‹ Lamartine, orateurChapitre 36 sur 108 · DES CENDRES DE L'EMPEREUR NAPOLÉON · texte numérisé non relu

DES CENDRES DE L'EMPEREUR NAPOLÉON

(a6 MAI i84o)

LAMARTINB RBSISTB A l'bNTRAINBMBNT GBNÉRAL BN FAVBUR DU RBTOQR DBS CENDRBS DE NAPOLÉON || SBS OPINIONS SUR l'bMPERBUR II HABILBTB ET VBHBMENCB DE SON DISCOURS ||

paroles prophetiques || succes unanime et emotion

immense ii sainte-beuve lui-même 8*incline devant ce

chef-d'œuvre.

LA victoire que Thiers avait remportée dans la question des fonds secrets ne donnait pas la mesure exacte de la force du cabinet qu'il présidait. La majorité avait dépassé toutes les prévisions, mais elle était faite d'élément contradictoires et incertains qui ne pouvaient suffire à dissiper le malaise de la situation générale. Condamné à pratiquer entre des partis divisés et impuissants une politique de bascule, le chef du gouvernement avait besoin d'une diversion pour rallier l'opinion et secouer Vennui de la France. Celle qu'il trouva, en imaginant de ramener de Sainte-Hélène les cendres de Napoléon, ne manquait pas d'originalité. L'effet fut d'autant plus grand que la nouvelle était plus imprévue. La décision, annoncée à la Chambre par de Rémusaty ministre de l'Intérieur, dans un discours vibrant

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AUTOUR D'UN CHEF-D'ŒUVRE

en rhonneur «c de la gloire et du génie, de la grandeur et de rinfortune », y provoqua une émotion et une acclamation générales. Tous les partis applaudirent à l'initiative du cabinet. La séance fut suspendue « pour donner un libre cours aux sentiments qui débordaient et pour laisser épancher une poésie inconnue sous ces voûtes. » (Elias Regnault.) La presse ne manifesta pas un moindre enthousiasme. Cette unanimité dans l'approbation tenait à ' des causes qui variaient selon les partis. Tous subissaient évidemment la fascination d'un nom extraordinaire qui éclatait tout à coup dans Taffaissement des esprits et dans la torpeur des événements comme une fanfare de guerre. Mais chacun avait le souci d'en accaparer le bénéGce et de détourner rémotion nationale au profit de ses intérêts. Les bonapartistes exultaient devant ce retour inattendu de la fortune. En proclamant que Napoléon, « empereur et roi, fut le souverain légitime du pays », l'exposé des motifs, rédigé avec plus d'élan que de réflexion, donnait à leurs revendications une force et un moyen d'action inespérés. Les légitimistes, entraînés dans le mouvement général, ne sentirent pas tout d'abord ce qu'il y avait d'injurieux pour Tancienne monarchie dans le passage de la déclaration ministérielle qui refusait l'inhumation à Saint-Denis des restes de l'Empereur « parce qu'il ne faut pas à Napoléon la sépulture ordinaire des rois ». Les journaux de gauche interprétaient la mesure comme une promesse de dénonciation des traités de Vienne : ils s'en faisaient une arme contre la politique de « lâchetés qui souillaient depuis dix ans nos plus brillantes traditions ». Enfin les partisans du gouvernement de Juillet et les soutiens du cabinet trouvaient dans le projet un témoignage soit de la force de la monarchie constitutionnelle, dont « la liberté ne redoutait pas la comparaison avec la gloire », soit de l'habileté de Thiers, qui avait arraché sa proie à l'Angleterre. Â dire vrai, lord Palmerston ne s'était pas fait prier beaucoup pour accéder à « une requête bien française » (lettre à son frère) ; il sentait, comme Louis-Philippe l'avait lui-même soupçonné au premier moment, les embarras que la translation des cendres causerait au gouvernement. Pour

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rinstant tout le monde était à la joie d*une négociation habilement conduite, dont la conclusion apparaissait comme nne sorte de revanche et de libération nationales. « Une natkm, écrivait Doudan à Mme d'Haussonville, n'est pas un philosophe ni un poète tragique* Elle n'aime pas que des sentinelles étrangères gandent le tombeau de ses grands capitainesk »

Lamartine résista presque seul à Fentratnement général. Dès le premier jour, sans attendre la réaction qui devait suivre, il vit les dangers d'une apothéose in/prudenie. « Thiers lui-même, écrivaii-il tout de suite après le dépôt du projet, est entre les mains des passions dont il s'est fait lallumeur et le serviteur. Cela mènera très loin. Les cendres de Napoléon ne sont pas éteintes, et il en souffle les étincelles. Que Dieu nous sauve! car il n'y a plus de roi et point de peuple. » (12 mai 1840.)

Elevé par sa mère dans la haine de Napoléon, Lamartine avait écrite SaintnPoint, en 1821, une admirable méditation sur Bonaparte. Fasciné par le génie, il n'avait pu se défendre de « quelque complaisance pour la popularité posthume de ce grand nom * », mais la méditation, dans son inspiratîiMi et dans son ensemble, témoignait de plus de sévérité que de sympathie. Elle allait jusqu'à l'excès dans le vers célèbre :

Rien d'humain ne battait soiis ton épaisse armure.

Ce reproche d'inhumanité, fait par Lamartine à l'Empereur, revenait sous sa plume, en 1827, dans une discussion qu'il avait

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