Critique de F Histoire dee Girondine^ un
LAMAKTinS. 1%
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trois mille convives, qainze oents femmes admirablement groupées, parées, enthousiastes, et deux ou trois mille spectateurs. Un spectacle comme jamais on n'en vit. Un Cotisée vivant de Rome, à Mftcon, un dôme en toile de quatre arpents M
« Mais à la fin du dtner : un orage, foudre, éclairs, vent, " langues de feu. Le dOme emporté en mille lambeaux sur les tètes, les piliers, ondoyant comme des mâts de vaisseau, près de tomber sur la foule! — Pas un mouvement de terreur, et les cris de vive Lamartine/ répondant seuls, même des voix de femmes, aux coups de vent et du tonnerre. Suspension d'une heure à sa place sous la pluie diluvienne!
t( Admirable patience! »
Quant au discours, Lamartine en envoyait à Dargand le exie « exact, mais tronqué, manqué, emporté par le vent, étouifé par le bruit des écroulements, acclamé par des milliers de voix. »'l[ écrivait à sa femme : « Je ne m'entendais pas moi-môme. J'ai été froid et ennuyé et court ».
Lamartine, « ennuyé » par Forage, ne prononça pas dans son entier et avec la liberté de tous ses développements le discours qu'il avait médité. Mais cette improv isation S loin d'être « courte et froide », emprunta, tout au contraire, aux circonstances extérieures une chaleur et un mouvement extraordinaires.
Après avoir loué ses auditeurs de braver, comme de vrais enfants des Gaulois, les éléments pour entendre « quelques mots de probité et de liberté n, Lamartine évoqua, dans un beau mouvement poétique, le souvenir d'Hérodote acclamé aux Jeux Olympiques. Il se défendit de la vanité de se com-
1. L.es départements voisins de celai de Saône-et-Loire avaient envoyé des délégations qui représentaient quarante villes.
Quant aux femmes, un grand nombre d'entre elles portaient les costone nationaux du Maçonnais, de la Bresse, du Jura et de la Suisse. Elles tinren sous l'orage avec une ténacité admirable. Lamartine ne manqua pas de leur adresser un hommage particulier.
a. M. de Ronchaud aida Lamartine à retrouver et à rédiger de mémoire pour l'impression le discours que la sténographie avait mal pris. « La seule note que Lamartine eût portée à la tribune était une grande feuille de papier sur laquelle étaient écrites au milieu en gros caractères, les grandes divisions de son sujet et, sur les côtés, en lettres plus petites, ses arguments principaux. Les phrases, les mots à effet e ent rejetés sur les bords » . {La Pelilique de Lamartine^ 1. Lxiii, en note}.
AUTOUR DU DISCOURS DE MÂCON
parer au Père de THistoire, mais certaines allusions étaient transparentes : « Il était parrena au milieu de la yie ; il avait ▼oyagé de longues années dans toutes les contrées de l'Orient pour y étudier les mœurs des hommes, et pour y soulever le voile peint de rêves jeté par l'imagination sur le berceau des peuples ; revenu dans Halicamasse, sa patrie, il y avait été proscrit, tantôt par la tyrannie, tantôt par la démagogie; car en servant la liberté et les intérêts du peuple^ il ne consentait pas à en servir les anarchies ou les caprices, »
Précisant enc^uite la signification de la manifestation grandiose dont il était Tobjet, Lamartine y vit la concluaioa de son livre : « La conclusion, c'est que la France sent tout à coup le besoin d'étudier l'esprit de sa Révolution, de se retremper dans ses principes épurés, séparés des excès qui les altérèrent, du sang qui les souilla, et de puiser dans son passé les leçons de son présent et de son avenir. » En termes splendides il expliqua que cette Révolution n'était ni une misérable sédition du peuple ni le résultat d'un embarras financier ni un accès passager de démence nationale, mais la manifestation du spiritualisme des idées pro-^ testant contre le malérialisme des faits.
L'orateur avait eu l'intention de parcourir, pour en faire ressortir la leçon et la lumière, les diverses phases de l'histoire révolutionnaire et aussi de marquer les atteintes que la Révolution avait subies sous l'Empire et sous la Restauration. La nuit menaçante et le vent qui continuait à faire rage l'en empêchèrent. Il en vint donc tout de suite à la question actuelle : « Et maintenant, où en sommes-nous? » Cette question, il l'avait déjà posée plusieurs fois, et il y avait répondu. Aussi Louis Veuillot ne manquaitril pas d*observer que Lamartine, dont il louait d'ailleurs le talent admirable, les illuminations éloquentes, le langage élevé et magnifique, se répétait. Évidemment. Mais ne vaut-il pas mieux se répéter que se contredire? Le reproche de Veuillot contenait donc un hommage involontaire.
Surtout, quoi qu'il pensât, Lamartine n'était pas monotone. Une propagande continue impose des redites : Lamar-
Une n'échappait pas à la loi commune, mais il ne se répétait qu'en se renouvelant. Les images se combinaient dans son éloquence avec les formules. Son discours aux Mftconnais ne manquait ni des unes ni des autres. S'il opposait aux catégories restreintes de Télection le dogme de la souveraineté exercée par Funiversalité des citoyens, il disait : « L'exercice de la souveraineté est borné par un chiffre et *" laisse des millions d'ftmes en dehors du droit, c'est-à-dire en dehors de la justice. L'élection est matérialiste. La raison dit que l'élection doit être spiritualiste comme la pensée de la révolution, et compter des âmes^ et non des centimes. Mesurez la distance I »
S'il blftmait les atteintes portées à la liberté de la presse, il reprochait au gouvernement, qui mettait le poids de ses faveurs ou de ses antipathies dans les oi^anes de la pensée, de frapper, à Vusage des citoyens, une fausse monnaie d'opinion publique. S'il critiquait la politique extérieure du gouvernement, il l'accusait de servir en Espagne les pactes de famille au lieu des pactes de peuples et de faire la police de r Autriche en Suisse avec une armée française.
Mais la partie importante du discours visait les rapports de la monarchie constitutionnelle et de la démocratie.^ Reprenant l'idée qu'il avait exprimée dans la Politique rationnelle, Lamartine accordait à la royauté de 1830 un rôle de préparation et une existence de transition, à la condition de ressembler à « ces frontispices des vieux temples démolis que les anciens replaçaient en évidence dans la construction des temples nouveaux, pour tromper le respect superstitieux de la foule et pour imprimer à l'édifice moderne quelque «hose des traditions de l'ancien ». Il acceptait cette ce royauté représentative », dans laquelle il voyait, non la propriété héréditaire d'une famille, mais la délégation d'un peupler II respectait en elle un régulateur du mécanisme gouvernemental, marquant et modérant les mouvements, ne les contraignant et ne les faussant jamais, et une sorte de magistralure assurant l'unité et la perpétuité du pouvoir national, aous le contrôle de l'opinion publique.
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AUTOUR DU DISCOURS DE MAÇON
A cette royauté constitutionnelle, libérale, moderne, û opposait rimage d'une autre royauté dont la forme de son langage ne cherchait pas à masquer Texistence ou à dissimuler la ressemblance. On ne peut ni analyser ni tronquer ce mouvement admirable : Téloquence et Thistoire le revendiquent dans son entier : ^
« Si au contraire la royauté trompe les espérances que la prudence du pays a placées en 1830, moins dans sa nature que dans son nom ; si elle s'isole sur son élévation constitu-^ tionnelle; si elle ne s'incorpore pas entièrement dans l'esprit et dans l'intérêt légitime des masses; si elle s'entoure d'une aristocratie électorale, au lieu de se faire peuple tout entier; si, sous prétexte de favoriser le sentiment religieux des populations, le plus beau, le plus saint des sentiments de l'humanité, mais qui n'est beau et saint qu'autant qu'il est libre, elle se ligue avec les réactions sourdes de sacer- ^ doces afBdés pour acheter de leurs mains les respects superstitieux des peuples; si elle se campe dans une capitale fortifiée i si elle se défie de la nation organisée en milices civiques et la désarme peu à peu comme un vaincu; si elle caresse l'esprit militaire à la fois si nécessaire et si dange — reux à la liberté dans un pays continental et brave comme la France ; si, sans attenter ouvertement à la nation, elle corrompt cette volonté, et achète, sous le nom d'influences, une dictature d'autant plus dangereuse qu'elle aura été achetée sous le manteau de la Constitution ; si elle parvient à faire d'une nation de citoyens une vile meute de trafiquants, n'ayant conquis leur liberté au prix du sang de leurs pères que pour la revendre aux enchères des plus sordides faveurs; si elle fait rougir la France de ses vices officiels, et si elle nous laisse descendre, comme nous le voyons en ce moment même dans un procès déplorable, si elle nous laisse descendre jusqu'aux tragédies de la corruption ; si elle laisse affliger, humilier la iiation et la postérité par l'improbité des pouvoirs publics, elle tomberait, cette royauté, soyez-en sûrs ! elle tomberait non dans son saj^, comme celle de 89^ mais elle tomberait dans son piège I Et après avoir eu les révolutions de la liberté et les contre-révolutions de la
gloire, TOUS auriez la révolution de la conscience publique et la révolution du mépris h w^
Ce dernier mot, « vraiment meurtrier », pour employer Texpression de M. Thureau-Dangin, résume toute Tinspiration comme il précise toute la portée politique du discours de Mftcon, — c< discours énorme, disait Louis Veuillot, plein de nuages et d'éclairs, comme la tempête qui a troublé la fête ». Sainte-Beuve, au lendemain de la Révc^ution de Février, écrivait : « La révolution à laquelle nous assisloas est sociale plus encore que politique. Lamartine Ta caractérisée énergiquement quand il a dit : c'est la révolution du mépris. »
Quelques jours après son discours, Lamartine, pendant qu'on sellait ses chevaux, écrivait à son ami de Gircourt une lettre, encore inédite, où cette harangue enflammée recevait un curieux commentaire * : « Je vois avec vos yeux TAUemagne et tous les pays que vous voyez tour à tour. Quant à la France, je la vois de très près et, je crois, très juste. J'ai pour juger ses dispositions intimes des symptômes qui ne trompent pas : ce sont les vingt lettres d'inconnus ou d'ononymes qui m'arrivent par vingt-quatre heures. Il m'est aisé de tftter le pouls du pays et de dire sa maladie ou sa santé : il y a de l'un et de l'autre. On est las de cette réaction stu-' pide qui dure depuis le 18 Brumaire contre les idées, la philosophie, la politique du xvni* siècle; il y a une aspiration lourde et honteuse encore vers la vérité et la liberté des intelligences, mais, avant un an ou deux, cette aspiration fortement et franchement articulée par nous deviendra une passion qui redressera la marche de Tesprit français ou qui abandonnera les chefs du gouvernement pour en choisir d'autres. Voilà ce que je pressens avec l'évidence d'un fait^ accompli. Le succès des livres qui reprennent en sous-cmvre
1. L'expression !a réoolution dm mipHêy préméditée par Lamartioe, se trouvait dans an coin du papier sur lequel il avait résumé le plan de son discoors.
a. Cette lettre appartient à ma collection particulière. On peut s'étonner de la place Insignifiante qu'occupe dans la Correêpondanoe générale le discours le phw retentissant de Lanutrtine et du silence absolu que gardent à son st^et tes Lettre» à Lamartine^ publiées par sa nièce Valentine. Il y aurait le plus grand lotérH à Mettre au jour ces publications.
AUTOUR DU DISCOURS DE MÂCON
Tœuvre répudiée de 1789 et la passioB qui soufflait dans six mille âmes réunies sans s'être entendues au banquet de Mftcon en sont pour moi une preuve de plus. Dieu depuis trente ans semblait combattre contre lui-même, il daignera enfin aider ceux qui veulent travailler pour lui^. J'espère que vous aurez jugé que j'ai déployé juste autant du drapeau des idées modernes que le veni naissant le permettait;^ cependant Torage m'a empêché d'entrer à fond dans le dis^ cours que j'avais médité. Vous n'en avez eu que la sauce détrempée par la pluie. »
C'est à peine si Lamartine avait pu, dans sa harangue, violemment interrompue par l'orage, faire une allusion à k situation extérieure. Il n'avait rien dit de l'Allemagne. La réponse qu'il faisait à Circourt lui donnait l'occasion d'ex* primer à nouveau sa pensée, déjà ancienne et toujours constante. Il apportait dans le domaine des affaires étrangères et dans l'action intérieure une même préoccupation, qui se résolvait dans le triomphe de la raison humaine^ plus aisée, il est vrai, à invoquer qu'à d^nir : « Tout ce que vous dites de l'Allemagne et de ses dispositions envers nous doit être la vérité même, car c'est ce que nous avons mérité. Mais si la France^ répondant à nos idées, répudie à haute voix, comme nous le faisons, l'esprit stupide des conquêtes territoriales pour arborer énergiquement le drapeau de la révolution morale, civile, politique, religieuse, pensezrvous que ^ les sympathies qu'elle soulevait il y a cinquante-cinq ans au delà du Rhin, des Alpes, et des Pyrénées ne lui reviendront pas? Esi-ce que Tesprit divin latent dans tout l'univers n'a pas besoin d'un foyer commun ou d'un cratère de véritéêt Pour moi cela est évident.' Le feu couve; si vous fermez une bouche à Paris, elle s'ouvre à Rome; il y a une immense*' vérité en souffrance dans l'âme du monde comme à la fin du paganisme. Cette vérité, c'est la raison humaine. C'est aux hommes politiques sérieux de la comprendre et de passer de
1. Cette idée de collaborer à l'œuvre de D&ea hantait décidément Lamartine. Il rexpiinurit, vers la même époque, à Dargaud : « Dieu voudrait-il enfin s'aider Ittl^ièBie à porifier son image panni les hommes et à Caire triompher sa raiaon sur nos sottises?... Quant à mol, je ne recule pas. Je me dévoue à Dieu et aui hommes pcmr Dieo. • (17 août 1^7).
son côté contre les servitudes de cœur, de corps et d'esprit qui ont assez vécu. Les peuples plus désintéressés que les aristocraties viendront à eux à ce signe et s'enrôleront, d'abord de vœux, puis de fait, sous les drapeaux de cette rénovation rationnelle, spiritualiste, religieuse, sociale et politique qui souffle de partout I Voilà Tœuvrel » << L'effet du discours de Mficon fut immense. Lamartine écri* vait à sa femme : « J'ai été très ferme et assez prudent en paroles; j'ai été aux limites et pas au deçà ». Il avait voulu en effet avertir plutôt que menacer et ses pressentiments ne jBortaient pas encore de l'ordre constitutionnel. Le retentissement de sa parole ne tenait pas seulement à son extraordinaire éclat : elle avait porté sur l'esprit public parce qu'elle répondait à ses préoccupations, à ses incertitudes et à ses besoins. Elle était attendue. Quand on isole trop Lamartine, on ne comprend pas Lamartine. L'esprit de parti qui le met à part, soit pour l'exalter, soit pour le dénigrer, ne lui rend pas sa vraie justice. Je ne saurais trop redire qu'il a eu des illuminations géniales, des éclairs prophétiques, des intuitions mystérieuses, dont aucun homme politique de son temps, pas même Thiers, si prodigieusement intelligent, ne peut lui disputer le privilège. Mais s'il a été un vates^ il a - été aussi un écho dans lequel ses contemporains trouvaient l'expression, magnifique, imagée et puissante, de leurs inquiétudes et de leurs aspirations.
Le discours de Mftcon venait à son heure. Et l'heure était^ grave. La gravité de cette situation était sentie par tous les esprits indépendants. Il s'en rencontrait môme parmi les hommes les plus attachés au régime, qui écrivaient dans l'intimité de la correspondance ce que Lamartine disait tout haut.
Lamartine disait :*^« La France s'attriste... Qui de nous ne porte sa part de la tristesse générale? Un malaise sourd couve dans le fond des esprits les plus sereins, on s'entretient à voix basse depuis quelque temps, chaque citoyen aborde l'autre avec inquiétude, tout le monde a un nuage sur le front d. M. de Viel-Castel notait presque au môme moment dans son journal quotidien une impression sem-
AUTOUR DU DISCOURS DE MÂCON
blable : « La session qui vient de se terminer est assurément la plus triste et la plus étrange qu'on ait vue depuis tôdO... Elle a constaté, dans la majorité conservatrice, un état d'impuissance, d'atonie, de découragement, qui ressemble au marasme.... C'est ungrand problème que de savoir comment le cabinet se relèvera de cet abaissement.... Aussi le mécontentement est-il général. On se croit vaguement menacé de quelque calamité* ». Tocqueville n'était pas moins pessimiste. Ses lettres parlaient de 1' « inquiétude » et du « malaise singulier » dans lesquels vivait la France. Six semaines après le discours de Mftcon, il écrivait : « Nous ne sommes pas près peut-être d'une révolution ; mais c'est assurément ainsi que les révolutions se préparent ».
Lamartine disait : « Avons-nous le gouvernement de nos idées? Le gouvernement, au lieu d'ôtre une grande et sainte mission de lumière et de morale appliquée, de vertu publique, de patriotisme, n'estril pas une grande industrie? L'esprit de matérialisme et de trafic ne remonte-t-il pas des membres dans la tête? Ne sommes-nous pas dans une régence de la bourgeoisie aussi pleine d'agiotage, de concussion, de scandales que la régence du Palais-Royal? Se sent-on glorieux ou humilié de vivre dans ce temps-ci? » L'attaque était vive. Mais le duc d'Orléans n'avait-il pas, dans une lettre intime, exprimé son « dégoût » pour le*^ triomphe de certains hommes et de certaines idées qui compromettaient le régime? <t Les idées les plus inesquines et les plus étroites ont seules accès dans la tête de nos législateurs. La classe que la révolution a élevée au pouvoir fait comme les castes qui triomphent, elle s'isole en s'épurantr et s'amollit par le succès. Ils ne voient dans la France qu'une ferme ou une maison de commerce... ». Quand l'héritier du trône tenait un semblable langage, à une époque où le mal ne s'était pas développé encore au point de créer un péril, fautril s'étonner que Tocqueville dénonçât les « cupidités individuelles » de la classe moyenne, devenue peu à peu, pour le reste de la nation, « une petite aristocratie cor-^
1. Joarnal inédit de M. de Viel-C<utelt ii août et 81 décembre 1847, cité par Thureau-Dangin, VII, p. 75 et 3a4.
et T«lgairB, par laqvelle il paraissait honteux de se laisser gouTemer? » Dira-tron que la nature <le Tooquevilie rinclinait au pessimisme? Mais le baron de Viel-Castel notait parmi ses observations désintéressées et confidentielles a Taifaiblissement du sentiment moral taut dans le gouvernement que dans les classes supérieures ». Et M. de Barante n'avait-il pas le courage et la clairvoyance de signaler à Guizot, au nom des conservateurs* dont il exprimait «c la tristesse et l'inquiétude », la réaction évidente et grandissante « contre ce soin des intérêts privés, ces comr plaisances et ces ménagements pour les personnes* ces distributions de faveurs et d'emplois* et surtout cette tsàblesse pour les exigences des députés, qui ont été plus ou moins nécessaires pour composer une majorité* »?
Lamartine avait donc raison d'affirmer cette tristesse de la France, toute proie, si les pouvoirs publics n'y prenaient pas garde, à se transformer en révolution du méprisifW ne parlait pas comme un factieux, a Nous ne voulons pas être faction* disaitril avec force, nous sommes opinion* c'est plus digne* c'est plus fort, c'est plus invincible ». Et il ajoutait : « Les révolutions des gouvernements libres peuvent se faire dans le cercle de la Constitution ». Ainsi, dans le discours de Mftcon, la véhémence du langage n^excluait ni le sens politique ni l'esprit de conciliation. Et Lamartine, à seize ans de distance, pouvait se rendre ce témoignage d'avoir exprimé des théories « à la fois fermes et modérées », dont le conseil* s'il avait été suivi par le roi, aurait prévenu dans sa souree et rendu sans motifs la révolution menaçante : « La Franee se sentait bien comprise et l'opinion bien exprimée... Tous les journaux reproduisirent ce discours et grandirent ainsi la secousse qu'il avait imprimée au pays : il rendit mon nom puissant et ma popularité irrésistible* ».
Lamartine reparut à la tribune, le 29 janvier 1848, après^ un silence parlementaire de dix-huit mois. Il prononça svr les affaires d'Italie, à l'occasion du débat sur l'Adresse* un discours dans lequel il attaqua vivement la politique exté-