La Goree, HUloire de la seconde RépabUque, I, ai
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présenté au nom du Gouvernement provisoire. Rarement son éloquence connut de plus nobles accents. Je ne peux malheureusement, pour donner le ton de FensemblOy que citer un seul passage de ce morceau émouvant et magnifique : ce Nous avons passé quarante-cinq jours sans autre force executive que Tautorité morale entièrement désarmée dont la nation voulait bien reconnaître le droit en nous^ d ce peuple a consenti à se laisser gouverner par la parole, par nos conseils^ par ses propres et généreuses inspiratâcM». Nous avons traversé plus de deux mois de crise, de cessaii<»i de travail, de misères, d'éléments d'agitation politique et d'angoisse sociale accumulés en masse innombrable dans une capitale d'un million et demi d'habitants, sans que les propriétés aient été violées, sans qu'une colère ait meBaoé une vie, sans qu'une répression, une proscription, un em^ptisonnement politique, une goutte de sang répandue en m»tie nom, aient attristé le Gouvernement dans Paris ! Nous pouvons redescendre de cette longue dictature sur la place publique et nous mêler au peuple sans qu'un citoyen paisse nous demander : Qu'as-tu fait d'un citoyen? »
L'acclamation fut unanime. Elle se renouvela le lendemaki lorsque Lamartine présenta, comme ministre des Affiaves étrangères, un rapport spécial sur les relations extéôeiifes. Il y avait comparé la situation léguée par la monarefaie de Juillet avec les résultats que la « diplomatie armée » de la Répubb^pie avait obtenus en deux mois : « La Frànee, à b chute de la royauté, s'est relevée de son abaissement, comme un vaisseau chargé d'un poids étranger se relève aussitôt qu'on l'en a soulagé ». Le succès fut prodigieux. Louis Veuillot se faisait l'interprète du sentiment publie lorsqu'il écrivait dans V Univers : « Le morceau est beau et noble. Il y a peu d'exemples* dans l'histoire du monde d'nae pareille communication fiaiie au Sénat d'un grand peuple» On a souvent déclaré la guerre avec un immense et sublime courage ; nous ne croyons pas qu'on ait jamais décrété fai paix avec plus de majesté. » Charmée, enivrée et reconnais* santé, l'Assemblée décida à l'unanimité que le Gouvernement provisoire avait bien mérité de la Patrie«
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TROIS MOIS DE DICTATURE ORATOIRE
C'est Lamartine^ son éloquence, son prestige, le rayonnement de sa gloire et de son génie, qui avaient em;K>rté et comme imposé ce vote unanime et enthousiaste. Il était vraiment, comme Fa dit M. de la Gorce, le dictateur de" l'opinion. Après la journée du 16 avril, il avait « entendu murmurer à ses oreilles, à voix sourde, des mots qui le tentaient d'une véritable royauté populaire ». Il ne faut pas sourire de la naïveté ou de la vanité de cet aveu. Tocqueville, qui ne Taimait pas, et qui s'est montré sévère pour lui, a reconnu la situation, peut-être unique dans Thistoire, que les événements lui avaient créée : « Il apparaissait à tous ceux auxquels la révolution avait fait mal ou avait fait peur, c'est-à-dire à la grande majorité de la nation, comme un sauveur... Je ne crois pas que personne ait jamais inspiré d'aussi vifs transports que ceux qu'il faisait naître alors ;i) faut avoir vu l'amour ainsi aiguillonné par la crainte pour savoir avec quel excès d'idolâtrie peuvent aimer les hommes, ^emportement de la faveur qu'on lui témo^ait alors ne saurait se comparer à rien, sinon peut-être à l'excès d'injustice dont on usa bientôt envers lui... ' ».
L'injustice ne tarda pss, en effet, à succéder à la popularité. La révolution de Février avait établi un pouvoir de dictature : il appartenait à l'Assemblée Constituante de doter la France d'un pouvoir régulier et d'institutions définitives. Mais il y avait un intervalle à franchir. Le rapport lu par Lamartine avait insisté sur la nécessité d*abréger cet interrègne « pour ne pas alanguir les ressorts du pays. Qu'une commission de gouvernement^ sortie de votre sein, ne permette pas au pouvoir de flotter un seul instant de plus, précaire et provisoire, sur un pays qui a besoin de pouvoir et de sécurité. » Quelle serait cette commission de gouvernement? Un ministre aommé par l'Assemblée et révocable par elle, ou une commission ^cutivc^ investie d'un pouvoir propre qui lui donnerait le droit de désigner les ministres? L'Assemblée^ en très grande majorité, penchait pour la première solution. Elle y trouvait le double avantage de ne pas abdiquer trop