‹ Lamartine, orateurChapitre 5 sur 108 · IX · texte numérisé non relu

IX

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INTRODUCTION

guun roi de théâtre traîne en descendant de la scène dans lia foule ébahie d^ une place publique ». (Critique de l'his- '/ itoire des Girondins^ XXXIII.) A tout prix^ à tout prix! Xc'est lui qui le dit^ il aurait ç^oulu s'en débarrasser et secouer W cette accusation hébétée ». U auteur ûf^^ Méditations et des jEIarmoiiies regrettait ses çers de jeunesse qu'il rencontrait ^omme un obstacle à Ventrée de la carrière nouvelle s^ers \fiquelle le poussaient un esprit instinctif et une volonté iraisonnée. Il maudissait sa muse glorieuse et néfaste. Si kncore ces vers avaient été mauvais! Leur médiocrité et t^oubli ne lui auraient pas interdit la vie publique et V aventure parlementaire. Mais ils avaient étonné^ ébloui^ charmé toute une génération. Ils chantaient dans toutes les mémoires, I La réputation du poète était trop grande pour lui permettre I de se rapetisser. H était le prisonnier de sa gloire. I Les moins hostiles lui reprochaient la politique comme \une prétention d'amour-propre. U s'en dé fendait ^ tantôt avec tristesse^ tantôt avec indignation. Mais il ne se laissait pas abattre. D'ailleurs, il arrivait qu'on le défendait. Dans sa Lettre parisienne du 5' décembre fSiO, Mme Emile de Girardin, qui couvrait du pseudonyme de Vicomte de Launay les grâces de son esprit pénétrant et courageux, s'en prenait aux journalistes et leur disait leur fait avec une vivacité charmante. Lamartine, à Foccasion d'une discussion sur F Adresse, avait, une fois de plus, parlé sur la Question d'Orient et ce prononcé un beau discours d'homme d'État. Soudain tous les journalistes se sont mis à crier : Au poète! Est-ce que c'est bien spirituel d'appeler toujours un homme politique du nom de sa profession. Si l'on en faisait autant pour vous autres, messieurs, que diriez-vous? Si, par exemple^ au lieu de vous traiter en publicistes, on vous désignait aussi chacun par votre ancien

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métier : Si au lieu de dire, . . . Est-ce que s^ous trousseriez cela de bon goût? Non^ sans doute. Eh bien^ alors? Pourquoi reprochezr-çous, tous les matins ^ à M. de Lamartine d'être un poète, et pourquoi ne ssoulez-s^ous pas absolument qu'un poète fasse de la bonne politique, puisque pous en faites bien pous autres, de la politique, pous qui êtes des marchands de bois retirés, des bonnetiers découragés, des apothicaires désenchantés! Vous a-t-on jamais contesté le droit de y renperser les ministères et de bouleperser V Europe! Pour-f quoi donc alors refusez-pous le droit de discuter les ques-i ^

tions d'État à un grand poète, c est-à-dire à un homm^ dont le métier est de sonder les cœurs, d'étudier Vhistoire\ d'éclairer les peuples, de juger les rois et d'interrogek \ DieuKf> »

Ce dernier trait aurait pu, sous une autre plume, paraître ironique. Lamartine était trop sûr de l'admiration et de l'amitié de Mme de Girardin pour s'y méprendre. Le don (T a interroger Dieu » n'était pas cependant celui auquel il rattachait ses aptitudes parlementaires. S'il pensait ; que la politique était la « pocation secrète et constante de sa pie », s'il disait que « Vinstinct ou le génie de la haute politique m était chez lui un attribut de naissance, il confondait ce génie apec « le bon sens le plus pulgaire appliqué à la conduite des goupernements et à l'organisation de la société selon les lieux et les temps ». Il y ajoutait « la droiture d^esprit dans les grandes choses et Vénergie de caractère dans les grands dangers de la pie publique ». Ces traits essentiels posés, il en arriçait à définir le grand homme politique : un héros de bon sens*.

A un tel héros pourtant le bon sens ne suffit pas. Il est

1. Lettres parisienneê, nouT. édition, III, p. 99. X Lamartine par lai-même^ p. a, Hachette, 189a.

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