‹ Lamartine, orateurChapitre 78 sur 108 · Biographie poiitique de M. de LamaHine^ Paris · texte numérisé non relu

Biographie poiitique de M. de LamaHine^ Paris

qu'un souvenir historique. Celle de Lamartine agissait et faisait Thistoire. Mais on ne saurait yraiment dire que celle-ci fût plus <e vive » que celle-là. II y a, pour ne prendre qu'un exemple, dans le discours de Vergniaud contre «Robespierre le iO avril 1793, une « vivacité », unaftpreté, un dédain dont la force laisse loin derrière elle les accents de Lamartine contre Guizot le 27 janvier 1843. Il est vrai que Tenjeu n'était pas le mômel

Si Lamartine ressemblait à Vergniaud par rharmonie de la {^irase et par Timagination, personne ne s'avisera de confondre cette ressemblance avec un emprunt : Lamartine, sous ce double aspect, ne devait rien qu'à lui-môme. Il avait, au contraire, retiré de sa fréquentation avec Vei^;maud Tusage de certains procédés oratoires qui étaient familiers au chef éloquent de la Gironde, tels que Yinierjeciion et la répéiiiion :

« O citoyens de Paris! je vous le demande avec la plus profonde émotion... » s'écriait Vergniaud à la tribune de la Convention le 16 septembre 1792. « O peuple agité par tant d'incertitudes... » disait Lamartine le 23 mai 1850.... Ce n'est qu'un exemple, mais j'en pourrais citer bien d'autres pour montrer l'emploi que faisaient les deux orateurs d'une figure •de rhétorique, aujourd'hui vieillie et démodée.

De même, et surtout peut-être, pour la repentions M. Aulard a justement remarqué que le génie de Vergniaud avait renouvelé ce procédé au point que l'artifice n'en diminuait pas l'effet, habilement préparé et calculée Lamartine ne s'en servait pas avec un succès moindre. Qu'on se rappelle la •répétition de la question : Oà est le piège? d^ms le discours (du 8 mai 1839 et l'immensité de Teffet produit. Le 9 mars 1846, combattant la conversion des rentes pour des raisons tirées des incertitudes de la situation extérieure, il s'écriait à quatre reprises : Est-ce là un signe de paix? Mais il y a mieux. Dans sa réponse à Robespierre, le 10 avril 1793, Vergniaud avait repris l'accusation de modérantisme en répétant, à l'occasion de chaque grief, avec une force tou-

1. Les Orateurs de la Ligislalioe et de la Convention^ ]885, 1, 38^.

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jours croissante, rexclamation : Nous modérés!... Lamartine, le 14 novembre 1848, évoquant son rôle dans la Révolution, au cours d'un toast à la Garde Nationale de La Chapelle-de- Guinchay, ne s'écrie pas à moins de sept reprises : Modéré! je rai élé.... Je ne crois pas à une coïncidence. L'orateur était trop imprégné de la lecture et des souvenirs de Vergniaud, pour que ce rapprochement ne révèle pas une réminiscence.

C'est ainsi que des trois grands orateurs que Lamartine admirait, lord Chatam, Mirabeau et Vergniaud, Vergniaud parait avoir seul exercé sur sqn éloquence une influence appréciable. Cette éloquence, ne fut pas, d'ailleurs, chez lui, « une simple grAoe du génie ». Il fallut à ce génie, pour se développer, s'imposer et arriver à sa plénitude, une longue patience. Les coups d'essai ne sont, la plupart du temps, des coups de maître que dans le théâtre héroïque. Combien de niilliers de vers Lamartine n'avait-il pas écrits avant les Méditations^ On natt orateur comme on naît poète, mais les dons naturels ont besoin, dans tous les genres, de travail et d'efforts pour s'épanouir. Surtout il ne faut pas croire, comme Lamartine Ta écrit à propos de Victor Hugo, que « le génie est génie partout » et qu'il suffit à un grand poète de « replier ses ailes » pour devenir un grand orateur. Lamartine, qui n'oublia jamais « la prévention de poésie » sous laquelle on avait essayé d'étouffer ses dons d'orateur et d'homme politique, tenait d'autant plus à cette opinion paradoxale qu'il y trouvait une sorte de justification personnelle. Aussi dans son Cicéron il représentait la poésie comme « le pressentiment de l'action. Les riches natures, comme César, Cicéron, Brutus, Solon, Platon, commencent par l'imagination et la poésie : c'est le luxe des sèves surabondantes dans les héros, les hommes d'État, les orateurs, les philosophes ! Malheur à qui n'a pas été poète une fois en sa vie!... La poésie est Farsenal de Forateur. Ouvrez Démos thène, Cicéron, Chatam, Mirabeau, Vergniaud : partout où ces orateurs sont sublimes, ils sont poètes. Ce qu'on retient à jamais de leur éloquence, ce sont des images et des passions dignes d'être chantées et perpétuées par des

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vers^... » Le tout est de s'entendre sur le sens des mots. Ce n'est assurément pas parce qu'ils ont fait des vers médiocres que Bossuet, Mirabeau et Vergniaudsontde g^nds orateurs. Mais sont-ils des poètes par Ilmagination? Bossuet, oui, et des plus grands. Mirabeau et Vergniaud, au contraire, n'eurent d'autre imagination que celle des réminiscences et des évocations historiques, heureusement appropriées. Ainsi les deux exemples sur lesquels s'appuie Lamartine parmi les ' orateurs modernes démentent sa thèse, tandis qu'il néglige celui qu'il pouvait invoquer. C'est dans l'intimité de sa correspondance avec Virieu que Lamartine se rapprochait de la vérité, à un moment où les luttes contre la coalition avaient consacré la maîtrise de sa parole : « Voraioire^ disait-il^ est plus appris que la poésie, qui ne dépend que d'elle-même ». (4 août 1839.)

•Lamartine, pour devenir un des maîtres de la tribune, ne se contenta pas de « replier ses ailes » : il « apprit l'oratoire », afin de passer, selon l'ambition qui le hanta dès le début, de la récitation à l'improvisation. Il mit du temps avant d'inscrire son nom dans ce petit nombre d'hommes dont il parle : « plus grands que nature, à qui les souveraines difficultés font faire les souverains miracles de Téloquence », et qui réunissent tant de conditions presque incompatibles entre elles : « la réflexion et la spontanéité, la préparation et l'improvisation, l'ordre commandé par la disposition des arguments et le désordre commandé par l'imprévu des interruptions... la modestie qui prévient les hommes avec l'audace qui les affronte et les subjugue,... l'abondance qui ne néglige rien avec la brièveté qui résume tout, la simplicité qui expose avec l'image qui frappe et qui grave, l'accumulation qui écrase avec la passion qui émeut... enfin, si c'est devant la foule frémissante, l'intrépidité qui voit luire les poignards, qui découvre sa poitrine et qui se prépare à répandre sans pAlir sa dernière parole avec son dernier sang^ ».

La Correspondance de Lamartine, à laquelle j'ai déjà fait

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