Antagonisme entre la nation et la dynastie
a. J'avoue que, même en le rapproctiant des discours et des articles aa Lamartine a traité la question d'Espagne, le sens de ce paragraphe m'échappu. Lamartine était favorable à une intervention, entre i8d6 et 1889, pour arracher la liberté et la nationalité du peuple espagnol à la contre-révolution, à ranarchtu et à la dictatare militaire. 11 reprochait an gouvernement de n'avoir su donner à la « reine expulsée » qu'une barque pour fuir et pour s'exiler de son royaume :
8. En 1S88, sons le ministère Mole, la France et l'Autriche s'associèrent dans une même démarche pour demander à la baisse, sous la meaaoe d'un blocus, l'expulsion du prince Louis-Napoléon Bonaparte, qui s'y livrait à de nouvelles intrigues.
4. Lamartine voulait faire au ministère Guizot le grief, qui n'était pas nouventi dans sa bouche, de n'être rentré dans le concert européen qu'après avoir acceplé, entre autres humiliations, le bombardement de Saini^ean d'Acre par la QoLte anglaise.
5. Lamartine avait prononcé, le 16 avril 1846, un très beau discours dans lequel partisan du relèvement de la marine militaire, il avait demandé, pour des raisons stratégiques, que le nombre des vaisseaux fût porté à to.
Où est le champ de bataille? Vous avez refoulé le Rhin — enseveli la Pologne — contrislé la Suisse — vendu ritalie — évacué Ancône — abdiqué TOrient -— déserté les mers.
Où sont les alliés? L'Angleterre se retire de vous. La Russie vous affronte. L'Autriche vous défie. La Prusse signe le 11 juillet*.
Où est votre cause? Vous les avez répudiées toutes. Est-ce la Pologne? L'ordre règne.
l'Italie? Bologne.
Ancône.
la Suisse? Comprimée, la Porte? Cause d'Ibrahim 1840.
l'Egypte? Cause du Sultan 1841 *.
Chrétiens d'Orient — Maronites '.
Non : partout des ennemis perfides — ou amis aliénés. Une seule cause : un mariage en Espagne.
Seuls, seuls, seuls.
Or savez-vous ce que c'est que seuls? Guerre désespérée, — gouvernement d'extrémités.
14 armées.
La dynastie des démagogues régnant à Paris.
Si après seize ans votre nature est l'incomptabilité, déclarez-lé.
Si c'est défaut d'habileté, remettez le pouvoir. Voyez Cracovie et faites la guerre à l'univers 1 Mais pas cela qu'on veut : le voici.
La politique de maison régnante s'est trompée. Elle se tourne vers l'Angleterre.
Alors vers le continent : répond par outrages. Alors vers la France : prenez ma politique à votre compte!
Non, non, non. Il serait trop commode d'engager. Chan^r un conâeil de famille en conseil des ministres ^, et puis : vous êtes engagés !
1. C'est sans doute une erreur de date. Je crois que Lamartine voulait évoquer le souvenir du traité du i5 juillet i84o où la Prusse avait associé sa signature à celles de l'Angleterre, de la Russie et de l'Autriche pour garantir la Porte, à l'insu de la France, contre les entreprises du pacha d'Egypte, Mehemet Ali, d'ont la France avait épousé la cause.
a. Lamartine souligne les contradictions de la politique française qui après avoir soutenu successivement le pacha d'Egypte et le sultan de Constantinople, a fini par nous les aliéner tous les deux.
3. 11 faut surtout se reporter, si Ton veut nourrir de faits et d'idées la sécheresse de cette note, au discours prononcé par Lamartine sur la Syrie le i6juia 18^6. (La France )MLrlementaire^ IV, 499-4^-
4. Quoique Lamartine ne fasse pas allusion dans cette note de son discours à l'opinion exprimée par Mirabeau, la formule qu'il emploie impose un rapprochement avec le célèbre rapport où le tribun de l'Assemblée Constituante exposait.
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Coupez cette théorie à la racine I
Séparez vos intérêts. Dites ceci : quand la politique de Conseil de famille abandonne les peuples, je la renie.
Quand elle « subtilise » un trône, non avec Tépée de Bayonne, mais avec l'adresse et Téquivoque que Pascal admirait dans Escobar.
désaffectionne ses amis, abandonne les peuples, Renvoyez-la à ses auteurs I La France a été quelquefois conquérante, jamais intrigante! Conservons-lui son nom.
Résumé.
Après seize ans, à Tindex, les portes des cabinets toutes fermées. Vous ne les rouvrirez qu'à coups de canon, — ils , ricochent I — les trônes.
Et vous vous décernez des couronnes! Ah! nous n'y joindrons pas une feuille, si ce n'est de cyprès pour la patrie et ses eniants !
Tout vous accuse!
L'isolement vous accuse, car il est la condamnation de vos hésitations !
La guerre vous accuse, car un — contre tous.
La paix vous accuse, car vous lui avez enlevé son pivot dans la seule puissance, etc.
Les alliances du Nord vous accusent, car, après les avoir caressées dix ans, vous les avez rendues impossibles — Cracovie! ^ (l'ombre de la Pologne se lèverait entre elles et vous).
Les trônes vous accusent, — car vous les avez alarmés. Les peuples vous accusent car vous les avez livrés à la nécessite de faire accepter votre établissement de famille.
La négociation vous accuse, — car vous y avez mis en question la franchise de la Nation !
La liberté vous accuse, — car vous avez offert votre amitié aux despotismes contre les victimes !
le 25 août 1790, la politique espagnole du Comité Diplomatique. Je me permets de renvoyer à mon livre sur Mirabeau (p. 289 et suiv.j.
1. D'accord avec la Russie et la Prusse, TAutriche s'était annexé, par une convention du 11 novembre i846, la ville de Cracovie, que, dans l'impossil)ilité de s'entendre sur son sort, les trois puissances partageantes avaient érigée en République par les traités de i8i5. Cette annexion produisit en France une grande émotion et servit d'arme à l'opposition. Guizot avait prolesté dans une note du 3 décembre où il disait : « Aucune puissance ne peut s'affranchir du respect des traités, sans en affranchir en môme If mps les autres. » Mais celle protestation resta platonique.
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Enfin la conversation vous accase,. — car vous Favez rendue précaire, courte en perspective : un casus belli, une
? lierre de succession 1 h ! quel cœur patriote soit qu'il batte pour la liberté, soit qu'il respire pour la paix, ne se briserait en contemplant le résultat de ces années !
La France est murée et vous vous vantez!
Ah ! je connais un plus grand miiufltre que vous, c'est celui qui réparera ces seize années de diplomatie I
Et SI vous voulez une couronne murale, allez la chercher à Cracovie I
Encore un mot. Il ne nous reste qu'une alternative :
Ou la guerre? Eh bien! nous la subirons mais on saura sur qui elle retombe !
Ou le désaveu, l'humiliation. Mais ces humiliations prolongées finissent par lasser. On ne comprime pas vingt ans le ressort d'un pays qui a soulevé le continent. Il vient un jour où ce ressort trop comprimé se brise! Et ce jour s'appelle une Révolution! Que Dieu l'écarie! Mais si ce jour arrive, ce n'est pas la nation qui l'aura faite! Ce sera vous I
II n'existe, je crois, aucun document qui ouvre une porte plus indiscrète et plus large sur les procédés de préparation de Lamartine et qui permette de mieux déterminer la part qu'il laissait à l'inspiration du moment et aux ressources de l'improvisation. Comme tous les orateurs dignes de ce nom, il avait le respect de l'auditoire et de lui-même. Ses plans de discours ressemblent par leur disposition matérielle à ses plans de poèmes et celui que je viens de citer a toutes les apparences extérieures d'une ode. Mais je tiens à redire que J 'orateur était plus sévère pour lui-même que le poète. Sa préparation était plus rigoureuse et plus minutieuse, plus ramassée et plus serrée. L'art de convaincre souffre moins les négligences que l'art de plaire. Lamartine y apportait un souci de méthode, d'argumentation ordonnée et de logique qui ne contribuait pas moins que son imagination et son lyrisme au succès de ses discours.
Cette éducation parlementaire, poursuivie pendant quatorze ans, le prépara au rôle qu'il joua en 1848.
La Révolution le jeta dans des réalités et dans des nécessités d'action qui exigeaient la soudaineté de la parole et de l'accent, la présence d'esprit, le courage du verbe et du geste.
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Il fut un improvisateur incomparable. Pourtant, quand il en avait le loisir, et qu'il pouvait prévoir Toccasion d'une allocution, il jetait sur le papier un plan rapide et quelques idées essentielles. Ainsi, devant recevoir un drapeau, je ne sais pas d'ailleurs de quelle délégation et dans quelle circonstance, il prenait les notes suivantes, restées inédites :
Je reçois ce drapeau.
C'est la première et la plus belle page de la Révolution dans mes archives.
C'est ce môme drapeau qui.
Et dont nous défendrions les couleurs.
Il me sera doublement sacré comme sorti de la Révolution et représentant le caractère de la République.
Si jamais elle était menacée ou par ses exagérations ou par ses ennemis, vous le retrouverez ici, — et vous retrouverez en moi la même voix et le môme bras pour la défendre.
Permettez que les deux premiers magistrats reçoivent mes remerciements pour avoir bien voulu être les témoins de l'honneur que vous me faites et les parrains de nos serments mutuels à la République.
Ce discours ne fut pas prononcé. Il en est un autre auquel Lamartine avait songé pour plaider la cause de Tamnistie, sans doute devant l'Assemblée Constituante. Il n'eut pas Toccasion de donner une suite à son projet. Mais le plan de ce discours, tout entier écrit de sa main, et jusqu'ici égalelement inédit, me paraît tellement caractéristique que je le reproduis en lui conservant ses dispositions matérielles :
Je suis de ceux qui n'ont pas insulté le gouvernement déchu
pendant — pas à terre.
— Bataille ou émeute, victoire ou sédition les journées de
février sont une Révolution, — une constitution.
A ce titre au moins vous devez les respecter
Comme nous respectons nous les soldats fidèles
et obéissants avec résignation aux consignes du gt d'alors.
Mais elles sont de plus guerre civile.
Français des deux côtés la guerre terminée nous ne voyons
que Français.
LAMAKTIHX* SI
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zedbyGoOQle
Même solHdtude AnmisUe au sang.
ae Toulons-nous effacer et secourir?
on des opinions mais des malheurs.
Ils seraient bien coupables ceux qui iraient remuer ce sang et dire : cette goutte est du soldat!
cette goutte du citoyen I cette gou11;e à la Républiquel cette goutte à la Royauté !
et les séparer pour en faire exhaler des miasmes de colère et de discorde entre nous !
et j'ajoute — ils seraient bien imprudents.
tlar le peuple a été magnanime — modéré — doux
a éteint le leu — embrassé ses adversaires — veillé à vos portes I Ne lui ôtez pas sa propre estime ne lui faites pas dire Vertu tu n'es qu'un nom
et si vous n'êtes pas justes par reconnaissance soyez-le
par prudence.
Daniel Steni, parlant en août 1M8 des orateurs dont la réputation était fiaite avant la révolution de Février, disait qu'ils n'avaient ni gagné ni perdu à paraître devant une Assemblée nouvelle. Elle ajoutait : « L'éloquence majestueuse de M. de Lamartine avait atteint dans les dernières années de la monarchie une élévation qu'il n'était guère possible de dépasser ». Je ne saurais m'associer à cette opinion. L'éloquence de Lamartine avait acquis, tout an contraire, au contact des événements qu'elle dominait et devant les périls auxquels elle faisait face, une spontanéité, un accent et une vigueur qui l'avaient transformée, n est possible qu'elle n'eût gagné ni en élévation ni en majesté. Mais combien la force et l'action en étaient différentes I Avant la révolution de Février il y avait derrière' les discours de Lamartine une ambition, — au sens le plus noble du mot; depuis la révolution, on y sentait
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une responsabilité. A Toccasion du déliât relatif à k dui^té du pouvoir législatif, le Journal des Débats èerivail aiur le discQuis unitaire deLamariine, dont pourtanl il ne partageait pas la ihtoe : « Nous avons souvent loué le poète dans M. de Lamartine : aujourd'hui nous pouvons louar sans réserva Tonieur. Noas connaissons chas IL de Lamerline rabondanoa, la richesse, le pathétique ; nous avons admiré aujsnurd'hni le logicien nerveux, pnîsaant, Thomme d'État qui saisit le vrai dans un point de vue ai qui Texpose sans faiblesse. Le discours de M. de Lamartine avait trop vivement ému les âmes pour que la discussioA pût être reprise immédJatemenL La séance a été iaterrompee pendant une deflû-heoie. » (% septembre 1848.)
Cette c logique nerveuse et puissante» dantle Jburaa/ des BébmÈs fusait honneur à Lamartine est en effet la qualitâ que sas discours postérieurs à la révolution avaient d^elop^ pée ma point d'en faire presque une révétaiionu II avait appris à argumenter. « Les orateurs qui argnmenfceskt^ a4-il écrit dans son Bossueiy sont plus facilement compris par la tovâa queias orateurs qui s'enthousiasment : il fiant des ailes pour suivie Torateur lyrique, il ne faut que de la logique pour suivre Torateur qui raisonne. La logique dans un audiïoijee est un don plus commun que Tinspiration. Tout le monde n*a pas les ailes qui élèvent et qui soutiemienA dans Tespaee. C'est ainsi qu'on admirait plus à la tribune de l'Assemblée Constituante Bamave que Mirabeau, n Je crains bien que dans ce dernier traita d'ailleurs inexact, Lamartine ait moins pensé à Bamave qu'à Thiers et à Mirabeau qu'à lui-môme. Avait-il besmn de se comparer pourse juger? Û n'avaitce^tsa ni la dialectique lumineuse ni l'aisanoa fasMlière ni l'esprit incisif de Thiers. Mais si ses ailes passantes ren4>ortaient vers les hauts sommets de l'inspiration lyrique» il n'en était pas moins capable de les replier pour descendre dans les réalités d*une discussion politique, éeenomique, constitution nêlle où il savait joindre la méthode à rabëndanee, la clarté à la véhémence, la simplicité à l'imagination, le sens des détails aux larges vues d'ensemble. Il avait augmenté par des qualités acquises, auxquelles sa nature paraissait tout
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d'abord rebelle, rincomparable richesse des dons que la nature lui avait prodigués.
Seul Tesprit lui faisait défaut. Il n'en avait pas et, à la différence de Victor Hugo, qui d'ailleurs n'y réussissait pas toujours, il ne cherchait pas à en avoir. S'il n'aimait pas, comme il le dit un jour à un interrupteur facétieux, les petites plaisanteries dans les grandes questions, ce n'est pas seulement par dignité. Daniel Stem constate avec raison que tout un côté du génie français était absolument étranger à Lamartine. Il a appelé Rabelais « le boueux de l'humanité » et le « Léviathan de la crapule ». Il ne comprenait pas Montaigne et l'on a de la peine à rappeler les jugements méprisants qu'il a portés sur La Fontaine. Il ne riait pas et, s'il faisait rire, surtout à ses débuts, c'était à ses dépens. La médiocrité envieuse essaie de prendre par la méchanceté sa revanche contre le génie. Incapable de la maîtriser par son ironie, Lamartine en triompha par le travail, par la volonté et par l'évidence d'une supériorité qui enfantait des chefsd'œuvre.
La postérité dans laquelle il mettait toute sa confiance — c< attendre est la condition de la gloire » — lui a décerné la double couronne du poète et de l'orateur. « L'éloquence, a-t-il écrit à propos de Cicéron, n'est pas seulement l'art de parler aux hommes sur la place publique ; c'est le don de sentir fort, de penser juste, de savoir tout, d'imaginer avec splendeur, d'exprimer avec puissance, et de communiquer par la parole écrite ou parlée aux autres hommes l'idée, le sentiment, la conviction de la vérité, l'admiration du beau, le goût de l'honnête, l'enthousiasme de la vertu, le dévouement au devoir, l'héroïsme de la patrie...* » Ce portrait de Cicéron n'esfril pas, dans ses traits essentiels, celui de Lamartine? Nul n'eut plus que lui le don de « sentir fort » et « d'imaginer avec splendeur ». Et nul ne mit plus de dévouement, de vertu civique et d'héroïsme au service du devoir et de la patrie. Il faut pour le définir lui réserver le mot qu'il a appliqué à lord Chatam : Lamartine fut « le poète suprême de la parole politique ».