Ch. Alexandre, p
a. La France Parlementaire donne à tort la date du 7 mai.
LAMARTINE ET THIERS
en donna une expression dont la souple véhémence s'accorde avec une puissance de logique véritablement extraordinaire. Les développements tiennent les uns aux autres par un lien si serré que la trame est indivisible. Ce ne sont pas des couplets, au sens oratoire du mot, ce sont des faits, des raisons et des arguments, présentés avec une passion qui n'est jamais déclamatoire. Il faut réserver à Téloquence de Lamartine Tépithëte de miraculeuse pour les jours, uniques dans rhistoire du monde, où elle apaisera, disciplinera et gouvernera une révolution grosse de passions déchaînées et de périlleux orages. Mais le cinquième discours sur les fortifications fut une gageure dont aucun autre orateur peutrêtre n'aurait réussi à triompher.
Des applaudissements prolongés aux extrémités consacrèrent le succès de Lamartine. Cette mention figure dans la France Parlementaire, mais le Moniteur en dit davantage : Une longue agitation succède à ce discours de M. de Lamartine. La séance est suspendue un quart d^heure.
Aucune personnalité n'avait été dirigée contre Thiers ni aucune allusion. Ce serait mal le connaître que de n'être pas sûr qu'il les eût relevées sur-le-champ avec sa vivacité C0U7 tumière. Mais le lendemain, dans une intervention qu'il fit de sa place pour motiver son vote, après avoir déclaré qu'il s'atpplaudissait d'avoir engagé le pays dans cette grande entreprise, il ajouta :
« Je ne m'en applaudirais pas et je ne la regarderais pas comme un acte de courage si elle ne m'avait, depuis, exposé aux plus indignes calomnies. Je méprise ces calomnies, je les méprise dans l'expression qu^elles ont reçue hier, parce que ce sont des calomnies.
« M. Arago. — De semblables paroles ne sauraient être tolérées.
a M. LE Président. — De pareilles expressions ne peuvent porter sur les personnes; elles ne seraient pas parlementaires.
u M. Thiers. — Les libertés qu'on donne à ses adversaires sont toujours égales à celles qu'on prend avec eux. Si ce qu'on a dit hier était vrai, la Chambre en votant les fortifi-
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cations de Paris, eût été une partie de traîtres et de dopes. Messieurs, il n'y a ni traîtres ni dupes.
« .... M. de Lamartine a fait notre histoire. Moi aussi, je pourrais faire celle de tout le monde; et le jour où cela sera utile, je ferai celle de M. de Lamartine, et Ton verra que, sans calomnier, je puis être séyère; je pouriai prouyer que si, dans la balance des pouvoirs, les uns Font emporté sur les autres, ce n'est pas sur moi que peut retomber la faute. »
U y avait de la dignité et de la fierté dans ce langage, mais il y avait aussi une iroiûe dédaigneuse et presque tnsolenbb dont Lamartine n'était pas homme à s'accommoder. Il répliqua tout d'abord en produisant des docamenls diplomatiques pour montrer que la siiuatioB extérieure n'était pas en IMO d'une gravité telle qu'elle exigeât ou excusât la dfécision du cabinet du i^ mars. Puis il ajouta : « Je répands à M. Tfaiers, qui a dit qu'il se glorifie, qu'il se glorifiera toujours d'aToir doté son pays de ces fortifications élevées autour de la capitale, que je me glorifie, moi, d'avoir cherché à éviter ce mal à mon pays. Je ne comprends pas que l'on ait tracé dictatorialement et par ordonnance, autour de la capitale, une raceinte fortifiée, que je considère comme une atteinte future et inévitable à la liberté et aux institutions du pays. (Agitation.)
« Quant aux dernières paroles qui ont éié proférées par rhonorable M. ThierSy elles ne sont ni du ressort de cette Chambre ni du ressort de la Tribune. Quand rhonorable M. Thiers aura expliqué à qui s'applique un mol que je n'ai jamais subi et que personne dans cette enceinte ne subira jamais^ je saurai la réponse que j'aurai à y faire ^ »
C'était annoncer des témoins. Le général Leydet et M. de La Bochejaquel^n représentèrent Lamartine. Il avait dit à Rémusat, témoin de Thiers : m Le bon Dieu a fait le lendemjun pour être plus sage que la veille. » La sagesse vint des témoins. Le procès-verbal donna à Lamartine la satisfaction
1. Les phrases soulignées ne figurent pas dans la France Parlementaire. On comprend le sentiment de coaTenanoe qui a déterminé Louis Ulknch à supprimer, du vivant de Lamartine et de Thiers* réconciliés, un incident aussi ancien. Mais le Moniteur les a transmises à lliistDire, et elles lui appartiennent.
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LAMARTINE ET THIERS
qu'il avait exigée, non par susceptibilité personnelle, mais pour conserver intactes la dignité du député et la liberté de la tribune : « M. de Lamartine maintient ses appréciations politiques et M. Thiers retire ses expressions ^ »
Quelques mois après, Lamartine exprimait au comte Monier de la Sizeranne, avec son « admiration sérieuse » pour le cinquième volume de YHisioire de Thiers, les sentiments u de goût, d'esprit et de cœur » auxquels il devait résister pour le combattre. « Mais la logique doit gouverner les instincts.... Quand il y aura un symbole commun, je le professerai avec bonheur de même cœur que vous. Mais les lois de septembre, TOrieiit ei les fortifications nous séparent par un abtme politique qu'aucune bonne volonté ne peut combler. Les uns ou les autres, nous tomberions au fond. U faut être seul tant qu'une crise attendue n'aura pas jeté un pont entre nous. » (Novembre 1845.)
UHistoire des Girondins^ dans laquelle LanaLartine était plongé au moment où il. écrivait cette lettre, devait précipiter cette crise, qui, loin de jeter un pont entre les deux adversaires, contribua à les séparer plus profondément.
1. Il faul lire le récit de Darga«d poar «ppféder ta séfénilèet labcaroare doat Lamartise fit preuve au cours de cet incident. (Des Cognets, p. 93^^ ds?.)