CHAPITRE II
VÀRIBTB DBS CONNÀI8SAJ7GBS DB LAMARTINB || SON COUP D ŒIL Il DISCOURS SUR LBS 8UGRB8 || SIX DISCOURS SUR LA CONVBR- 8ION II LBS CHBMINS DB FBR .' LAMARTINB BNTRBVOIT LBUR DBVBLOPPBMBNT BT s'bN FAIT L^ÉLOQUBNT DiPBNSBUR || DBBATS BCONOMIQUBS : l'aPPROPONDISSBMBNT DB LA SBINB BT l'aGCA- PARBMBNT DBS HINBS || LAMARTINB DÉBATBUR INCOMPARABLE : LA TBNUB LITTBRAIRB DB SBS DISCOURS TBCHNIQUES.
IL n'est pas d'écriTain qui ait raillé avec plus de finesse charmante et malicieuse que Doudan, grand admirateur des doctrinaires, les étapes diverses de la carrière politique de Lamartine. Ses lettres intimes, où s'épanche un esprit dont la méchanceté, à la différence de celui de Sainte- Beuve, n*envenine jamais les traits, ne manquait pas une occasion de décocher au poète, infidèle à sa muse, une allusion, une plaisanterie ou une ironie. Si Toraleur politique n'est pas épargné, peut-on s'étonner que Torateur d'affaires reçoive des égratignures? Le 12 septembre 1842, présidant la séance publique de l'Académie de Mftcon, Lamartine avait parlé de l'industrie, des machines, de la concurrence, de la science économique, du devoir social. Ce discours inspira à Doudan un couplet piquant : « Ne trouvez-vous pas que M. de Lamartine devient de plus en plus aimable? Il a fait l'autre jour un petit morceau sur l'industrie qu'on n'aurait pas attendu
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de Fauteur des Méditations, Cet homme a un génie très souple et aime autant voir courir un wagon en ligne droite sur un triste chemin de fer que de suivre des yeux une troupe d'oiseaux sauvages qui s'en vont chercher Tété sous un autre ciel. Je compte, pour la fois prochaine, sur un morceau lyrique sur le tourne-broche. C'est une drôle de chose que cet esprit po^ tique au service de toutes les petites passions et de toutes les petites ambitions que donne la politique 1 La poésie devient une servante : aussi ses mains commencent à devenir rudes, son teint se hâte au fourneau de la cuisine. Mais Topposilîoii la trouve assez gentille comme cela : ne sit ancillae tibi amor pudori *. »
L'admiration quH éprouvait pour Guizol rendait Dondan injuste envers Lamartine. La poésie, maîtresse ou servante, n^avait rien à voir dans l'affaire. Lamartine n'écrivait plus des ^ers. On pouvait le regretter, mais comment le Uâmer de s'intéresser à des proUtenes dans lesquels se concenUaii toute l'évolution économique et sociale d'un siècle? Il y apportait d'ailleurs, avec la clairvoyance du génie, une indépendance entière, la volonté de voir et de savoir par lui-même, le mépris des préjugés ambiants, le souci des intérêts généraux, et une variété de connaissances dont on serait surpris si l'on ne savait à la fois son extraordinaire facilité et son fenaidaUe iabecnr^ Il excellait à dégager les aspects généraux d'une qiMstimi età deviner dans les contingences et les incertiitudes 4e l'heure où il vivait les nécessités et les lois de Favenir.
Son pi«mier<diaco«cs d'affaires, qu'il prononça quatre mois après ses dtibwts à la tribune, le 2 mai 1834, porta sur TAl- ^rie. Il y affirma la politique des grandes colonisations et il repoussa l'abandon d'Alger comme une pensée « antmationak, antisociale et antikumaine ». Il s'y of^osail comme à une
3. Dans un discours du 22 avril i846, sur lequel je reviendrai, rel^ à la réduction de TimpOt du sel, Lamartine disaU : « J*ai beaucoup étudié TéoMioBie poiiiiqtte dans ma vie, bien qu'on ne m*en abupçonne pas [On rii}. J*ai paanfe 4^ longues années de ma vie à étudier profondément toutes les matières de Téco* . noraie poIltiquevPourquoi? Parce que, animé de bonne heure #ub sens peGttque qui était une révâiatio& de vecatton invincible en moi, j'avais besoin d'étudier, avant l'âme, le corps de la politique, et que Téconomle politique, c*est vèrtta Memeai la politique incvroée dans les foits et dans les instltatiniB p^pulairei..- >
honte ou à un crime. « Les nations, disait-il, n'ont-elles donc qu'une balance de diiffresàétaUir? et serions-nous descendus à ce degré de matérialisme social que Tarithmétique dût s'asseoir seule dans les Conseils de la Chambre et du Gouyemement, et peser seule les résolutions de ce noble pays ? » Trois fois encore, à des intervalles espacés, il revint sur c^te que&tion, le il juin 1836, le 21 avril 1837, le 10 juin 1846, soucieux de concilier avec rinfluence et FautcNrité de la Franœ les traditions, les mœurs, le^ lois des populations indigènes dont il se fit Téloquent înlerprète. Il repoussait « un général pour tout gouvernement, une armée pour toute institution, un sabre pour toute politique ». Il voulait — dès 1837 — un gouvernement civil afin de plier la gloire même des généraux, trop naturellement portés aux aventures militaires, à une pofitique de haute prévision, de modération et de prud^aoe. Ces discours, nourris des leçons de Fhistoire et empreints d'une philosophie généreuse, devançaient leur temps. Us étaient écoutés avec impatience par une majorité que des abus trop réels et des yériiés prématurées déconcertatent el troublaient. Hais Favenir leur a dcHiné raison et Lamartine mérite de prendre une place d'honneur parmi ceux qui ont entrevu et préparé les solutions de la pacification algérienne ^
M. de Camé avait préccmisé en Algérie une sorte d'administration de hasard ou d'instinct appliquée à ce qu'il considérait comme une conquête de fatalité. Ce fut pour Lamartine Toccasion de protester dans un mouvement d'heureuse improvisation. « Pensez-vous donc que Dieu ait supprimé du gouvernement des hommes la puissance de la réflexion et de la sagesse humaine ? Pensez-vous donc que le gouvernement représentatif, que le gouvernement démocratiqueet populaire, si puissant par Timpulsion, par l'élan, par l'énergie de ses instincts, ait supprimé les hommes d'État? Au contraire, plus les instincts populaires sont puissants, plus ils sont aveugles dans les grandes masses qui participent au gouveme-
1. Je renvoie à l'Appendice de ce volnme deux plans inédits d'un diseonrs préparé par LamartiAe sor la ^nestk» d'Alger. Ils sont à la fois une contribution nouvelle à 1 étude de ses procédés oratoires et un commentaire précis de sa politique africaine.
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ment d'un pays, et plus la pensée réfléchie, élevée, dominante, éclairée, des hommes d'État est nécessaire pour planer sur ces masses aveugles, pour diriger leurs instincts généreux et pour les empêcher, en se trompant, de tomber dans les grandes catastrophes, au lieu de marcher aux grands résultats qu'elles rêvent. » ^
Lamartine avait toujours reveifdiqué pour le gouvernement un rôle et un devoir de direction dans toutes les affaires qui touchaient de près ou de loin à un intérêt national. Et c'est parce que le ministère, flottant d'une opinion à l'autre, laissait à la « responsabilité du hasard » le vote de la loi, qu'il entra, pour la première fois, dans la question des sucres le 26 mai 1837. « Question profonde, écrivait-il à Virieu, en ajoutant: Tu n'en connais pas le premier mot. Tu la connaîtras en un quart d'heure, en causant. » Lui, il la connaissait bien ; elle l'amusait et elle le passionnait. Il y risqua, par conscience, son mandat de député. Quand il la reprit, le 12 mai 1843, il avait cessé de représenter le département du Nord. Sa liberté en fut plus grande. Il ne croyait plus (se trompant d'ailleurs) « à l'avenir de la betterave », qu'il avait proclamé en 1837, et il avait surtout le souci des colonies et de la marine, dont il proclamait l'indissolubilité. Ce double intérêt lui inspira un discours qui est loin d'être infaillible, mais dont l'aisance et l'élévation attestent, à travers les écueils d'une discussion où les chiffres et les détails techniques abondent, une merveilleuse souplesse. Je crois bien, et dans une affaire de cette nature ce n'est pas un mince éloge, que Thiers lui-même n'eût pas réussi à faire mieux.
Lamartine avait accepté de Virieu le principe d'une indemnité pour rectifier les conséquences injustes de son système qui sacrifiait au sucre de canne l'industrie des planteurs de betteraves. Mais il n'arrivait pas à comprendre que son ami, si équitable envers les betteraves^ fût si révolutionnaire avec les rentes ;« O altitude / s'écriait-il! Aux uns on enlève un cinquième de leur revenu et de leur capital parce qu'ils sont faibles : aux autres tu veux une indemnité parce qu'ils sont puissants et possesseurs réels d'une protection de vingt millions par ani » J'ai dit comment l'étude des conséquences
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