CHAPITRE Y
UN DISCOURS INÉDIT DE LAMARTINE
DISCOURS PROJBTB AUX ELECTEURS DE MAÇON || QUOIQU'iL AIT ACQUIS l'improvisation, LAMARTINE ÂCRIT ENCORE || EXAMEN DE LA SITUATION POLITIQUE EN FRANCE || COMMENT LAMARTINE ENTEND LA POLITIQUE : ELLE EXIGE DES IDEES ET UNE FOI || IL FAIT DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE l'i NSPIRATION DE SON PROGRAMME II LA POLITIQUE NATIONALE.
IL est difBcile de décider si Molé avait raison de décerner à Lamartine, en 1840, la première place parmi les orateurs de son temps, un temps qui comjptait Berryer, Guizot et Thiers. Mais aucun esprit impartial ne saurait refuser de s'associer au jugement de Sainte-Beuve : les discours contre la coalition et sur le retour des cendres avaient, en consacrant la maîtrise oratoire de Lamartine, fait de lui Fégal des plus grands.
Il était, dès ce moment, en pleine possession de tous sçs moyens. L'instrument était for^é. Un labeur soutenu et opi* ni&tre avait mis en valeur et accru les dons généreux de la nature la plus riche et la plus abondante. C'est par la volonté et par le travail que Lamartine avait acquis son extraordinaire facilité d'improvisation. Qui dit improvisation ne dit pas absence de préparation. Comme tous les orateurs dignes de ce nom, Lamartine se préparait. En 1840, il n'avait plus besoin d'écrire. Pourtant, parfois encore, il écrivait. J'ai eu
Digiti
UN DISCOURS INÉDIT DE LAMARTINE
la bonne fortune de trouver dans des papiers inédits, qui sont en ma possession, un projet de discours écrit tout entier de sa main. La première page porte au coin gauche la mention : Notes et, comme titre, Discours à Mâcon. La date ressort du texte même : il y est question, à diverses reprises, des dix années qui se sont écoulées depuis l'institution du gouvernement de Juillet, et même un passage plus explicite assigne au discours la date de 18407 C'est, selon toute vraisemblance, et si Ton tient compte des voyages de Lamartine, dans le courant de juin qu'il devait le prononcer, au cours d'une réunion organisée devant ses électeurs par la complaisance d'amis dévoués. La réunion n'eut pas lieu. Peut-être d'ailleurs Lamartine lui-même renonça-t-il à son projet sans en avoir fait part à ceux dont le concours devait en préparer le succès. Ce qui est certain, c'est que le discours ne> fut pas prononcé. Il ne figure pas dans la France Parlementaire et le journal de Lamartine, le Journal de Saône-et-Loire^ n'en fait aucune mention ^. C'est donc un discours inédit ou, si l'on veut, le projet d'un discours non prononcé que je publie. Il est intéressant à plus d'un titre. Non seulement la forme, quoique jetée rapidement, en est belle et imagée, mais le fond apporte un e con tribution importante à l'histoire d e la p ensée politique dé Lamartine. Elle s'offre ici dépouillée desTarUEces et libérée des servitudes de la tribune. Elle nous permet de saisir l'orateur dans toute sa sincérité et comme s'il se parlaitàlui-même avant de parler âûxKutres :