Sauzet réanit igS voix, Lamartine 64> Barrot
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marqué ce qui le séparait des doctrinaires. « Les doctrines de rillustre chef du centre droit sont des doctrines historiques, beaucoup dans le passé, peu dans le présent, moins dans Tavenir. Il a étudié la transformation sociale dans la révolution anglaise de 1688 plus que dans la révolution française de 1789. La révolution d'Angleterre est une révolution politique; son dernier mot est Aristocratie. La révolu-^ tion française est une révolution sociale; son dernier mot est Démocratie. Restaurer une aristocratie légale descendue d'un ou deux degrés dans Téchelle des conditions, voilà les doctrines avouées de ce grand publiciste. Elles s'appellent classe moyenne. Organiser la démocratie pour qu'elle se moralise, pour qu'elle vive et pour qu'elle règne sous l'unité monarchique qui la tient en ordre, voilà les doctrines de la majorité des 221 et les nôtres^EUes s'appellent peuple. Entre ces doctrines et ces doctrines il peut y avoir estime, il peut y avoir paix et alliance de quelques jours ; il ne peut pas y avoir paix durable et assimilation de volontés. »
Ces lignes et les divergences fondamentales dont elles étaient l'expression n'avaient rien perdu de leur vérité et de leur force au début de 1842. Il faut y ramener ceux qui, avec un infatigable parti pris ou la légèreté de l'ignorance, accusent les contradictions de Lamartine, qu'ils attribuent à son ' ambition. Entre Guizot et lui la différence des doctrines était trop profonde pour qu'une alliance provisoire pût entraîner « l'assimilation des volontés ». II eût fallu que l'une de ces volontés cédât à l'autre pour se fondre et s'annihiler en elle. Elles en étaient également incapables. On peut seulement s'étonner que la paix qui les associait dans une action commune ait duré un an. Lamartine — et c'est une raison de plus qui plaide en faveur de son désintéressement — ne rompit pas cette entente au lendemain de son échec à la présidence de la Chambre. Il écrivait le 12 février 1842 à sa nièce Mme de Cessia : « Je t'envoie, ma chère Cécile, un discours que j'ai prononcé hier et qui a sauvé le ministère et l'ingrate majorité. Il a produit un effet inouï. Ce sont mes adieux. La semaine prochaine, je commencerai à parler en homme de grande opposition. On me fait toutes les offres
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LAMARTINE ET GUIZOT
imaginables ce matin pour me retenir à la vieille majorité ; je n'en veux plus. »
Les deux discours auxquels Lamartine fait allusion se suivirent à trois jours d'intervalle. Us avaient pour objet deux questions de la plus haute importance dont Thabileté de Thiers, secondée par la complaisance intéressée de la gauche dynastique, avait réussi, tant qu'il était président du Conseil, à ajourner la discussion. L'une, la réforme parlementaire, visait le cas des fonctionnaires députés, dont le nombre en 1839 ne s'élevait pas à moins de 150, et à l'égard desquels on projetait d'édicter certaines incompatibilités. L'autre, la réforme électorale, proposait d'élargir le pays légal et d'admettre parmi les électeurs les citoyens inscrits sur la liste électorale du jury. Lamartine combattit, le 11 février 1842, la première proposition et, le 15 février, il soutint la seconde.
Le discours de Lamartine sur les députés fonctionnaires publics témoigne, surtout à distance, de plus d'indépendance que de jugement. On comprend qu'il ait produit un grand effet : jamais son talent ne fut mis au service d'une thèse ' plus hardie. Lamartine ne méconnaissait pas les dangers d'une situation qui paraissait condamner les fonctionnaires investis d'un mandat parlementaire à choisir entre la servilité et la révolte. Il flétrissait la corruption avec une éloquence indignée. Mais il ne voulait pas qu'on mtt des lisières à la souveraineté de la nation, dont la clairvoyance et l'intérôt constituaient à ses yeux des garanties suffisantes contre les abus. D'autre part, il affirmait la nécessité de maintenir entre <f la masse agitée et agitatrice » des républicains et le pairiciai attaché à l'ancien état de choses une classe intermédiaire capable de participer à la fois à la fonction poli* tique et à la fonction administrative. Il disait : « Entre ces deux forces, l'une d'en bas, l'autre d'en haut, que reste-t-il donc au gouvernement, aux institutions, pour se fonder, pour se recruter dans l'élection, dans le parlement? Ce qui lui reste? C'est vous, c'est nous, c'est la propriété moyenne, ce sont les professions libérales, c'est l'intelligence, c'est toute cette partie active, centrale, laborieuse, pensante du
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pays. Que tous propose-t-on? De la scinder, de la rétrécir, de la déconsidérer... »
L*éclat avec lequel Lamartifie soutînt €eUe thèse contribua au rejet de fat prise en eonsîdératton de la proposition, repoussée d'ailleurs à une vtajorité très faible. ÉtraMge paradoxe : c'e^ poor ne pas « mutiler la démocraiie » que Lamartine se rangea dans cette cireonstanoe du cMé du cabinet ei du parti oonserraieur, auzqueh il fit ainsi élégamment ses « adieux ». (Quatre jours après il reoooiquit sa liberté et il « sauta le fossé »«
Ce n'était pas pour trouver, sur Tautre bord« des principes différents de ceux qu'il avait soutenus jusque-Uu En cessant de donner son appui au gouvernement, il avouait la déception de ses espérances et la ruine d'une confiance désillusionnée, mais son attitude n'était pas une renonciation aux réformes dont il avait fait son progvaittme. Il était, au contraire, plus pénétré que jamais de leur légitimité et de leur urgence. L'extension du droit électoral à certaîiies capacités lui paraissait en particulier la eonditioa Aéoesaaîre du fonctionnement régulier et progressif de la monarchie. Il n'avait pas cessé, depuis dix ans, de la f^ooniser. I^uisque Gruizot le combattait, il devait combattre GuizoL La séance du 15 février 1842 les mit aux prises.
Sainte-Beuve a dit des discours de Gninot qu'ils ont, à la lecture, « quelque chose de sec et de stérile... Guizot a pour lui l'action oratoire, le yen; mais, cela perd beaucoup ^ w. On en peut dire autant de tous les discours. Ceux de Guizot, s^ls n'échappent pas à la règle commune, méritent, à jBon sens, moins que d'autres le reproche de sécheresse et de stérilité. Us n'ont pas l'abondance oratoire de Lamartine ni le jaillissement continu d'idées qui anime l'éloquence de Thiers. Mais il s'en faut que la passion y soit morte et leur ordonnance est presque sans rivale. Au contraire, Sainte- Beuve a raison quand il écrit sur Guizot qu'il « systématise le passé et qu'il n'a pas d'ouverture à l'horizon ». Aucun discours ne justifie mieux cette appréciation que celui du 15 février. L'imprévoyance dont il témoigne, môme si on ne