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pâle et contracté. Il défend la Commission executive, il affirme son union et sa solidarité, il rappelle les heures difficiles «c où le pouvoir suprême était le suprême danger ». D'abord égal à lui-même, il déroule des périodes harmonieuses, mais la froideur d'un auditoire inattentif glace les accents de son éloquence, qui se fait emphatique et prolixe, et il en est réduit à demander, avant de terminer son discours, une suspension de séance ^ Pendant rintemiption, on tire un ou plusieurs coups de feu dans la foule de plus en plus nombreuse qui s'est massée autour du Palais-Bourbon. Lamartine s'empare de cette «t circ<mstance fatale », qu'il exploite et exagère, pour obtenir de l'Assemblée, troublée et mal renseignée, des mesures contre « les factions prises la main dans le sang français ». 11 allègue que les coups de fusil ont été tirés sur des ofBciers aux cris de Vive l Empereur et il donne lecture du décret, préparé par la Commission executive, qui applique à Louis Bonaparte la loi d'exil de 1832. Â cette lecture et à cette conclusion l'Assemblée éclate en applaudissements; elle se lève presque tout entière pour acclamer la République. Lamartine profite de cette émotion. Il fait honneur à la Commission executive et au gouvernement de leur fermeté prévoyante : « Nous ne laisserons jamais la France s'avilir, et elle ne s'avilira pas jusqu'à permettre comme dans ces temps malheureux du Bas-Empire, qu'on achète la République, sous un nom quelconque, des mains de quelques vociféra teurs. » Il achève son discours en repoussant les calomnies que, de main en main, on a fait circuler contre lui. On Ta accusé d'avoir pactisé, négocié, presque conspiré, avec les hommes de désordre qui ont, le 15 mai, violé la souveraineté nationale. Il répond par une superbe image : u Ehl oui, sans doute, j'ai conspiré avec ces hommes, j'ai conspiré avec Sobrier, j'ai conspiré avec Blanqui, j'ai conspiré avec plusieurs autres. Savez-vous comment foi conspiré? f ai conspiré comme le paratonnerre conspire avec la foudre.,.. » Se fait-il illusion sur les faiblesses et sur la situation difficile de la Commission executive? En aucune façon. U sait et il dit
1. Daniel Stern, Histoire de la Rivolation de tS4S, Nouy. éd., 1889, III, p. 97.
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DE L'APOTHÉOSE A UOUBLI
à quels sacrifices ses collègues et lui se sont dévoués dans un intérêt de salut public pour assurer un interrègne plein d'incertitudes et de périls. Il sait et il dit quels devoirs les attendent encore, en échange desquels ils demandent à TAssemblée de leur témoigner moins de défiances, de doutes et d'ombrages. Qu'importent leurs noms et leurs renommées? Calomniés, oubliés et pulvérisés» ils n'en auront pas moins « servi de ciment aux premières assises de la République.... C'est la récompense de tous les hommes qui, dans des circonstances plus grandes qu'eux-mêmes, ont le bonheur, et quelquefois le malheur de rendre les plus immenses services à la société et à leur pays 1 II manque quelque chose à la satisfaction de leur conscience, il manque quelque chose à leur mémoire tant que le sceau de la calomnie, de l'ingratitude et de l'injustice n'est pas posé sur les humbles services qu'ils ont rendus I »
Les acclamations retentissent : le crédit, quia servi d'occasion au débat, est voté par 569 voix contre 112. Mais le conflit n'en est pas moins ouvert entre l'Assemblée et la Commission executive. Lamartine, dont quelques historiens ont si injustement accusé l'inertie, comprend les dangers que l'audace croissante des factions et la situation intolérable des ateliers nationaux vont faire courir à l'ordre public. II ne veut pas « assumer sur son nom la responsabilité d'une situation de faiblesse et de désarmement de la société qui pourrait dégénérer en anarchie. » II propose et il fait accepter par ses collègues des lois de sécurité publique sur les attroupements, sur les clubs, sur les abus du criage des journaux anarchiques, sur la faculté d'éloigner de Paris dans leurs coçamunes les agitateurs convaincus de troubles publics, et enfin un camp de vingt mille hommes sous les murs de Paris pour prêter main forte à l'armée de Paris et à la garde nationale. ^ Malheureusement les événements, qui devancent ses prévisions, déconcertent la sage énergie des mesures projetées. Menaçante dès le 22 juin, l'insurrection éclate le 23. II appartenait surtout au général Cavaignacd'y faire face. Prit-