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CHAPITRE XI

DE L APOTHÉOSE A L'OUBLI

LES DERNIÈRES ANNÉES DE TRIBUNE (lo MAI i848-i5 MARS i85i)

LAMARTINB SACVB DB NOUVBAU L^ORDRB PUBLIC || DBRNIER 80URIRB DB LA FORTUNE || DBMISSION DB LA COMMISSION EXECUTIVE II LETTRE AUX DIX DEFARTBMBNTS || DISCOURS EN FAVBUR DB l'ÉLECTION DU PRBSIDBIfT DE LA REPUBLIQUE PAR

le suffrage universel || dernieres interventions ||

l'abandon.

LES pouvoirs de la Commission executive furent de courte durée : nommée le 10 mai, elle expira le 24 juin» impuissante et déconsidérée, dans les convulsions de la guerre civile Une phrase des Mémoires politiques de Lamartine caractérise de la façon la plus pittoresque son Tôle personnel au cours de cette période tragique : m Lamartine, en descendant de cheval, monta à la tribune. » Pendant ces six semaines, il eut moins à parler qu'à agir. L'émeute du 15 mai, dont la Pologne était le prétexte habilement trouvé, mit à l'épreuve un courage qui n'avait faibli ni le 24 février, ni le 17 mars, ni le 16 avril. Il eut, dès le premier moment, l'instinct que son éloquence ne renouvellerait pas les miracles dont elle était cootumière et que seule la résistance armée pourrait rendre à l'Assemblée envahie la liberté que la révolution avait violée. La garde nationale et la garde mobile chassèrent de la salle des séances les émeu-

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tiers qui s'y étaient livrés à des scènes scandaleuses. Mais une faction, conduite par Barbes et Albert, avait pris possession de THôtel de Ville. Le danger était là. Après avoir remercié, au nom de FAssemblée, ceux qui Pavaient libérée, Lamartine s'écria : « La tribune n'est pas la place de Thomme politique que vous avez désigné avec ses collègues pour veiller au salut de la patrie. Nous allons partir pour THôtel de Ville.... Dans un moment pareil, le gouvernement n'est plus dans un conseil, la place du gouvernement est à votre tête, citoyens et gardes nationaux 1 Sa place est sur le champ de bataille! Marchons! »

Accompagné de Ledru-RoUin, auquel les factieux ont fait l'injure imméritée de le porter sur leur liste, suivi d'une colonne grandissante de bons citoyens dont l'exemple de son héroïsme exalte l'ardeur civique, secondé par le général Bedeau, qui remplace le général Courtais trop évidemment incapable, Lamartine arrive, à cheval, sur la place de Grève et la traverse, au milieu d'une foule immense, a sous un rideau de baïonnettes, de sabres et de drapeaux ». Sollicité de parler, il s'y refuse. L'heure n*est pas aux discours : « La première tribune du monde, s'écrie-t-il simplement, c'est la selle d'un cheval, quand on rentre ainsi dans le palais du peuple, entouré de ce cortège de bons citoyens armés, pour y étouffer les factions démagogues et pour y réinstaller la vraie république et la représentation nationale avec vous. »

En haut les chefs de l'insurrection, surpris par la soudaineté et la vigueur de la résistance, se laissent désarmer et arrêter. Lamartine revient à l'Assemblée nationale qui se tient en permanence, entouré d'un cortège enthousiaste qui l'acclame, tandis que les mouchoirs s'agitent aux fenêtres et que les fleurs pleuvent sur son cheval. Quatre fois en trois mois il a sauvé Tordre public. Il monte à la tribune pour annoncer que la sédition est étouffée dans son germe et que la souveraineté nationale est rétablie dans son autorité et dans sa dignité. 11 fait honneur de cette victoire à l'armée, à la garde nationale, à Thérolsme du peuple de Paris, qu'il confond avec la France entière, mais il s'oublie lui-même. Quelques jours après, dans la fête de la Fraternité, dont les

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événements du 15 mai avaient retardé la célébration, la garde nationale et 300000 hommes lui décernent des acclamations •t des couronnes où il devine et goûte le suprême sourire de la fortune. La tribune doit lui ménager encore quelques succès, arrachés par la puissance du génie à une assemblée désorientée, incertaine et jalouse, mais déjà «c sa popularité, aussi rapide dans sa chute qu'elle avait été lente à monter, se perd sous les ressentiments de la monarchie déchue, sous les ingratitudes des prolétaires et sous les agitations menaçantes des gardes nationaux. » Dargaud, c( qui le voit au bas de la roue y>, lui conseille de se retirer. Il refuse, non par ambition, mais par crainte de provoquer un déchirement et une guerre civile : « Je me fais petit, dit-il, humble et patient, mais pour de nobles résultats. Je me fais grain de sable dans la chaux qui doit cimenter la République... *. »

Un autre favori de la multitude dessine déjà sa silhouette, encore incertaine. Le nom de Louis-Napoléon Bonaparte*^ commence à attirer Fattention des attroupements parisiens, des départements, dont quatre Télisent, et de tous ceux que les menaces de Fanarchie inclinent vers une dictature. C'est l'heure des « prétendants » et des « imitateurs » que le discours de Lamartine contre la translation des Cendres avait si magnifiquement prévue. Comme il sent le danger et qu'il veut en prévenir les cohséquences, la Commission executive décide, sur sa proposition, d'appliquer au prince Louis-Napoléon Bonaparte les lois de 1816 et de 1832 sur la proscription. Déjà, dans un débat soulevé par des incidents qui se seraient produits à Troyes aux cris de Vive l'Empereur! le général Cavaignac a prononcé des paroles solennelles : « Je voue à l'exécration publique quiconque osera jamais porter une main sacrilège sur la liberté du pays. » Le 12 juin, le général Bedeau tient le môme langage, mais il attaque la Commission executive, il accuse ses divisions et son inaction, et il pose, avec une trop suffisante clarté, la candidature de Cavaignac au pouvoir exécutif. J

A ce moment Lamartine prend la parole. Son visage est ^

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