La méditation se tenninait par ces Ten
Qui peut tonder, Seigneur, ta clémeace inflaie? Et TOUS, fléaux de Diea, qni sait ai le génie N'eut pas nne de vos vertns?
En publiant rédition« avec commentaires, de 1849, le poète se ravisa. « La dernière stroplie, écrivait-il, est un sacrifice immoral à ce qa*on appelle la gloire. Le génie par lui-même n'est rien moins qu'une vertu ; ce n*est qu'un don, une faculté, un instrument; il n'expie rien, il aggrare tout. Le génie mal employé est un crime pins illustre : voilà la vérité en prose. J'ai corrigé ici ces 4e«M vers, qui pesaient comme un remords sur ma conscience. »
La correction disait :
St vous, peuples, sachei le vain prix du génie Q«i ne fonde pas das vertus!... *
On peut, sans être suspect de benapartiame, préférer la première versiom.
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AUTOUR D'UN CHEF-D'ŒUVRE
avec Virieu sur les grands hommes. « Quant au consul, je ne parle pas de son cœur ni de son âme : il n'en a pas reçu. » Mais comment nier son génie? Lamartine n'y songeait pas.« Tout au contraire, parlant de sa téie politique, il disait : « Je la regarde comme la plus forte qui oaques ait existé. Ce que nous voyons me le confirme chaque jour. Ce seul petit individu tenait lieu au monde de dogmes, de chartes, etc.... Souviens-toi que l'histoire ne juge rien de près, rien par des sympathies, tout par des actes. Ses actes sont gigantesques. Je ne lui reproche qu'une chose (à sa iâte), c'est un peu de comédien dans son r61e. Cela fait pitié et contre* sens. Mais il l'a eu après sa chute plus qu'avant... » (22 juillet 4827).
Ce jugement, exprimé dans la liberté et dans la franchise d'une lettre intime, ne traduisait pas toute la pensée de Lamartine. Il serait imprudent de prendre pour une approbation, contre laquelle ses sentiments l^iiimistes auraient suffi à protester, l'hommage qu'il y rendait à la puissance organisatrice du cerveau de Napoléon. Ses réserves et ses critiques restaient intactes. Il les aggrava même dans la brochure qu'il publia en 1834 sur les Destinées de la Poésie. Rappelant les temps de l'Empire, il écrivait : « Rien ne peut peindre à ceux qui ne l'ont pas subie l'orgueilleuse stérilité de cette époque. C'était le sourire sortant d'un génie infernal quand il est parvenu à dégrader une génération tout entière, à déraciner tout un enthousiasme national, à tuer une vertu dans le monde.... Le chiffre seul était (N^rmis, honoré, protégé, payé. Comme le chiffre ne raisonne pas, comme c'est un merveilleux instrument passif de tyrannie qui ne demande jamais à quoi on l'emploie, qui n'examine nullement si on le fait servir à l'oppression du genre humain ou à sa délivrance, au meurtre de l'esprit ou à son émancipation, le chef militaire de cette époque ne voulait pas d'autre missionnaire, pas d'autre séide, et le séide le servait bien. Il n'y avait pas une idée en Europe qui ne fût foulée sous son talon, pas une bouche qui ne fût bâillonnée par sa main de plomb.... Deux grands génies que la tyrannie surveillait d'un œil inquiet protestaient seuls contre cet arrêt de mort
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de Tâme, de rintelligence et de la poésie : Mme de Staël et M. de Chateaubriand. »
Animé de tels sentiments, Lamartine pouvait-il laisser passer sans une protestation Tapothéose et la revanche que le gouvernement de Juillet préparait à Napoléon? Déjà, dans son discours du 2 mars 1837 sur la disjonction, il avait dénoncé les dangers de certaines impunités « dans un pays tout militaire comme la France, dans un pays qu'on fascine, qu'on enivre tous les jours de gloire et de louanges au despotisme heureux, qu'on fanatise pour la mémoire d'un despote glorieusement absous par la guerre seule ; dans un paysqui est à si peu de distance du 18 brumaire et du 20 mars 1815, dont il ne doit pas perdre le souvenir ». Même, il s'en était pris personnellement à Thiers pour avoir, comme ministre de l'Intérieur, laissé sur l'Arc de l'Étoile « nos artistes représenter l'image de la France, de la patrie agenouillée, humiliée sous la main de celui qui a dispersé ses corps politiques et violé la liberté dans son temple ». Pouvait-il, après avoir prononcé de telles paroles, garder un silence qui aurait ressemblé à un reniement? Il fut, tout de suite, résolu à parler. Thiers le sut et s'en alarma. Il essaya de le détourner d'intervenir dans la discussion. <c Non, répondit Lamartine, je ne veux pas des imitateurs de Napoléon. — Oh I Soyez tranquille, reprit Thiers d'un air narquois, vous n'avez rien à craindre à cet égard. — Vous ne comprenez pas ma pensée sur les imitateurs du grand homme, Monsieur, repartit Lamartine, et si vous voulez que je l'exprime crûment, nous ne voulons pas de ses parodistes. » {National, du 27 mai 1840.)
Cette réplique promettait. Qu'allait dire Lamartine?
La situation était devenue délicate. Les exigences des journaux bonapartistes, qui trouvaient insuffisants les projets du gouvernement, auquel ils adressaient des sommations menaçantes, avaient inquiété les esprits modérés et prudents. Le Journal des Débats se faisait leur interprète en distinguant entre l'Empereur, dont on voulait honorer la mémoire, et le régime impérial, dont on ne songeait pas à absoudre les fautes et les abus. Les journaux de gauche et
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du centre gauche n'acceptèrent pas la distinction contre laquelle le Courrier Français, le Consliiutionnel et le Siècle protestèrent avec indignation. Non seulement ils voulaient un hommage, mais ils réclamaient une sévère expiation *. La commission de la Chambre éleva de un million à deux millions le crédit demandé par le gouvernement, et le maréchal Clauzel, son rapporteur, qualifia en son nom Napoléon de héros national : « Napoléon n'est pas seulement pour nous le grand capitaine : nous voyons en lui le souverain et le législateur. »
Les amis de Lamartine, convaincus qu'il allait se perdre, ne lui épargnèrent ni les conseils ni les supplications. Travaillée par Thiers, la gauche Tabandonnait à lui-même. Il avait projeté un discours terrible, où la vérité se ferait impartiale, implacable et vengeresse. Cette vérité n'aurait pas passé. « J'ai fait de la diplomatie à la tribune au lieu d'éloquence et de raison, écrivait-il quelques jours après, et j'ai changé instantanément ce que je voulais dire en douceurs pour la mémoire du grand homme. » II ne fut pas aussi doux qu'il le prétend, mais l'état des esprits le contraignit en effet à être diplomate. Emile Deschanela écrit que son discours, « en même temps qu'il est un monument de haute raison, est un modèle de tactique oratoire et d'adresse parlementaire ». Il est surtout l'une des improvisations les plus extraordinaires, les plus difficiles et les plus heureuses qui aient jamais passé par des lèvres humaines. Est-ce le chef-d'œuvre de Lamartine? Je ne sais, mais c'est un chefd'œuvre.
Tout de suite le débat est posé entre ceux qui, serviteurs ou admirateurs de l'épopée impériale, n'admettent pas qu'on en marchande la gloire et les esprits plus libres qui associent à la critique impartiale du passé « le pressentiment de la postérité dans les choses ». Lamartine marque sa place parmi les seconds, mais les premiers ont-ils eu raison de désirer ou d'accepter la translation des cendres?
Déjà le National^ au moment du dépôt du projet, avait fait