les personnes, ces récits sobres et vivants, ces questions pressantes, qui aboutissent toujours au même cri ardent et irrésistible : Oh est le piège ? produisent des mouvements de séance dont la vivacité et l'étendue, officiellement constatées par le Moniieur^ prouvent la puissance et le succès de l'orateur.

Mais l'homme politique ne lui est pas inférieur. Sainte- Beuve a écrit sur les orateurs une pensée profonde. « Ceux qui, en tout sujet, ont par l'éloquence une grande route toujours ouverte, se croient dispensés de fouiller le pays. » Quelle que soit la route où son sujet le conduise, Lamartine connaît tout du pays, il en fouille les alentours et il en

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scrute les horizons, aussi bien dans les questions politiques que dans les questions d'affaires. Ici, sous les divisions, les ambitions et les querelles personnelles, il entrevoit la vraie nature et la profondeur du mal dont le pays souffre, et qui suspend sa vie. La liberté est conquise, mais elle n'est pas«^ organisée. Pour accomplir les œuvres immenses de moralisation et de travail, de paix et de civilisation, qu'elle a prises en charge, il lui faut un instrument. « Cet instrument, c'est ce que la France s'efforce en vain de constituer depuis <un demi-siècle; c'est un gouvernement, c'est, pour me servir du mot abstrait, du nom révolutionnaire, c'est un pouvoir exécutif fort et libre à la fois. Tout chez nous est organisé pour l'opposition, rien pour le pouvoir. On le traite en ennemi commun; on ne trouve de grâce et de courage qu'à se poser en héros contre son impuissance »et à braver ce qui n'est pas même l'ombre de la force. »

Lamartine avait vu juste. La conciliation avec la liberté ' politique d'un pouvoir exécutif fort et libre est l'un des problèmes les plus difficiles que soulève l'organisation d'une démocratie. Il s'en faut qu'il soit encore résolu. Loin de chercher et de développer dans le pouvoir l'instrument d'action et de stabilfté qui doit défendre les intérêts généraux et permanents du pays, la démocratie n'a pas perdu la «^ funeste habitude de le « traiter en ennemi commun ». Elle ne comprend pas que tout ce qu'elle affaiblit en lui est perdu pour elle et que trop souvent de semblables erreurs, même si le souci d*une liberté immodérée les inspire, collaborent indirectement à la dictature.

C'est surtout en matière de politique extérieure que Lamartine avait, pour reprendre le mot de Sainte-Beuve, fouillé tout le pays. Son expérience professionnelle, ses voyages, sa connaissance de quelques-uns des peuples dont le sort occupait et troublait la diplomatie européenne, lui donnaient une autorité plus facile à envier qu'à récuser. Aussi ne faut-il pas s'étonner que, passionné pour la grandeur de la France, qu'il croyait réalisable dans la dignité de la paix, il ne manquât jamais une occasion d'intervenir dans des débats qui convenaient si heureusement à la nature

LAftfARTINE.

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même de son génie. La question d'Orient retint plus spécia*lement son attention. La situation de TEmpire ottoman, mal défendu par le sultan Mahmoud contre le pacha d'Egypte Mehemet-AIi« dont le fils Ibrahim avait déjà conquis la Syrie, opposait les intérêts contradictoires et les ambitions rivales des grandes nations européennes. La France avait, dans ce conflit, des traditions et des droits à défendre. Personne n'admettait qu'elle s'en désintéressât» mais les partis étaient divisés sur les limites et sur les moyens de l'action qu'elle devait exercer comme sur les alliances avec lesquelles ^e devait faire cause commune.

Lamrartine ne se contentait pas de sauvegarder le passé : il avait le souci de préparer et de régler l'avenir. Convaincu de la décomposition et de l'impuissance de l'Empire / ottoman, il voulait, sans précipiter son démembrement, que la France fût, le moment venu, en bonne posture pour négocier et obtenir sa juste part. Il exposa son système, dans deux grands discours, du 1'*' juillet 1839 et du il janvier 1840, qui comptent parmi ses meilleurs.

Que demandait-il? Je lui emprunte, pour être sûr de ne pas le trahir, le résumé qu'il fit de son programme dans un article du Journal de Saônt-el-Loire. « Protectorat général de l'Occident sur l'Orient. Intégrité de l'Empire turc, respect du territoire et des nationalités. Mais protectorat spécial de chacune des quatre grandes puissances sur les quatre grandes divisions de l'Empire qui les intéressent le plus immédiatement. La mer Noire et son embouchure au protectorat russe; les bords de rAdriatique au protectorat autrichien; le centre de l'Asie Mineure, Rhodes, Chypre, la Syrie et l'Euphrate au protectorat de la France; enfin l'Egypte et le passage de Suez au protectorat de l'Angleterre. »

C'était un vaste programme. Était-ce une illusion et, comme on le lui dit alors, une rêverie orientale? « Messieurs, répondait-il, je sais qu'on appelle tout cela des chimères et des rêves de mon imagination. Je laisse dire : l'imagination est l'œil d'une raison saine, qui porte seulement sa prévision plus loin. >»

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Les éTén^nents, qui ne tardèrent pas à confirmer Tai^rédation de Lamartine sur la fragilité du règne de Mehemet- Ali, ont réalisé ses prévisions sur d'autres points, mais sans qne la France ait obtenu les compensations qu'il désirait^ pour elle. Je ne discouTiens pas des difficultés qu'aurait rencoBirées la réalisation de son programme. Mais étaii-ce donc une roe de poète, <m un plan d'homme d'État, que l'ambition de lier à la solution de la question d'Orient la revision des traités de 1815? Était-ce une erreur dangereuse, ou une idée profonde, que la volonté de donner par ies grandes entreprises au dehors « une puissante diversion nationale aux esprits qui se pervertissent dans Tinactioa »? M. Thureaah-Daugin, tout en reconnaissant la justesse des critiqves dirigées par Lamartine contre la politique égyp^ tienne dont s'engouait l'opinion française en 1839 et en 1840, ajonte qu'il lui substituait une « chimère plus périlleuse eneore, celle d'une politique de partage, où la France cheuecherait son lot sur le Rhin ». Il y aurait beaucoup à dire sur cette opinion un peu sommaire de l'éminent historien, et je crois même qu'en approfondissant la question, en la replaçant dans son cadre et dans son temps^ on découvrirait dans le plan de Lamartine plus de vérités que d'illusions ^ Comme

1. Les rues de Lamartine sur la question d'Orient de i834 à 1840 mériteraient une étude particulière qui ferait dans ses conceptions la part de rimaginathtn poétique et celle des prophéties réalisées. J*ai dû, pour m'en tenir à mon sujet, effleurer, sans le discuter, le magnifique programme de Torateur. Une étude eomplèle r é s e rv era it à celui qui la tenterait les plus heureuses surprises. Elle montrerait, par exemple, que si Lamartine a pu se tromper, son plan offre une unité et une continuité qui font contraste avec les hésitations et les contradictioas 4e Thiers sur la même question. Elle révélerait aussi que le poète a eu des intuitions qui ont échappé à la clairvoyance de l'homme d'Etat.

Quand il critique la politique du slahi quo^ au bout de laquelle il entrevoit la gaeire, Lamartiae s'écrie : « Dépensez l'or, le sang et le temps de la France, pourquoi T... Pour que Gibraltar, Malle, Corfou, et bientôt peut-être Candie et l'Égypie, règlent la propriété de V Angleterre, et qae T Angleterre, mailresêe des emboaeharee da Nil et de la mer Roage, poesède eeale et eang rivale toutes les grandes stations de la route des Indes où vous aurez, vous, le plaisir de voir passer le monopole de Vunioers » (Discours du i*' juillet 1889).

Quajut au plan de partage de l'Empire ottoman, il serait curieux de le rapprocher des propositions que l'empereur Nicolas faisait en janvier i853 à l'ambassadeur d'Angleterre, sir George Hamilton Seymour (Camille Rousset, Histoire de la Guerre de Crimée, introduction, p. iii-xvi). La hardiesse des suggestions de l'empereur de Russie apporte aux vues de Lamartine une confirmation éclatante : le tear voulait procéder, sans la France et contre elle, au profit de la Russie et,^ de l'Angleterre, à un démembrement où le souci de LamarÛne était précisément de ménager et de préparer la part légitime de la France.

il le disait noblement : « La France n'ajournera pas éternellement sa fortune : la vérité a fait alliance avec le temps ».

Mais s'il est possible cTexprimer des réserves sur le fond même du système^ la forme échappe à la discussion. La presse fut unanime à en faire Téloge. Et, naturellement, dans sa correspondance, Lamartine exultait. Il mandait à Virieu que son succès avait dépassé « les grands jours de Berryer » et que, depuis trois jours, il ne suffisait pas aux . serrements de main de la Chambre entière. Comme valeur, il ne désespérait pas d'aller plus haut. « Quant à TefTet, non, c'est impossible. Les journaux, mes ennemis les plus acharnés, le Siècle lui-même, disent magie^ enchaînement^ une Chambre haletante aux pieds de la tribune^ et Barrot lui-même a traversé la salle pour venir me serrer avec transport la main. »

Le temps n'a pas entamé la magniJScence de ces admirables discours. Ordonnés et clairs, puissants et souples, faits d'élégance et de vigueur, ils se développent avec une aisance et une harmonie incomparables. Tout y est : la netr teté deâ raisonnements, le relief des formules, l'éclat des images. On voudrait citer, mais comment choisir?... Je m'en tiens à un passage.

Le i*' juillet 1839, Lamartine réfute la thèse de M. de Camé, qui préconise la substitution d'un Empire arabe, ressuscité par Mehemet-Alî et Ibrahim, à l'Empire turc, agonisant et condamné à la ruine. C'est une thèse séduisante, à laquelle l'administration du pacha d'Egypte et les conquêtes de son fils ont rallié une partie de l'opinion. Lamartine accord^ que Mehemet-Ali et Ibrahim sont « deux hommes à immenses proportions ». Mais l'Orient et l'Occident n'offrent pas à de tels hommes les mêmes conditions d'action. « Quand un grand homme surgit en Occident, il est toujours plus ou moins le produit, l'expression du peuple qu'il gouverne; il y a rapport entre son siècle et lui. A mesure qu'il conquiert, il organise: à mesure qu'il crée, il consolide; il s'entoure d'institutions; en un mot, il fonde quelque chose qui doit durer après lui. En Orient, au contraire, comme il n'y a ni institutions, ni mœurs politiques, mais seulement un maître et des esclaves, un grand homme n'est qu'une grande indivi-

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dualité, un phénomène, un météore qui brille un moment dans la nuit d'une barbarie monotone, qui fait de grandes choses avec la force des milliers de bras dont il dispose, mais qui n*élève nullement le niveau de son peuple jusqu'à lui, qui ne fonde rien, ni dynastie solide, ni institution, ni législation, et dont on pourrait dire, si Ton ne craignait de se servir d*une expression trop poétique, qu'en mourant il replie pour ainsi dire tout son génie après lui^ comme il replie sa tente, laissant la place aussi nue, aussi ravagée qu'avant lui. » L'image est si belle qu'elle provoque, au dire du Moniteur, dont j'aime à noter les mouvements, une sensation générale et prolongée sans que personne, dans cette assemblée fascinée par la puissance d'un talent dominateur, songe à jeter à Lamartine le nom de Mahomet I

Les discours de Lamartine sur la question d'Orient prévoyaient et souhaitaient le démembrement de l'Empire ottoman. C'était la politique de partager Thiers, sans nier Téventualité de la catastrophe, préconisait une politique de précaution dont il fit l'exposé, comme simple député, dans un discours magistral du 13 janvier 1840. Entre les deux thèses il y avait des points communs, notamment 1^ nécessité de l'alliance anglaise que les deux orateurs envisageaient à peu près au même point de vue. Pouvaientrils s'entendre? Thiers avait eu chez Lamartine une entrevue secrète, qu'il avait sollicitée. Étaitrce pour obtenir son concours dans une combinaison prochaine? Lamartine le dit presque (Lettre à Virieu du 13 janvier 1840). L'accord ne se fit pas. Les tempéraments des deux hommes n'élevaient pas contre une action commune des difficultés moindres que leurs divergences politiques. Thiers devint président du Conseil lel*'' mars 1840. Cest un événement que Lamartine avait envisagé, dans un article du Journal de Saône-et-Loire du 7 décembre 1839. « Les 221, écrivait-il, n'ont de préventions contre personne; ils mettent du prix à toutes les individualités fortes qui peuvent fortifier le pays. M. Thiers, revenant sur ses pas et s'associant aux hommes de leur confiance, serait certainement le bienvenu et retrouverait parmi eux autant de force qu'il leur apporterait d'habileté.... »

(lôi)

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LÀMÀRflî^Ë ORATEUR POLITIQUE

Thiers ne revint pas sur ses pas. S'il préconisait une politique de transaction^ susceptible de rallier les modérés des deux partis, il donnait en réalité moins de gages aux 221 qu'à la gauche. Son habileté le poussait du côté de la force. Le discours par lequel, prenant le premier k parole, il engagea, le 24 mars, la question de confiance dans le vole des fonds secrets, fut d'une dextérité extraordinaire. C'élaît ^ rinvitation à l'opposition, proclamée amie de l'ordre, de devenir un parti de goiiT«mement. Lamartine n'hésîta pas à découvrir et à dénoncer sons les précautions du langage BÙnist^iel le but réellement poursuivi et les alliances soUidtées. Il le prit tout d'abord sur un ton de condliatioB presque bienveillant où l'on croyait sentir le désir 4e ménager les personnes. Puis, « l'improvisation voguaoït à pleines voiles, il devint agressif, passionné, violent » (Coi»iiiuticmnel)^ et le discours politique se continua tm réqsiaitoÂre. « Y a-t'ii un acte aussi expressif qu'une individualité? Notre personne^ n*est-^e pas tous nos actes à ta fois résumés dans nous? » Cette transition préparait une attaque perscmneUe. C'était hardi, imprévu, et comme une sorte de gageure à laquelle le talent de Lamartine ne paraissait pas apte. Il y rénssit peqntant à merveille. L'écueil était de rabaisser le débat, ou d'en encourir le trop facile reproche. Il échappa avee «n art consommé au danger qui le guettalA. Deux iéiBoiguiges suffisent, parce qu'ils émanent de deux partis éiSére&ts, à marquer quel fui son succès. Les Débats^ peu favorables au ministère, disaieni : « M. de Lamartine s'est élevé dans sa réponse à M. Thiers jusqu'à une hauteur d'éloquettce où nous ne l'avons pas encore vu atteindre >. Le Siècky qui soutenait le cabinet, émettait une appréciatîott semblable : « M. de Lamartine a déployé dans cette èiscusstOB un talent digne de sa renommée, talent d^autant plus admirable qu'il était consacré dans cette occasioa à la défense d'un parti et d'une cause qui n'ont jamais eu rm de sympatinque avec les nobles sentiments dont bous le croyons encore animé ». Toujours, sous l'éloge, le même reproche 4e eoelnipdîction dans les apinions et d'instabilité dans l'attitude I C'est un historien distingué, peu swspect d'indu!-

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UN (( MINISTRE DE L'OPINION

gence pour Lamartine, qui a répondu. « Chose étonnante, a écrit M. Thureau-Dangin, avec une nature si mobile, on le retrouvait, un an après la coalitiofiy à la même place et dans le même rôle. » La séance avait démenti un pronostic peu bienveillant de X. Doudan. a C'est un spectacle pour lequel on demande beaucoup de billets, écrivaitnil le 22 mars à la baronne A. de Staël. M. de Lamartine y paraîtra porté sur un nuage et enveloppé dans un brouillard. M. Thiers le tirera par les pieds d'une manière triomphante. » Lamartine n'offrit pas à son contradicteur Toccasion d'un semblable exercice.

A son ordinaire, il commentait son succès. Il l'attribuait, cette fois, moins au talent : (Je n'ai montré aucun talent, « que très commun »,) qu'à son « ton d'honnête homme et de haute franchise ». Ce ton s'était surtout affirmé dans deux brillantes répliques, Tune à M. Piscatory où, relevant une attaque personnelle, il avait expliqué ses rapports avec la monarchie de Juillet; l'autre à MM. Odilon Barrot et Jaubert, où il avait précisé et accentué avec une force saisissante les idées générales de son discours. Si le scrutin lui refusa la victoire, la Chambre lui marqua une estime unanime. Il disait qu'il en était le favori. De fait, son courage méritait tous les hommages. Un événement imprévu allait lui donner l'occasion de s'élever encore au-dessus de lui-même et de doter la tribune française d'un monument impériasable.

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