Le Lac, Méditations. ■J
2. Il me paraît évident que le « martyr », sur qui reposa « le crucifix », est la mourante elle-même. Il faut se rebeller contre des commentateurs trop ingénieux, qui voudraient ici substituer à Elvire le D' Alin ou labbé de Kéravenant : cf. Pierre Martino, « Notes sur la composition du Crucifix ». Revue Universitaire, 15 mars iqo,. et Léon Séché, Lamartine de 1816 à iS^o, Paris, Mercure de France, igob, p. 178.
3. Lettre à Virieu, 11 octobre 181 8, Correspondance, I, 541 : « Tu as trouvé en effet le vrai mot, V infini. Je l'avais dit souvent sans m'y fixer », etc.
LA POESIE ET LA VIE
et je dis : nulle part le bonheur ne m'attend.
Qu'importe le soleil? Je n'attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière, mes yeux verraient partout le vide et les déserts. Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire, je ne demande rien à l'immense univers.
C'est le gémissement d une âme qui ne vit '
qu'en soi ; c'est une poésie qui ne contient que le poète, sa douleur et son espoir. Ce qu'il cherche dans la nature, c'est la consolation et l'ensevelissement de^o;^ cœur en deuil ; son désir tourmenté de la foi est surtout une aspiration vers l'éternité réparatrice, qui lui rendra pour toujours « ce qu'z'Z a tant pleuré » ; et ainsi tousles sentiments groupés autour de sa tristesse amoureuse sont des sentiments de solitaire, qui veut s'endormir dans la solitude désolée de son âme'.
Mais ce ne fut dans la vie de ce poète encore jeune qu'un automne provisoire, oii
le cœur en lui-même se chauffe et se resserre, et recueille sa sève en cette demi-mort, pour.couler au printemps, plusabondant, plus fort -.
1. L'Isolement, Méditations, 3-5. Le texte définitif est : '( ce que j"ai tant rêve » ; « pleure » est la première rédaction [Correspoiidance, I, 332).
:. Jocelyn, IV>= Epoque, 114.
La gloire lui vint, et la fortune aussi : il trouva dans un mariage sérieux la solidité d'affection et le bonheur calme; il vécut dans les ambassades d'Italie, près de la mer infinie et bleue, des années faciles et épanouies ; la foi retrouvée et pratiquée pacifia son cœur inquiet ; le ciel de Naples l'enveloppa dune atmosphère d'allégresse ;
et, de ce lac de joie où Dieu l'a retrempée',
son âme ressortit ardente et pieuse comme au jour de son adolescence, avec plus de liberté dans la prière et plus d'audace dans l'élan. Un enthousiasme de gratitude pour le Dieu de la vie universelle emplit son âme dilatée, et s'épancha dans des Te Deiim sans fin. U Invocation, qui ouvre les Harmonies, indique en mots précis cette orientation nouvelle : c'est un adieu repentant à ses vers profanes, et c'est la consécration de sa harpe
au seul digne, au seul saint, au seul grand, au seul
[bon^
Est-ce par modestie de croyant qu'il a refusé à ces Harmonies le titre de Psau-