‹ Lamartine, orateurChapitre 83 sur 108 · Études lUtéraires tar le XIX* siècle^ p · texte numérisé non relu

Études lUtéraires tar le XIX* siècle^ p

diminué sa prépara lioe à mesure que sa maîtrise augmentait. J'ai à cet égard la bonne fortune de pouvoir mettre sous les yeux du lecteur le plan inédit d'un discours qui aurait, si je ne m'abuse, compté parmi les meilleurs et les plus retentissants de l'illustre orateur. En 1847, la question des mariages espagnols, célébrés à Madrid le 10 octobre 1846, provoqua devant la Chambre des Députés un débat où se prolongèrent, entre l'opposition et Guizot, les polémiques qu'avait soulevées dans la presse une négociation délicate. La jeune reine d'Espagne, Isabelle, avait épousé le duc de Cadix, tandis que sa sœur cadette épousait le duc de Montpensier, fils du roi Louis-Philippe. Lord Palmerston n'avait rien négligé pour faire échouer ce double projet. Il avait rencontré en France l'appui de l'opposition dynastique et de Thiers. Lamartine avait pris également parti contre le mariage du duc de Montpensier dans un article véhément et serré dont le titre : Voulons-nous être Nation? Voulons-nous être Dynastie? suffit à marquer la tendance. Il qualifiait ce mariage de « témérité malheureuse et d'étourderie trompée ». Comment n'intervint-il pas dans un débat qui convenait si bien par tous ses aspects à sa compétence diplomatique, à son tempérament oratoire et à sa position politique? Je suppose que le' très grand succès obtenu par Guizot contre Thiers dans la séance du 5 février 1847 le détourna d'un discours inutile. Mais il avait préparé ce discours. Il ne s'en tenait pas au seul mariage du duc de Montpensier et aux négociations que les deux unions avaient développées, sons une forme parfois orageuse et presque périlleuse, entre l'Angleterre et la France. Il prenait prétexte de ce qull considérait comme une faute diplomatique pour incriminer toute la politique extérieure de Guizot. Le doeument inédit que j'ai recueilli présente ainsi le double intérêt de faiare connaître sur une importante question d'histoire l'opinioB documentée de Lamartine et de nous initier à ses procédés oratoires. Il vaut d'être reproduit dans son intégralité :

Si j'étais un de ces hommes qui ont agité — mais toujours défendu la paix. Compte de la situation. — Seul pas si seul. Pressentiment.

Cela passerait-il ccHnme un Tain nuage , N'en resterait-il qu'un greffe* de plus?

Examinons.

Qu'est-ce d'abord que l'isolement? — Minorité. Le premier soin d'un gouvernement. — Alliances. Territoriales ou de principe. Quand aucune idée : Russie. — Quand une idée principe : Gustave-Adolphe. — En 1791 la Russie et l'Espagne nous déclarent. — L Angleterre non; seulement quand Hollande.

A ce mot d'alliance anglaise je m'attends murmures. Mais témoins : Mirabeau, La Fayette, Brissot, Sieyès, Danton. C'est la religion. Ou condamnez tous les grands citoyens ou.

Vaut 300000 hommes. C'est une frontière. La définir. Difficile sur mer. Equilibre le continent. Empêche notre ascendant, oui; mais contient l'envahissement de la Russie en Occident.

Pas pour nous. Nous avons été grands sans elle. Mais pour la paix et la prospérité de l'univers I

Le continent intimidé jusqu'ici doit se sentir à l'aise, se réjouir devant ces démentis, ces offenses mutuelles*!

Comment ménagée depuis six mois? J'arrive aux mariages.

Diplomatie à haute voix, pas politiaue savants. — Utrecht — les soldats de 1808 en ont bourre leurs fusils '.

Rien à dire du mariage d'Isabelle — traditions génie tout fait.

Montpensier funeste même à la maison de Bourbon.

Vouliez- vous donc un Cobourg? Non *.

1. 11 Q'y a pas de doate, quoique le sens soit diiflcile à comprendre, sur le mot greffe^ qui est très lisiblement écrit. Peut-être, puisqu'il s'agit d'un mariage, faut^ il Tentendre dans le sens d'un acte de greffe, d'un acte de Tétat civil.

a. C'est une allasion aux démentis qui mirent Guizot aux prises avec lord Palmerstoa et l'ambassadeur d'Angleterre en France, lord Normanby.

S. Ce passage un peu obscur s'éclaire si on le rapproche de l'article de Lamartine sur la même question : c Les traités d'Utrecht furent une éclatante et deuloureuae abdication de cette ambition de la maison de Bourbon. Us laissèrent. Il est vrai, un Bourbon sur le tréne d'Espagne, mais à la condition que l'Espagne •l la France renonceraient & jamais à s'incorporer l'une à l'autre en une même monarchie et sons une seule royauté. Les Bourbons gagnèrent donc quelque chose au traité d'Utrecht : la France, rien. La monarchie française fut condamnée à ne posséder l'Espagne qu'à la charge de la conquérir et de défendre sa conquête contre toute l'Europe. Or, nous avons vu sous Napoléon, qui valait bien, comme génie militaire, Louis XFV, comment on conquiert l'Europe et comment •n la conserve. » {La France Parlementaire, V., p. ia-i3.)

4. Il avait été question, à plusieurs reprises, de la candidature à la main d'Isabelle du prince de Cobourg, cousin du mari de la reine d'Angleterre.

A qui ferez-vous croire qu'une reine cliente etc. '? L'Angleterre elle-même pas pensé.

Lisez dépêche XIV. Parlement anglais. M. Bulwer* écrit aue la reine-mère lui a insinué Cobourg et qu'il a décliné lentretîen.

Dépêche XV. Lord Palmerston à M. Bulwer : écrit qu'il s'accorde avec lord Aberdeen •.

Toute la dépêche XVI : Palmerston Bulwer.

Toute la dépêche XVII : Palmerston Bulwer.

2* paragraphe de la XVIII, plus forte : Palmerston.

Dépêche XIX propose de recommander ensemble don Enrique.

Dépêche XX à Lord Normanby plus forte pour recommander un Bourbon.

Dépêche XXIII conversation du duc de Rianzarès*, attestant que l'Angleterre s'est opposée au mariage Cobourg!

Dépêche de lord Normanby 2 septembre cote XXVII, inconcevable.

« pas en même temps », dit M. Guizot. Pascal seul pourrait commenter dignement cette pièce.

Même dépêche : Cobourg n est pas la personne choisie par le Gouvernement anglais.

Lord Normanby 27 septembre, incroyable quiproquo de paroles : « pas en même temps » appliqué « à la même minute ^

1. Ce cornmencement de phrase laisse inachevée et énigmatique la pensée de Lamartine. Mais elle montre à quel point sa préparation était serrée.

a. Ambassadeur d'Angleterre ù Madrid.

3. Lord Aberdeen, prédécesseur de lord Palmerston ftux Affaires étrangères^ avait désavoué la candidature Cobourg. Mais dans ses instructions du 19 juillet 1846, communiquées au gouverneur français, lord Palmerston nommait en première ligne ce prince parmi les candidats susceptibles d'être agréés.

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