I. Entretien X, t. II, p. a82 et di
Guizot avait été Torateur le plus ardent, Lamartine, qui tentait de reconstituer les 221, écrivait : « La question d'ordre une fois mise à Tabri, M. Guizot restera, avec d'honorables et habiles adeptes, une puissante considération et le renom d'un grand théoricien; les 221 en grande masse passeront du côté du temps et de Tavenir. Le cabinet s'évanouira dans les nuages d'une théorie; mais comme le talent et le caractère ne s'évanouissent pas avec la puissance, M. Guizot et son parti ressusciteront sous quelque autre forme. Le gouvernement représentatif ne connaît pas l'ostracisme des grands hommes d'États »
Il semble, d'après un passage de la Correspondance^ que Guizot avait fait des avances à son redoutable adversaire et ^^ qu'il « le caressait malgré ses coups ». (Lettre à Virieu, du 12 mai 1839.) Sans doute les relations personnelles avaientelles, dès cette époque, repris entre eux sur un ton de cordialité. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'avant même d'être rentré de Londres pour dénouer la crise du 12 octobre 1840, l'ambassadeur ait fait pressentir Lamartine sur son entrée éventuelle dans la combinaison projetée. Au cours des négociations, Lamartine eut une fermeté qui ne se démentit pas. Résolu à ne pas être « en quinze jours une écorce d'homme d'État, sucée avant d'être mûre et bonne à rejeter à l'impopularité finale », il voulait une situation assez impor- "^ tante pour contrebalancer la direction politique de Guizot. A défaut du ministère des Affaires Étrangères, que celui-ci se réservait, il demanda l'Intérieur dont il projetait de faire « un programme d'idées nouvelles et libérales qui auraient plu au pays ». Il acceptait même, quoiqu'il ne doutât pas de son aptitude aux affaires, et pour tenir compte de certains préjugés, de s'entourer d'hommes forts et spéciaux pour l'aider dans les détails et dans le règlement des questions
1. La France parlementaire^ II, p. flSg. C'est sans doote à Toccasion de cet article que, renvoyant des documents & M. Grun, Lamartine lui écrivait un court billet, curieux à plus d'un titre : « Remerciez M. Guizot. Vous voyez qu'une fois la dignité des aai sauve, je ne le traite pas mal. Vous revenez i moi parce que je caresse votre illustre ami. Je ne veux pas parler aujourd'hui sur l'Adresse, i moins d'attaques bien vives et personnelles. J'ai dit assez; le paye y répond; un coup étoufferait l'autre. Je suis résolu à me taire ou à ne dine que des mots. > (Lettre inédile.)
LAMARTINE ET GUIZOT
techniques. L'ambition des doctrinaires, l'opposition de Holé, trop oublieux des services rendus, et la vileté des 221 opposèrent au désir de Lamartine un obstacle dont le maréchal Soult n'eut pas le courage ni Guizot la prévoyance de triompher. Lamartine refusa les ministères secondaires où il se serait inutilement compromis dans une action subalternisée. Guizot lui offrit, à son choix, l'ambassade de Londres ou celle de Vienne. Il ne voulut accepter ni Tune ni l'autre, malgré qu'une telle mission fût pour lui l'idéal d'une belle vie, afin de ne pas perdre dans le pays, vers lequel se tournaient toujours ses .pensées et ses espérances, « la force de son désintéressement ». Le roi et Guizot insistèrent vainement : il ne se laissa pas ébranler. Sans doute, dit-il au minisire, « vous reconnaissez en moi un esprit politique, malgré les dénigrements de vos journaux et de vos amis, qui me relèguent au rang des rêveurs et des chimériques. — Oui, certainement, reprit l'homme d'État. — Eh bien! Monsieur, je ne serais pas un homme politique si je vous disais le motif pour lequel je ne veux pas m'engager par une reconnaissance quelconque avec le gouvernement de la dynastie d'Orléans. » L'homme d'État pAlit à ces mots, inclina la tête et n'insista plus : on eût dit que le fantôme d'une révolution possible lui avait apparu dans nos paroles^ .
Cet échec affecta Lamartine, mais, attaché à l'ordre et à la '^ ^ paix, il fut sur son banc « le bon soldat » qu'au début même de la crise il s'était promis d'être. Il soutint le ministre, moins par sympathie profonde, que par dégoût de Thiers,
1. La Correspondance de Lamartine renfermé des lettres écrites au jour le jour entre le a3 octobre et le ii novembre i840t à Mme de Cessia, à Virieu, à M. Ronot et à M. de Champvans, dont la spontanéité et la sincérité nous renseignent exactement sur la part qu'il prit aux négociations du cabinet constitué par le maréchal Sottlt avec Guizot comme principal collaborateur. Il y parle, sans insister sur les détails, de la conversation avec Guizot, mais il n'y fait pas allusion i son entrevue avec Louis-Philippe. Ces deux entrevues sont racontées dans une importante note du Coutb familier de LUliratare^ t. iX, p. 5i et suiv. Elles sont reprises dans Lamartine par lui-mime à peu près dans les mêmes termes (chap. lzv et Lxvi), puis, par simple allusion, dans la Critique de thistoire des Girondins (chap. lui). Ces récits donnent l'impression de la vérité et de la véracité. Guizot les avait démentis ou atténués au cours de certaines conversations. Lamartine s'en remettait au témoignage de Louis-Philippe : « Le roi lui-même, dn fond de sa tombe, dans ses révélations posthumes, démentira plus pertinemment quo moi son ministre. Aucun roi n'a tant écrit » 11 disait encore plus cruellement : « Ce n'est pas moi qui ai fait à Monk un mérite d'avoir bien su feindre. »
dont le départ lui apparaissait toujours comme une délivrance, et par crainte du lendemain. Dans son discours du i*' décembre 1840 sur la question d'Orient, où il avait apporté à Goizot un appui si eCBeace^ il lui disait : a Vous recevez les affaires dans use de ces crises fatales oii les difficultés accumulées en tout genare par TimpériÉie ou la passion des partis extrêmes écraeent les hommes les plus dévoués et les plus forts; nais Yokre titre, à mes yeux, c'est ce couragpe mémo de les «eceptef, vous! »
Ea se séparant du geuvememeait dans la quesliim èes fovtîfieations de Paris,, où il apportaîÉ une eoBrktîaii: et uom clairvoyance dont le chapitre suivant me donoera roecasion, de mesurer k profondeur* il tenait à bienr marquer sa position : (c Je d&rai, d'vn autre côté, au parti conserva tevsr^ à œ parti auquel j'appa0tieiia< pae mes senÉiasents; je dirai aux miasBstres eux'-mêiibes, auxquels >'ai donné, et auxquels, ma%ré. un dissentiment passager, je serais heureux de continuer radhéaion la plus complète,.. »
Lamartine, qui, au cours de rannée tMi, intervint rarement à la tribune, ne prit part à aucun débat politique. C'est sa Correspondance qui nous livre le secret de ses pensées intimes. Il n'ignorait pas les: fiaiblesses du ministère, dont la politique orientale surtout le déconcertait, niais il continuait h le considérer comme nécessaire» <» Si M. Guizot était un homme, écrivait-il au marqnîs de La Grange, il régnerait sept ans comme M. de Vilïèle. » Guizot régna sept ans, à cause de son talent, que Lamartine reconnaissait et malgré Fabsence de tact, « seconde vertu d'un homme d'État », dont, et non sans raison peut-être^ il regrettait qu'il fût privé. « Ce ministère, écrivail-il au même collègue en juillet i&4i, c'est du temps donné aux. choses. Son seul rôle est de subsister, il subsistera. » Malgré les avances dé la gauche, qui le sollicitait, Lamartine tenait ferme et il conseillait à Girardin la prudence et la sagesse. Allié des conservateurs, il ne répudiait pas son libéralisme : hostile aux démagogues, il affirmait des septiments « révolutionnaires », c'est-à-dire la volonté de réaliser, « comme un grand et honnête démocrate », les réformes politiques et sociales dont la Politique
Digiti
LAMARTINE ET GUIZOT
ratitmnelU, vieiUe déjà de dix «nfi, mnài été le premier symb<rie« Son enieiiie a^tec Gnizot, déterminée ipar Vm eârcenstances, ne pouTait être qu'un accident passager, -et non im accord dniraUe. Les jiigfes les' plus bienveillaints, comaae M. «des Cognets^ ont attrîbné lenr niptare, fvoYoqiiée par Lamartine, à Tédiec qu'il «rait subi k la présidence die la dfaambre où, une fois encore traM par Mole et .aèandomié par les ââi, il 6it, le ^ décembre 184L, battu par Sanzet^ C'est, à monaeas, exagérer les conséquences d'un dépit que je ne senge pas d'ailleurs à contester. Si grand, si neUe, si généreux que filt Lamartine, il n'était pas en dehers de la sature humaine. Au lendemaàn die la constitetkm dku nînistère Gnizot, dont Tavaient écarté la jsalonsîe atapide d'amkitions rivales et l'erreur impréToyante de Louis-Philippe, il ayait songé sérieusement à donner sa démission de député. Mais la présidence de la Chambre ne le tentait pas : il l'aurait subie plus qu'il ne la recbevehait. « Je ne désire pas la présidence, écrrrait-il à Émîle de GirffiEdin* C'est une position neutre, et j'aime les positions nniitaiAes et «ctÎTes. C'est la décoration d'une ¥ie poirtique, ice n'en est pas la force. Enfin c'est exposer au hasmrd d'une bonne ou maaraise attitude dans un fauteuil la considération, r<espéianoe, le prestige d'un nom politique qui peut un jour se compromettre et s'utiliser à meilleur escient..* Cela n'est pas politique, sou- Tenez-Tous^en. Or ii &ut être politique, ou rester ooame j« suis à regarder jaunir les feuilles de» arbres, les pieds dans des sabots de nojper. J'en serais bien tenté, si ce n'était de oe diable au corps politique que je ne puis chasser de moi depuis l'ftge de raison et qui me tiendra, j'en ai peur, jusqu'à Tfige où l'on n'en a plus. »
Ce n'est pas son échec, car il laissa poser sa candidature plutôt qu'il ne la posa, dont i\ faut rendre responsahle l'attitude hostile qu'il prit dans les pnoniers mois de- ifiéâ contre Guizot. Sa foi politique était en cause plus que son ambition personnelle. En 1839, dans sem troisième articiecur la reccmstitution des 221 (7 décembre) il avait neHemeill