‹ Lamartine, orateurChapitre 65 sur 108 · GIRARDIN II DISCOURS POPULAIRB DB MAGON, SON 8UCCBS, SON · texte numérisé non relu

GIRARDIN II DISCOURS POPULAIRB DB MAGON, SON 8UCCBS, SON

RBTBNTISSBMBNT II l'hBYJRB DB LAMARTINE APPROCHB.

LA session de 1846 consacra la situation de Lamartine, qui s'y révéla comme un orateur d'affaires d*un genre unique. Tous les partis lui rendaient hommage '^Quand la session s'ouvrit^ Guizot et Thiers vinrent le saluer à son banc avec les égards d'une courtoisie particulière. Il n'exagérait pas en écrivant : « Je suis seul, et j'ai dix journaux; je suis seul, et la Chambre se range en silence chaque fois que je me lève pour parler, plus que pour un ministre et un chef de parti ; je suis seul, et j'ai avec moi la moitié de Paris. iT (Lettre à Ronot, il février 1846.) Surtout, sa popularité exté^ rieure grandissait. Sainte-Beuve, dont la jalousie ne nuisait pas à la clairvoyance, ne s'y était pas trompé : « Au dehors, écrivait-il, dans ses notes intimes, et sur le grand public

1. Lamartine écrirait à de Ctiampyans le ao mai \W : « On n'emprunte aucunevaleur aux partis qui n'en ont pas une réelle : on se compromet avec eux ; voilà tout La force de l'homme est en lui-même.... Ah ! si j'avais votre âge, le ciel sait si je me mettrais des rides, fussent les rides de Lafayette ! » (leffre inédiU^ communiquée par Mme de Gaoson.)

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AUTOUR DU DISCOURS DE MÂCON

▼ague son renom s'étend de plus en plusl II le sait bien, il y vise, et bien souvent quand il fait ses harangues à la Chambre, qui se montre distraite ou mécontente, ce n'est pas à elle qu'il s'adresse, c'est à la galerie, c'est aux gens qui demain le liront. Je parle par la fenêtre^ dit-il expressivement. ^ »

Du 12 janvier au 10 juin 1846, Lamartine ne prit pas moins de treize fois la parole, traitant, avec une invraisemblable souplesse, les sujets les plus variés. Cette facilité, dans laquelle il se complaisait, n'échappait pas non plus à Sainte- Beuve; son témoignage, malicieux et profond, est à citer: « Lamartine, chaque matin, soit qu'il écrive ou soit qu'il pérore, improvise, et cette improvisation ne lui coûte aucun effort; au contraire, elle lui fait plaisir, et lui donne le sentiment de son talent, de sa verve. Il a en eifet ce que les Bouddhistes demandent dans leurs prières, la facilité dans reffbri. Il se fait donc plaisir tous les matins en dépensant son fluide oratoire. Ce libertin de Voltaire a remarqué que faire des idées pour celui qui pense, c'est un peu un plaisir pareil à celui de faire des enfants. Produire ses idées avec tout un appareil brillant et sonore, et les voir à l'instant courir le monde^ c'est encore plus enivrant que de penser tout seul dans son cabinet; Lamartine s'excite donc et 8*enivre, chaque matin, de cette improvisation facile et brillante qui lui donne la sensation de sa fécondité inépuisable et lui rend l'illusion de la jeunesse. * »

Je dirai, dans un chapitre spécial consacré aux discours d'aifaires de Lamartine, tout ce qu'il y avait de force vraie, d'élévation, de générosité et de prévoyance dans cette fécondité. Ces premiers mois de l'année 1846 comptent parmi les plus glorieux de sa vie oratoire.

Entre le 10 juin 1846 et le 29 janvier 1848, Lamartine ne monta pas à la tribune. Ce silence n*était pas de l'inaction. L'Histoire des GirondinSy publiée en mars 1847, fut un événement dont tous les témoignages contemporains soulignent l'importance. Lamartine avait voulu s'essayer dans un genre

1. Cauêeries da Lundi, XI, 3* édition, p. ifig. au Cau$€Fieê du Lundi, XI, 8* édition, p. 495.

nouveau et ajouter une corde à sa lyre. Mais il avait voulu surtout emprunter à Thistoire un moyen d'action politique. «* Les échos de la tribune ne lui suffisaient pas. Le régime parlementaire, tel que le discréditaient Tintrigue et la corruption, répugnait à sa droiture. D'un autre côté, il s'afDîgeait et il s'irritait des défaillances du Gouvernement de Juillet, infidèle à ses origines et à ses promesses. Il ne se résignait pas à laisser la Révolution française se transformer en « une petite oligarchie groupée par la peur et par Torgueil autour d'un roi d'expédient ». Il écrivit les Girondins dans le but «c de retrouver la juste signification de la Révolution en remontant à son origine et à ses premiers organes et en la dégageant des passions et des crimes qui lui avaient fait perdre son caractère et son but >». Il mit au service de cette œuvre un art consommé. Le mot d'Alexandre Dumas est resté célèbre : « M. de Lamartine, disait-il, a élevé l'histoire à la hauteur du roman. » Il y a dans cette boutade une part de vérité qui s'accrott de tout ce que les nouvelles méthodes historiques et les plus récentes recherches ont apporté dans l'histoire de la Révolution. Mais il ne faut pas exagérer. Si l'histoire peut nous rendre sévères pour ce qu'il y a de roman dans les Girondins^ ce roman ne doit pas nous rendre injustes pour ce qui s'y rencontre d'histoire. Le duc de Broglie, au témoignage de Doudan et de Sainte-Beuve, trouvait dans le livre de Lamartine assez « d'esprit, de vues et de talent » pour déclarer que, dans ce genre, personne en France n'aurait pu en faire autant.

Le succès fut prodigieux. Mme de Girardin, dans une chronique brillante et profonde, s'en réjouissait et s'en inquiétait à la fois : « Ce livre est une révoluiiony disaif-elle; c'est un présage, c'est un symptôme, c'est un décret peutêtre... Ahl que c'est l>eau! mais que d* événements vont naître de ce livre]... Douze mille exemplaires des Girondins ont déjà été vendus. II y a bien dans le nombre quelques admirateurs qui comprennent nos préoccupations, qui partagent nos préoccupations, et peut-être aussi nos alarmes ^. 9

i. 4 a^ril 1847. Chroniques parUienneë, IV, p. 987-346*

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AUTOUR DU DISCOURS DE MAÇON

En disant des Girondins qu'ils étaient une révolution, Mme de Girardin trahissait-elle une confidence de Lamartine? Peut-être. Toujours est-il que Lamartine mesurait la portée d'un tel livre. « Si vous aviez une révolution dans la main, Touvririez-vous? » disait-il à M. de Ronchaud au moment où il récrivait. Ce qu'il voulait, c*était « faire un code en action de la République future », pour qu'elle fût girondine et non jacobine. Cette histoire était « un discours épique^ une discussion en récita qui devait produire et qui produisit une émotion plus durable et plus grande que cent discours de tribune^ ».

Lamartine exploita et accrut cet effet par un discours véri- ^ table, non de tribune, mais de forum. La ville de Mftcon voulut fêter le triomphe de son député. On avait pensé à un buste. Lamartine eut le bon goût d'en repousser l'idée : « La mort seule consacre : élever une statue pendant qu'on vit, c'est amasser la boue qui doit la salir tôt ou tard ou préparer le marteau qui doit la briser. » Au contraire, il accueillit avec plaisir, comme un témoignage de la cordialité de son pays natal, la proposition d'un banquet, à la condtion, qu'il exprima dès le premier moment, de ne pas en écarter le peuple : « Laissez venir, c'est avec lui qu'il faut s'entendre et s'incorporer, car c'est pour lui que nous devons travailler, et il doit, en s'élevant, en se mobilisant, en s'instruisant, travailler pour lui-même avec nous. » (Lettre à Ronot, avril 1847.) D'un autre côté, il désirait réunir « toutes les nuances acceptables et honorables d'opinions ». Il trouva dans le maire de Mâcon, M. Rolland, un collaborateur intelligent dont le dévouement actif contribua pour une large part à la bonne organisation de cette grande fête populaire. Le banquet eut lieu le 18 juillet 1847. Sous le coup de l'émotion qu'il en ressentait encore, Lamartine, deux jours après, écrivait à Dargaud : « Le banquet a été à la fois sublime et déplorable....

« Sublime par le nombre, deux mille cinq cents couverts remplis et beaucoup de refusés; on peut dire avec vérité

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