Oh. ▲lezâDdre, p
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votre premier champ de bataille vers le Nord. Songez-y toujoursy et soyez justement ailentifs à cette force nouvelle. » Estrce au dédain de Guizot ou à la clairvoyance de Lamartine que les événements ont donné raison? Et Lamartine était-il encore si mal inspiré en prévoyant, vingt-trois ans avant Sadovea, la « lutte inévitable » que TÀutriche et la Prusse se livreraient pour régler la question de Thégémonie de Tune ou de Tautre en Allemagne?
Sur TAiigleterre et sur la Russie Lamartine n'apportait pas de vue nouvelle : il se i^pétait, mais il faisait avec vivacité un grief à Guizot d'avoir mal pratiqué et d'avoir compromis Talliance anglaise. Ses reproches revêtaient surtout un caractère de sévérité agressive dans la question d'Espa^œ où il accusait les hésitations et les contradictions du cabinet.
Ce tableau de la situation en septembre s'achevait sur un cri d'alarme qui donnait au discours toute sa signification et en faisait un véritable réquisitoire :
« On se demande de tous côtés si, parce que la France a été grande, trop grande, je le reconnais, pendant un certain temps, si, parce que ses armées trop conquérantes, trop envahissantes, ont débordé d'un bout du monde à l'autre, il faut, après vingt-cinq ans de sagesse, de temporisation, de patience, il faut subir tout ce que vous nous £aites subir impunément depuis huit ans. {Au centre : Allons donc! allons donc/ A gauche : Très bien! très bien!)
M. LE Ministre des ÂppAmBS ÉTRANGtess. — Je demande la parole.
kl. DE Lamartine. — Oui, si notre gloire fut un crime, il faut convenir que ce crime national est par trop expié. » {Profonde sensation.)
Lamartine opposait au Gîouvernement, qui n'avait apporté aucune pensée, aucun système politique, aucune alliance, aucune do/, à la fortune et aux destinées de la France, les « frémissements de l'agitation publique ». Il disait : « Ne méprisez pas toutes les passions populaires. Ehl sans doute, Messieurs, je le sais, et je suis moi-même de ce sentiment, il y a des passions populaires qu'il faut oser combattre; mais, sachez-le, il y a des passions populaires aussi qui
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sont terribles, mais qui ne sont pas coupables. Il y a des passions populaires qui sont grandes, qui sont généreuses, qui sont le sentiment même de la grande famille nationale, ribrent et se résumant dans le cœur de chaque citoyen. Ce sont là des sentiments aTec lesquels il ne faut pas jouer, ce sont des passions publiques qu'il faut respecter, qu'il ne £aut ni flétidr ni accuser, car au fond de ces passions publiques il y a quelquefois, il y a souvent un grand patriotisme en souffrance et de grands principes en insurrection dans Tftme de tous. »
Ces principes et ce patriotisme, il accusait Guizot de les sacrifier à une paix sans dignité et sans grandeur, et il concluait par une terrible parole : « Il est temps que ce jeu finisse, car il n'y a plus de milieu : il faut que la France cesse d'être la France ou que tous cessiez de la gouyemer. » Ce discours Téhément, qui prenait les allures d'un acte d'accusation, provoqua dans la Chambre des tumultes dont la Yiolence fut assez forte pour gêner la liberté de Lamartine. Mais la gauche fit un grand succès à l'orateur. La presse d'opposition exalta son talent avec un enthousiaBme que le discours du 27 janvier, n'avait peut-être pas provoqué au même degré. Ces témoignages sont précieux à recueillir. Le Constihithnnel^ après avoir rendu compte de la séance, concluait : « Nous résumons dans cette sèche et incomplète analyse les brillants développements que l'illustre orateur a présentés à la Chambre et qui ont produit la plus profonde impression. r>
Le Siècie renonçait à analyser a ce majestueux tableau de la situation de la France vis-à-vis de l'Europe : il ne faut point tenter de reproduire les élans, les images de cette parole souveraine qui s'élevait bien au-dessus de la question ministérielle jusque-là débattue. C'était, encore une fois, la pensée directrice, le système entier, sous son aspect extérieur, qui était jugé en toute équité, mais sans ménagement par l'illustre orateur. Les hommes d'une raison froide lui reprocheront peut-être de n'avoir pas assez circonscrit la carrière qu'il voulait parcourir, de ne pas être entré assez profondément dans les tristes réalités de la politique qu'il
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voulait flétrir, d'avoir donné prise à la critique par quelques jugements de détail. Quanta nous, en présence de cette élévation de sentiments, de cette fermeté de coup d'ceil, de cette magnificence inouïe de langage, remués, éblouis, nous n'avons éprouvé que de Tadmiration. M. de Lamartine serait notre adversaire que nous payerions à son talent le même tribut d'éloges, car ce talent est comme la gloire des grands hommes dont il a parlé : il laissera après lui une trace lumineuse et éclatante et honorera à jamais notre pays. »
Le National dépeint d'une façon saisissante la physionomie de la séance : « Le débat se tratnait avec langueur et, malgré quelques efforts louables assurément, la discussion avait toujours un caractère monotone et terne, sans vivacité, lorsque M. de Lamartine est monté à la tribune. Cette parole puissante est venue remuer toutes les intelligences, soulever les colères du centre et les plus vives émotions de l'Assemblée. Nous sommes encore sous .l'impression de ces accents si noblement passionnés et de la phrase hardie qui résume et explique tout son discours... Toute son Ame se révoltait aujourd'hui en songeant à l'abaissement de notre patrie, et, si vous l'aviez vu, comme nous, agité, véhément, indiquant du doigt les premiers frémissements d'un peuple qui se sent blessé dans son orgueil, rappelant aux aveugles qu^il y a des colères et des passions populaires qu'il faut savoir craindre et respecter, vous auriez compris, vous auriez partagé cette commotion électrique qui éclatait ici en murmures, là en acclamations. »
Il semble, en effet, que le discours de Lamartine ait eu dans le ton et dans le geste, dans l'accent et dans la vivacité de la diction, une Apreté nouvelle.
Le Courrier Français confirme et complète sur ce point le témoignage du National : « Toujours brillante, cette parole nous a paru plus nerveuse qu'aucune autre de l'illustre orateur. Cette merveilleuse facilité^ avec laquelle il prodigue un luxe éblouissant d'images, s'est abstenue : moins d'éclat et plus d'élan, moins d'or et plus d'acier. Oui, c'est bien un tribun que nous avons entendu tout à l'heure, malgré le reflet de la langue de feu du prophète. Non, nous ne croyons
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pas que depuis le général Foy notre tribune ait retentid*accents plus énergiquement patriotiques. Une émotion immense a succédé à ce discours. »
On peut suspecter la partialité de ces témoignages. Mais le Journal des Débats^ en critiquant « avec une douleur respectueuse » Tattitude de Lamartine, ne niait ni la force de son éloquence, ni la probité de son désintéressement, ni Téclat de son succès ^ Il terminait un article courtois et attristé en disant : « Nous sommes sans colère et sans amertume : quand nous en aurions ressenti, nous n*en ressentirions plus après le discours de M. Guizpt ».
Guizot avait laissé, le 27 janvier, à Villemain, qui s'en acquitta avec esprit, le soin de répondre à Lamartine. Cette fois il lui succéda à la tribune, où il se surpassa. Altier, dédaigneux, presque impertinent, il déploya une force d'argumentatioû, un sens politique, une dialectique et une hauteur d'éloquence qui font de ce discours une des pages les plus saisissantes de l'histoire parlementaire. En demandant la paix au nom de considérations qui paraissaient conduire à la guerre et en dénonçant dans ses deux discours le règne tout entier sur un ton dont certaines précautions de langage ne suffisaient pas à mettre hors de cause l'inviolabilité royale, Lamartine avait fait la partie belle à un adversaire qui saisissait avec promptitude et exploitait avec habileté tous les avantages d'une discussion. Guizot, piqué au vif, n'en perdit rien. À de larges développements tirés de l'histoii'e, qui le mettaient sur son domaine propre, et à des généralités politiques, où il excellait, il associa, tantôt une ironie agressive, tantôt une fierté et une émotion dont M. Thureau-Dangin n'exagère pas l'effet en disant que « la majorité était dans l'enthousiasme et que l'opposition elle-même ne pouvait par s'empêcher d'admirer ».
Mais je crois bien que l'historien de la Monarchie de Juillet
1. Ce succèM, s*ll faut 8*en rapporter au témoignage de M. Alexandre, avait valu à Lamartine deux précieux sullfages. « Thien a dit à Lamartine : J'ai un grand talent parlementaire, plus que cela même; mais je n'ai pas votre profusion d'Images, d'idées, de génie. Vous m'avez empêché de monter à la tribune, je n'aurais pu qu'être faible après vous. Arago lui a dit : Vous êtes le premier orateur parlementaire qui ait paru en France. » {Souvenirs, p. 9.)
exagère en nous représentant, sur le témoignage méchamment spirituel de Doudan/ Lamartine comme « flagellé, défait et écrasé ». Lamartine, malgré la supériorité de son contradicteur dans cette circonstance, subit moins la défaite de la tribune que celle du scrutin. Il répliqua à Guizot le 4 mars avec une modération et une dignité auxquelles son adversaire, regrettant d'avoir dépassé la mesure, avait luimême fait appel. * Examinant successivement la question des relations avec TAngleterre, celle d'Espagne et enfin le droit de visite, il concluait sur tous les points que M. Guizot n'avait pas été heureux. C'était aussi sa conclusion géniale contre la politique du ministre des Affaires étrangères : « Ses ennemis pourront accuser de ses insuccès son habileté, sa situation, ses intentions. Moi, je me borne à accuser sa fortune, et je lui redis en terminant, pour tout reproche : Non, votre politique n'a pas été heureuse pour votre pays, et je vous défie de m'empêcher de vous plaindre. ' »
Quoiqu'il fût devenu, comme il l'écrivait à Ronot, avoué à MAcon, un lion public, Lamartine ne se faisait pas illusion sur les difficultés de sa situation. Avant même qu'il passât à l'opposition par une déclaration publique et formelle, Rossi les avait démêlées dans son clairvoyant article de la Bevae des Deux Mondes du 3i août 1842 : « L'instinct des partis les avertit qu'ils n'ont pas seulement besoin d'orateurs. Le chef d'un parti en est à la fois le guide et le serviteur, la lumière et l'instrument. Celui qui ne conçoit pas le secret de ces
1. Doudan écrivait le ii mars i848 à la baronne de Lasoonra : « Voyez M. de Lamartlne, il a deux ailes, l'une de cygne, qui est l'imagination, l'autre de moineau, et voilà pour la raison. Le pauvre grand homme ne peut pas aller bien haut dans un pareil équipage. Comment avez-vous trouvé la façon dont M. Guizot Ta traité ? Je m'en suis fort réjoui dans mon cœur. C'était un beau spectacle de le voir plumer d'un air sévère ce bel oiseau des Tropiques. On dit qu'il avait l'air tout mal à son aise après avoir été ainsi plumé... » (Afé/anyef et Leffres, nouvelle édition, 1878, p. iii-iia).
X « Guizot a envoyé le lendemain M. Denis vers Lamartine pour lui exprimer son repentir d*avoir été trop loin, et lui dire qu'il était fatigué et le priait de ne pas l'accabler. » (Cb. Alexandre, p. 9).
8. Lamartine avait usé pour la péroraison de sa réplique d'un trait ~ dont il faut d'ailleurs admirer la Q.erté — quil avait prémédité pour répondre è Guizot sur un autre point : c Si M. Guizot m'attaque, je lui répondrai cruellement; je lui dirai : La coalition de 188g était odieuse; elle attaquait irrespectueusement la royauta, et votre politique cependant était humble. Je vouê étfie et nCempéeker de oottt plaindre ». (Ch. Alexandre, p. 8.)
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rôleSy celui qui tient avant tout à faire toutes ses fantaisies, peut être un orateur éminent : il n'est pas un de ces honunes politiques sur lesquels les partis fondent leurs plus- sérieuses espérances. » On ne saurait dire de Lamartine qu'il faisait toutes ses fantaisies, mais il faut convenir que le rôle de serviteur et d'instrument des partis convenait mal à Tindépendance de sa nature. « Je prends le terrain et non les hommes de gauche, écrivait-il à Dubois le 3 février 1843. Le terrain est à mm parce que j'ai su le conserver dix ans dans toutes les questions libérales; ils ne peuvent pas m'en chasser. C'est tout ce qu'il me faut. Ne vous inquiétez pas du reste. J'y agirai dans ma liberté. Quand ils m'appuieront, tant mieux; quand ils feront du gAchis, tant pis pour eux, tant mieux pour moi qui m'y opposerai tout haut. »
Ce qu'il voulait, c'était créer une foi commune, comme en 1789, et un symbole. En cela il ne changeait pas. Le fond et la tendance de la Politique ralionnelle se retrouvaient dans des manifestations où des esprits superficiels affectaient de découvrir, non une évolution, mais une rupture. « Ne croyez pas que j'aie changé, écrivaitril à Lacretelle le 1" mars. Je n'ai jamais eu d'autre but en sacrifiant plaisir, loisir, temps, vie peutrétre à la politique. Je ne me dissimule pas non plus les difficultés, les mécomptes, les haines et les perséoutions. C'est le sel de toute vérité. Les vérités ne valent que ce qu'elles coûtent à ceux qui les répandent... * »
Enfin, le 20 mars, toujours obsédé par le désir et par le besoin de répondre au reproche de se contredii*e qu'il sentait peser sur lui comme une accusation et comme une menace perpétuelles, il s'en expliquait dans une lettre à M. Desserieaux, procureur du roi à Mâcon : « Je travaille pour Dieu et pas pour un véritable vermisseau comme moi'. Je cherche à discerner la route qui mènera le mieux les hommes à lui
1. Lettre citée par M. Doumic, Reoœ des Deux Mondes, i5 septembre 1968.
3. Il y avait quelque orgueil, convenons-en, dans le désintéressement humilié avec lequel Lamartine travaillait pour Dieu. « M. Royer-CoUard disait un jour, en décembre 1841 : on n'est jamais sûr que lorsqu'on vient d'entendre de M. de Lamartine un magnifique discours A la tribane, si on le rencontre dans les couloirs de la Chambre et qu'on le félicite, il ne vous réponde à l'oreille : Cela n'est pas étonnant, voyez- vous, car, entre nous, je suis le Père étemel »• {Cahiers de Sainte-Beuve, p. t5.)
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et à prendre un point de départ qui ne ïei ramène pas aux ténèbres. G*est tout le secret de mes soi-disant évolutions qui sont en moi logiques comme une seule idée, quoi que le public eiL pense. Il s'apercevra plus tard qu*il y a unité et identité dans tous les actes et dans toutes les paroles. Ne craignez pas que je rniffiâii au parti avec lequel je suis en ce moment une parcelle de coBBCMce. Voyez si je ne lui ai pas confessé et fait confesser la />ats, V€dtiance anglaise^ Vinterveniion en EspagnCy VOrieni^ même le dMf de viêite^ tout ce qui lui est antipathique en apparence. DentHi je vais le combattre sur le faux principe des épurations de Im Chambre par des lois restrictives. »
Ces lois restrictives consistaient dans les propositions, plus ou moins laides, d'incompatibilité entre les fonctions publiques et le mandat de député. Lamartine, d'accord avec Guizot, les avait combattues en février 1842 : passé en mars 1843 dans le camp adverse, il mit son honneur à leur opposer le même refus énergique.
M. Thureau-Dangin constate qu'après le succès remporté par Guizot dans la discussion de l'Adresse « il ne se trouva personne pour soulever la question de la réforme électorale ». Le distingué historien a raison s'il veut dire que la réforme électorale ne fut pas l'objet. d'une proposition et d'un vote. Mais son exactitude habituelle serait singulièrement en défaut si cette phrase signifiait qu'il ne fut pas question delà réforme électorale. Lamartine lui consacra la plus grande partie de son discours. On peut aisément comprendre que M. Thureau-Dangin qui écrit VHUioire de la Monarchie dé Juillet ait passé sous silence un discours que son point de vue général lui rendait négligeable. Mais comment ne pas s'étonner que M. Pierre Quentin-Bauchart, qui consacre dans son livre, d'ailleurs consciencieux et substantiel, sur Lamartine homme politique^ un chapitre spécial à l'attitude de Lamartine dans la réforme électorale, n*ait pas fait même une allusion à l'intervention de l'orateur dans la séance du 24 mars 18437 L'oubli est d'autant plus surprenant que ce discours compte assurément parmi ses meilleurs, soit au point de vue de la force oratoire, soit au point de vue de la
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clairvoyance. Pas d'emphase, pas de développements inaiiles ; de la clarté, de la logique, du nerf, et un sens politique dont Taudace apparente est en réalité une sagesse singulièrement divinatoire.
La lettre à Desserteaux précisait le double sentiment dont le discours de Lamartine devait procéder. D'une part, en combattant la proposition qui édictait, pour des cas d'ailleurs peu nombreux, Tincompatibilité, il voulait apprendre à l'opposition « qu'on ne fait pas les grandes forcesavec les petites questions ». D'autre part, en demandant l'extension de l'électorat, il cherchait à poser les grandes questions « de telle sorte que leur solution fût un progrès et non une révolution »^
La première partie du discours, celle qui vise les restrictions dans l'éligibilité, s'appuie sur iWité et l'indivisibilité de la nation sous un gouvernement démocratique. Loin de nier les abus que le cumul de la fonction et du mandat peut entraîner, Lamartine les dépeint avec une force saisissante. Il ne s'en tient pas au soupçon de servilité, avide d'avancement, que peut encourir un fonctionnaire ministériel. 11 dénonce un mal plus profond, celui des cupidités locales ou personnelles, entraînées par l'exemple de leur mandataire à l'asservir lui-même à leurs intérêts contre l'intérêt général : <c Oui, voilà ce qui se passe dans le cœur de Certains électeurs, dans les mystères du gouvernement électif; et quand les choses en sont là, quand ce qui n'est encore, sans doute, qu'une scandaleuse exception, sera devenu insensiblement une habitude et un fait normal, la décomposition du vrai gouvernement représentatif sera palpable. Ce gouvernement, au lieu d'être un gouvernement d'opinion, sera un gouvernement d'intérêts. On pourra le déJSnir un gouvernement représentatif d'arrondissements, où les députés sont les administrateurs, où les mêmes hommes votent le budget et le dépensent, et que l'on pourra, résumer tristement dans cet axiome, dans cette définition étrange, sortie ici l'autre jour de la bouche d'un ministre : Enrichissez-vous ^ ! »
1. Cette parole célèbre, que le polémique fait eucore peser sur la mémoire de Guizot, prend, ainsi détachéei un caractère particulièrement haïssable. Il faut
Lamartine oppose à ce mal, non seulement la aouTeraineté des électeurs, mais leur clairvojrauce et les aeniimenta qu'ils doivent avoir de leur dignité. Il ne vent pas des exclusioBs légales, où il dénonce << des lois somptuaires du patriotisme v. C'est à Fopinion qu'il appartient de a porter ses jugnients, ses peines ou ses récompenses par Testime ou par le mépris public. Gela est plus efficace dans un pays d'Honneur que les mesures d'élimination qu'on trompe toujours. »
Cette thèse est discutable. La souveraineté nationale n'est pas absolue et il n'est personne qui ne reconnaisse la nécessité et la légitimité de soumettre l'éligibilité, comme l'éleetorat, à de certaines garanties. L'incompatibilité entre la fonction, qui exige le respect de l'autorité et de la discipline, et le mandat, dont l'indépendance est la condition première, tend de plus en plus à prévaloir. Elle finira par apparaître comme la solution la plus simple à des conflits de pouvoir dont la complexité ne peut se résoudre que par une règle radicalement uniforme.
Lamartine, dans la seconde partie de son discours» transforme et élève la question. Il fait appel à la majorité, qui n'a pas le sentiment de sa force, cette force qu'elle tient à la fois de ses principes et des fautes du gouvernement, et qui la dissémine dans des questions trop étroites : « Ce n'est pas en se faisant petit qu'on grandit son pays. Ce n'est pas ea se faisant trop modeste qu'on donne confiance à l'opinion ; ce n'est pas en disséminant sa force qu'on la multiplie. » Lamartine sollicite l'opposition vers les grandes questions qui, bien choisies et bien élaborées, amèneront à elle toutes les puissances d'opinion. 11 l'interpelle sur les maux dont souffrent le pays et le régime représentatif. Si ces maux s<mt réels, il faut rechercher le remède approprié à la gravité de la situation et modifier la loi électorale par l'élargissement
pour la jager atoc impartialiié, la remettre dans le développemeat où elle figure. Gulzot répondait à Dufaure. Après avoir rappelé que la conquête des droits politiques et sociaux était faite, il ajoutait : « A présent, oses de cas droils; fondez votre gouvernement, affennissez vos institutions, éelairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France ; voilA les vraies innovations ; voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur de mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation >. (Ckambre des Députés, Séance du i** mars 18^.)
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des circonscriptions, par la suppression du cens d'éligibilité, par Tallocation d'une indemnité aux députés» par Tadjonction des capacités de la seconde liste du jury. Est-ce assez? Pas encore. Lamartine n'est pas audacieux, c'est-4-dire prévoyant et sage, à demi. « Voulez-vous faire des propositions qui étendent prudemment en le régularisant le droit d'élire les représentants du pays à des catégories de professions libérales, industrielles, laborieuses même, dans la nation {violents murmures)^ qui le distribuent proportionnellement, en sorte que nulle classe de citoyens en France ne puisse se plaindre de manquer d'organes, et que la représentation ne soit plus seulement l'élite, mais le résumé complet et organisé du pays? {Mouvements divers et bruit au centre.)
« Voulez-vous, en laissant à la propriété toute sa valeur comme gage principal dans la communauté, reconnaître enfin le dogme, le principe générateur de la révolution et de la pensée françaises, c'est-à-dire que le titre de citoyen politique n'est pas seulement le titre de contribuable, mais le titre d'homme, d'être moral, et donnant des garanties sociales suffisantes à l'État? Voulez-vous reconnattre largement, mais avec sûreté, les droits de l'intelligence et du travail, de cette intelligence qui est la force des forces dans les temps modernes, que l'éducation publique, la presse, les tribunes, les industries font monter et prévaloir de jour en ^our davantage? Oui, mettez-la dans le droit avec proportion, pour qu'elle ne le trouble pasl {Murmures.) Oui, tracezlui son orbite régulier pour qu'elle ne jette pas un jour le désordre et la ruine dans votre système électif. {Violents murmures.) »
Les murmures qui accueillent ces paroles en soulignent la gravité. Lamartine fait appel à la conscience, à la clairvoyance, à l'intérêt même de ses interrupteurs. C'est aussi l'intérêt du Gouvernement de Juillet qu'il invoque. La monarchie ne se soutiendra pas par les « forces mortes » auxquelles l'euchatnent des conseillers timides et imprévoyants. Seules les « forces vives » peuvent donner la vie politique. « Il faut, sous peine de stagnation et de dépéris-
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sèment, que ce gouvernement, bien et fortement conseillé, se retrempe énergiquiement dans ce qui derait être son principe, la liberté, les intérêts populaires, la puissance de J 'intelligence et des dogmes nouveaux, qu'il creuse jusqu'au tuf de nouvelles couches du sol électoral pour y ropuiser la sève, la vie qui pourraient lui jaaanquer un jour. ( Vive sensation. Violents murmures au centre,) » La JiaiHiiesse de ce langage surprend et secoue TAssemblée. Mais Lamartine évoque le souvenir des factieux qui, en 17^9, furent les fondateurs, d'abord calcnnniés, de la liberté et de l'égalité françaises. Ce sont de tels factieux qui sauvent les peuples et préservent les ^^oastitaiiions en les^argissant. « Euasîonfiaous aussi quelques préjugés, quelques déiHàHàinalioas injurieuses à subir, nous aurons le courage de les accepter et pteutrêtre même rinsolence de nous en enorgueillir. »
Cet admirable discours, d'un si care sens politique, et -qui donne à la vie publique de Lamartine une si frappante unité, n'eut pas le succès qull en attendait « Allez m'entendre jeudi, avait-il dit à M. Alexandre, ce sera mon plus beau discours. » Après l'avoir pr<Hioncé, trop vite, parait^îl^ il déclarait à Dargaud : « Vous avez assisté à mon fiasco politique*. » Cette fois sa modestie, et non sa vanité, exagé* rait. La vérité est que, violemment interix»mpu par les centres, il avait été écouté froidement par l'of^position. Un mot d'Odilon Barrot est sJAgulièrement révélateur. Comme Lamartine disait : « Si vous voulez toucher ii la racine d'U mal, croyez-moi, osez toucher à la loi d'élection elle-même », le cbef de l'opposition dynastique lui répondit : « C'est impossible I U &udrait faire une révolution. » Rosai avait, dès 1842, avec sa perspicacité habituelle, prévu cette situation : « Lorsque M. Barrot, écrivait-il, lui parsdtra trop positif, trop timide, trop gouvernemental, M. 4e Lamartine pourra se porter plus loin. »
En se portant plus loin, Lamartine dépassait la Chambre, mais il se rapprochait du pays. Guizot, dans sa triomphante réplique du débat précédent, lui avait dit : « A qui vous en