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LAMARTINE ET GUIZOT

•prenez vous donc? A qui? Au pays lui-même. Ce que tous Avez .appelé la pensée de tout le règne, c'est la pensée du pays aussi bien que de son gouvernement.. . Sachez donc à qui •vous ¥oufi en prenez I Sachez quelle est la pensée que vous poursuivez ! C'est la pensée de la France, de la France libre •etoonvaincue. » L'erreur de^Guizot, qui pesait sur tonte sa 'politique, était de confondre la France et le pays dégaL La loree de Lamartine était de faire appel à la France, « libve et convaincue », pour élargir le pays légal. Les obaervaÉours éésinlôressés Jie s'y étaient pas trompés. A^ rès la séance du â7 janvier 1843, M. de iHuBiboldt avait prononcé un mot qui a'wt faittfortune : « C'est une comète, disait-il de Lamartine» dont on :n'a .pas encore calculé l'orbite. » 'Camme on parlait beaucoup d'une comète au début de celte année-là, la noii4>araiscm se retrouvait pantaut. Rossi écrivait : « M. de liamartinei, dont on se dissimulerait en lEain la puissance croissante au dehors, a renoncé à toute action dans ia Chambre; c'est une comète ardente qui vient illuminer tour à tour les points divers de l'horizon, et dont les rapides évahitions sont destinées à déconcerter M. Arago bien plus enccure que l'astre errant par lequel il a été Téoemmeut suspris dans la quiétude de l'Observatoire* » Cette « puissance croissante r> n'échappait pas à Sainte-Beuve qui )la notait avec une jalousie malveillante. Il constatait, le 2 avril, dans sa chronique anonyme de la Bévue 5ume, comme un symptôme ayant de « la portée au dehors », que les ibroohures éclosaient autour de Lamartine : « On le démontre réformateur et politique, philosophe révélateur... H. 'Rossi a raison de dire que Lamartine grandit au dehors. ËstHse que c'est le sens commun qui prévaut toujours en ce monde? Lamartine est une comète : il a certes une queue brillante et immense : mais a-t-il un noyau ?» ^

Lamartine sentait cette popularité et cette confiance grandissantes. Il recevait « des milliers d'adhésions frénétiques et quelques injures anonymes. » « Moquez-vous de .ceux qui se moquent de moi, écrivait-il à Ronot. Je ne suis

'1. GamûqMeê parimennet^ p. 17.

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rien, mais les situations en politique comme à la guerre sont toutes-puissantes. Or j'ai l'œil qui sait les voir de loin et le pied qui ose hardiment s'y poser. Cela suffit. Le reste est TalTaire de la Providence et du temps, son instrument. » (19 février 1843.)

Lamartine, sans doute pour aider la Providence et pour hAter le temps, trouva, dans un banquet qui lui fut offert par la ville de MAcon le 4 juin 1843, une occasion favorable de parler au pays et de développer sa politique. Il le fit magnifiquement. Il dégagea, avec une prodigieuse somptuosité de langage, la « croyance commune et la foi nationale » autour desquelles il voulait rallier tous les citoyens. Il se défendit d'être « un flatteur du peuple, un quêteur de popularité » et il mit au compte du Gouvernement de Juillet, infidèle à son origine, à ses principes et à ses promesses, le rôle qu'il avait joué dans l'opposition. « Je n'ai pas changé de place, ce sont les choses qui en ont changé... Je n'ai pas changé d'Ame, comment aurais-je changé de parole? » La pensée fondamentale de son discours tenait dans cette formule : Organiser la nation en démocratie. Organiser la démocratie en gouvernement. Il entendait par démocratie, non un déplacement du despotisme, mais « la nation une, indivisible, complète, le droit partout, la liberté pour tous. » Le développement régulier de cette démocratie devait se poursuivre dans une monarchie de raison et de nécessité : « la monarchie, non pas enveloppée des mystères d'une métaphysique anglaise, cachant son origine dans le ciel, mais la monarchie en plein jour, examinée par tout le monde, consentie par tout le monde, appartenant à tout le monde et ne représentant plus que deux choses utiles aux nations : l'unité d'action dans le gouvernement, et la perpétuité du signe du pouvoir dans la royauté. »

Il attribuait à la dynastie de 1830, née d'une transaction heureuse entre des partis prêts à se déchirer, la mission «( d'accomplir Tunité de la nation par la distribution lai^e, équitable, des droits politiques, dans des proportions réglées avec toutes les garanties de solidarité et de moralité, À toutes les classes de citoyens qui forment le peuple en

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s'organisant ». Sentait-il, à ce moment, qu'une heure sonnerait où cette monarchie défaillante lui laisserait la responsabilité d'une démocratie qu'elle n'avait su ni contenir ni satisfaire? Il s'écria : « Mais, me dit-on, vous pensez peutêtre juste; mais vous êtes seul! seul au milieu de passions et d'intérêts plus forts que vous? — Je suis seul, Messieurs? Et qui donc êtes-vous? (Longue sensaiion.) Et pourquoi donc ces nombreux citoyens, de toutes les classes de la population, qui remplissent ces tentes, à qui je suis personnellement ou indifférent ou inconnu, et qui ont bravé les intempéries de la journée pour venir sympathiser dans ces sentiments l Seul, Messieurs? Ah! oui, on est seul quelques années souvent, quand on est avec la vérité. Mais une force supérieure, le temps, travaille à votre insu pour vous, et il vient un jour, où, au lieu d'être multiplié par quelques groupes dans un parlement, vous êtes multiplié par tout un peuple 1 » {Très bien/ très bienJ Voraîeur est obligé de s'in^ terrompre.)

Ce peuple, il en prévoyait, il en voulait, il en préparait Tavènement, animé à la fois du courage de le servir et de celui de lui résister : a Le temps des masses approche, et je m'en réjouis ; mais il faut que leur avènement soit régulier pour être durable ». Et, confiant dans l'esprit public, écartant les séditions, les agitations et les menaces, partisan du gouvernement des peuples, non par les hommes, mais par les idées, il portait un toast : A C accomplissement régulier, ef pacifique des destinées de la démocratie.

Ce discours produisit un effet dont quelques lettres reçues par Lamartine permettent de mesurer l'étendue. Michelet lui écrivait : « C'est ma foi, cher et illustre ami, c'est notre évangile politique. Nous nous associons dès aujourd'hui à cette pensée, et la France entière le fera demain. Vous aurez été notre prophète, notre précurseur. Vous serez celui que nous attendons. » Victor Considérant, qui faisait des réserves sur la partie monarchiste du discours, l'admirait dans son ensemble et conviait Lamartine à prendre <c son plein et libre essor », hors dés partis, pour conserver toute l'indépendance qui convenait à son « génie prophétique » et à

son « rôle social ». Jules Bastide, avec des sestrictions presque semblables, n'était pas moins enthousiaste pour la « belle et bonne œuvre » dont il félicitait LAmartine ^

Ces témoignages avaient leur prix. J'imagine pourtant que l'opinion de Louis Veuillot dot surprendre et flattoD plus agréablement Lamartine. Tout n'était pas éloge dan» eet article, mais l'hommage rendu au talent de rorateor, ë l'éloquence et à la magnificence de son langage, prodft*mait en même temps la probité et la noblesse de ses inten^ tioDS : « Il y a des illuminations dans^ son discours; Ton j seconnatt parfois la pensée d'un homme d'État, et plus sou*- ¥ent encore on y sent Tàme d'un homme de bien. Jamais leff orateurs de l'opposition, jamais ceux du Gouvernement, lev uns attachés aux chimères de leur étroit libéralisme, lesp autres engourdis dans le culte de la matière et de la* peur, n'ont eu d'inspirations pareilles, n'ont fait parait» a^ec mu semblable prestige, devant les instincts éblouis de la foule-,, ee beau fantôme de l'ordre libre et de la liberté ordonnée, dépouillant en apparence tout esprit d'exclusion, immolant tout préjugé haineux, acceptant avec honneur tout noblesouvenir, aspirant à la paix, à la gloire, à la concorde; enfin, un Dê^e... mais un rêve qui semble praticable à tous, excepté* au Pouvoir actuel, à qui il demanderait trop de sacrifices; excepté à nous, qui voyons que- l'Évangile n'y est pas. »

Occupé à YHiaioire des Girondins et collaborateur du Biem pubUCy jûUDnal qu'il avait fondé pour oépandre ses* idies^ Lamartine, dont le dernier discours (sur la suppression dela fabrication du sucre indigène) datait du iâ mai 1843, ne temonta à la tribune de la Ghambse qu'en janvier t844. Il parla sur l'Adresse au lendemain de la séance célèbre où le» explications de Guizot sur son voyage à Gand en 1815 provoquèrent un des tumultes les plus violents et les pluH) scandaleux de l'histoire parlementaire. Il s'opposa à la flétrissure de& députés qui s'étaient rendus à Londres auprè» du duc de Bordeaux, avec une -modération, un tact et une dignité impartiale qui donnèrent toute sa force à la leçon

1. Voir pour ces trois lettres le recueil «les Lellres à Lamartine^ p. igj^ao8. a. ir. de Ëannitne et llr Démocratie, Méianges, l (18^18^, p. 9^7x

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«( utile et terrible » par laquelle il terminait son discours. « Le premier des serments, disait-il, c'est celui qui nous défend de chercher jamais le salut de notre patrie ailleurs que dans notre patrie même ! C'est le serment de notre iHrtionriîté I CTesl celui que la terre elle-mêtoe prête, pour ainsi âire^ pour nous, en nous faisant naître citoyens (Ton pays q»ehs<Hique. »

Ce discours eut un vrai succès. Cehii qu'il prononça le 19 mars, à l'occasion des fonds secrets, avait fait, de sa part, Fobjel d'une préparation particulière. Il y attaqua successf- ▼emeni la politique de Thiers et celle de Guizot, celle de la « guerre folle » et celle de la « paix humiliée »>, en trouvant le moyen de se renouveler dans un sujet qui comportait inévitablement de nombreuses redites. « Mon discours a été bon, excellesrt, déclarait-il, mais il a fait fiasco devant la Chambre. i> L<Hn de partager cette opinion, Dargaud allait jusqu'à trouver que c'était le plus beau discours de Lamartine ^ Le {dus beau, c'est peut-être trop dire, mais^ à coup sûr, l'un des meilleurs pcnr la composition, par la sobriété et par l'art heureux des formules. J'en détache les plus significatives : fc Un même homme n'a pas cinq ou six significations opposées dans sa vie publique ; ou bien alors, ce n'est plus un homme sérieux I e'est un rôle méprisé, c'est un acteur politique. — Les homme», dans le régime représentatif, sont des systèmes. — La confianee ne se commande pas ; elle se mérite. » Lamartine, en finissant, appelait de ses vœux un gouvernement national, auquel il promettait son concours. N'était-ce pas courir le risque âe vieillir et de mourir dans l'opposition? Il en prenait son parti en reportant sa foi intacte et confiante sur les destinéeede la Franee. « Eh bien! qu'importe encore? S^agit-il de BOUS, misérables individualités, qui passons perdues dans le grand mouvement des idées et des choses? Non, il s'agît d'une nation qui ne vieillit pas, des destinées intérieures et extérieures d'un peuple qui ne meurt pas, d^ progrès ou du ralentissement des idées qui sont immortelles, et qui n'birt besoin des hommes que pour s'ypersonnifier quelques courtes

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