XI
INTRODUCTION
désarmé et impuissant si la parole ne lui fournit pas des moyens d^ action. Les luttes parlementaires sont un tournoi d'éloquence, ou, selon le mot même de Lamartine^ d' «( action parlée », Cette éloquence raisonnes et passionnée, il la sentait véritablement « rugir en lui comme des lions muselés entre les barreaux dune ménagerie^ ».
On croit trop communément que la Révolution de i8M vint à point pour ouvrir ces barreaux et démuseler le lion. La légende a, une fois de plus, fait tort à l'histoire. La tourmente qui emporta la Monarchie de Juillet trouva Lamartine dans toute la force de son génie^ mais son esprit politique et Vincomparable richesse de sa parole^ l'une des plus séduisantes qui aient animé des lèvres humaines^ devaient beaucoup à une longue expérience. Ce nest pas un coup de surprise ni la folie dun peuple enivré qui avaient confié au principal musicien du régiment^ pour parler comme Louis Veuillot, le râle de colonel. Le colonel ne s'était pas improvisé et imposé sous le feu. Il s'était préparé à son grade par la culture attentive, intensive^ consciencieuse, des instincts qu'il sentait en lui. Il avait entrevu avec une sorte de vrescience miraculeuse son exceptionnelle destinée.
L'Histoire des Girondins, parue en i8i7, ne fut que la forme suprême et éclatante dune action où, depuis dixsept ans au moins, Lamartine avait mis les espérances les dIus chères de Tambition la plus haute. Je ne crois pas qu'en écrivant ces pages où la passion enthousiaste déborde et déforme l'histoire, il ait cédé, comme le dit incidemment M. Paul Bourget dans son beau roman^ aux tentations du démon de midi. Même si l'on admet que Fauteur des Harmonies a été « attiré hors de sa ligne par une force