‹ Lamartine, orateurChapitre 7 sur 108 · XII · texte numérisé non relu

XII

Digiti

INTRODUCTION

ennemie is>, ce n'est pas a au midi de ses jours » que le vertige destructeur Va assailli, troublé et vaincu. La ten-. tation était en lui : elle ne venait pas du dehors. Déjà en ' i826^ tandis qu'il exerçait des fonctions diplomatiques à Florence, il écrivait au vicomte de Marcellus : « J'ai plus de politique que de poésie dans la tête^ quoique vous en puissiez penser, et un jour nous nous rencontrerons de tribune à tribune. » L*aveu, si paradoxal qu'il soit, exprime une vérité devant laquelle il faut s'incliner : Lamartine avait, sinon plus, au moins autant, de politique que de poésie dans la tête. Heureuse tête que celle où deux formes si différentes du génie peuvent se former et s^épanouir sans se détruire * / Celle de Lamartine était faite pour supporter ce double fardeau. Ses rivaux ne s'y étaient pas tous

1. Lamartine, en écrivant sur Cicéron. en i8Sa, dans le CivUisdtear, faisait un éTident retour sur lui-même quand il disait : « On n'avait pas inventé alors les divisions de facultés et les spécialités de professions, qui décomposent un bomme entier en fractions d'homme et qui le rapetissent en le décomposant.... On ne mutilait pas arbitrairement la nature, comme nous le faisons si malheureusement aujourd'hui, au grand détriment de la grandeur de la patrie et de l'espèce humaine. On n'imposait pas à Dieu un maximum de facultés quand 11 créait une intelligence plus universelle ou une âme plus grande que les autres.... Ce n'était pas la profession, c'était le génie qui faisait l'homme; et l'homme alors était d'autant plus homme qu'il était plus universel. De là, la grandeur de ces hommes multiples de Tantiquité. Quand, mieux inspirés, nous voudrons grandir comme elle, nous effacerons ces barrières jalouses et arbitraires que notre civilisation moderne place entre les facultés de la nature et les services qu'un même citoyen peut rendre sous diverses formes à sa patrie. Nous ne défendrons plus à un philosophe d'être politique, à un magistrat d'être un héros, à un orateur d'être un soldat, à un poète (Titre un sage ou an citoyen. Nous ferons des hommes, et non plus des rouages humains.... » Et pourtant Cicéron lui-même n'avait-ii pas écrit : Sed mos est hominum ut nolint eamdem ptarihas laudibus excellere?

Lamennais, cité par Renan, se plaignait, comme Lamartine, d'être relégué par les prétendus hommes d'action dans le domaine de la philosophie spéculative, c Qu'un homme, disait-il, possède un grand savoir, ou que son fisprit possède un grand horizon, saisisse beaucoup d'objets et les conçoive et les ordonne avec facilité, ou que, pénétrant au fond des choses, il voie ce que d'autres n'y voient pas, ou qu'il cherche les causes dans les effets, les lois dans les phénomènes, raisonne bien et profondément, on dit de lui qu'il est un homme de théorie, de spéculation, nullement propre aux affaires. Prenez-y garde, vous arriverez à définir l'homme d'affaires, l'homme politique, l'homme d'Etat, comme on définissait le sot. > L'ironie de Renan, quoiqu'il n'eût pas encore tenté les chances d'une candidature, d'ailleurs malheureuse, à ia députation, ne contredisait pas les avantages qu'un bomme ordinaire pouvait, selon Lamennais, trouver sur le terrain des affaires. Il allait même plus loin : « Si VÉloge de la Folie n'avait valu à Erasme tant de disgrâces, écrivait-il, je proposerais aux moralistes un curieux paradoxe

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