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LAMARTINE ET GUIZOT
leur qui apporte à la gauche les espérances que peut faire ^ naître une haute célébrité littéraire, un magnifique talent, une parole puissante et quelquefois heureuse »...
Voici donc deux témoins autorisés, qui ayaient, Duvergier de Hauranne en 1841, Rossi un an après, non pas prévu comme une hypothèse, mais constaté comme un fait, dont îk discutaient les conséquences, le passage de Lamartine i ^ {^opposition. Ils ne le considéraient plus comme un conservateur. L*article de Duvergier de Hauranne répondait si bien aux sentiments de Lamartine que celui-ci invitait Emile de Girardin à le commenter dans la Presse pour conclure « à un ralliement des hommes capables du pays sous un drapeau neutre et nouveau. A des idées nouvelles, des hommes «• nouveaux I voilà le cri des dioses et du pays. Les partis meurent de vétusté, les intérêts souffrent : TEurope ne nous comprend pas, et nous ne comprenons pas TEurope. Du nouveau I du nouveau ! ou notre révolution mourra de vieil-* leese à dix ans de sa naissance » (5 novembre 1841).
Ainsi rapproché des manifestations qui l'avaient précédé et préparé, le discours du 27 janvier 1843 prend sa physio-^ nomie réelle. Il est le terme inévitable d'une évolution déjà ancienne et Ton comprend que Feffet politique en ait été moins grand que Teffet oratoire. D'ailleurs, les partis n'avaient pas intérêt à en exagérer Timportance.
Les conservateurs se seraient diminués s'ils avaient souligné la perte qu'ils paraissaient faire. « L'opinion conservatrice, disait avec un dédain affecté le Journal des Débats^ ne perd qu'un vote, un vote inconstant et incertain ».
Quant à l'opposition, si elle n'était pas insensible à Téclat de la recrue qui se donnait publiquement et définitivement à elle, elle lui signifiait, sur un ton dont les Mémoires d*Odilon Barrot prolongent l'écho, qu'elle ne l'accueillait pas comme un chef et que la place était prise. George Sand, dans une lettre admirable, avait fait prévoir à Lamartine cet isolement. Elle le félicitait d'avoir senti passer en lui, pour les confesser avec enthousiasme, ce qu'elle appelait Vidée et^^ la pensée du siècle : « Avec elles, quoi que vous fassiez, quelque déception qui vous attende ou quelque erreur où
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vous tombiez, vous sortirez toujours pur et grand de Tépreuve de la vie, et, fissiez-v.ous quelque mal, il est sûr que tous ferez beaucoup de bien. J'ignore si vous pourrez devenir le chef véritable, TAme, le guide, Tinspiration de cette opposition, où beaucoup de vanités et d'ignorances vous préparent plus d'une lutte et plus d'un chagrin. Je Tespère un peu et le désire beaucoup. Si elle n'apprend pas quelque chose de vous, si vous ne lui communique:^as le feu sacré et la passion vraie qui sont en vous, elle est 6nie et ne mérite pas un regret de vous, pas une plainte de votre part, mais qu'importe ? Au delà de ce parti, il y a le peuple et il y a l'humanité. N'importe par quelle route vous parlerez au peuple, n'importe de quelle tribune ! Marchez, allez. * »
Ces éloquents conseils trouvaient Lamartine préparé à les recevoir. Il avait prévu qu'il lui faudrait du temps, des années môme, pour vaincre la résistance des uns et la vanité des autres. Il comptait sur le peuple, mais, moins conGant que George Sand, il n'en attendait pas une adhésion prochaine. Le succès que son discours obtint au dehors dépassa ses espérances. « L'étincelle tombée de la tribune, écrivaitril à son voisin de campagne et ami Dubois^ a, contre mon attente, immédiatement allumé un incendie des esprits dont rien ne peut vous donner l'idée. Je ne croyais pas la désaffection si profonde, et je m'en effraye. A ce coup de tocsin les forces me sont accourues de toute part avec fanatisme. J'ai tâté le pouls de toutes les opinions, je sais à quoi m'en tenir, et je reste dans l'attente et le repos. » (3 février 1843.)
Cette attente et ce repos durèrent quelques semaines à peine. Le mois de mars 1843 n'amena pas moins de trois fois à la tribune Lamartine, qui accentua et précisa son opposition.
Il intervint, tout d'abord, le 3 mars» dans la discussion des fonds secrets pour mettre en cause, au point de vue de la politique extérieure, le système, dont il avait, le 27 janvier, si vivement incriminé la direction intérieure. Quelques jours avant le débat, il rencontra Viilemain, ministre de l'Instruc-