I. Réponse aux adieux de sir Walter Scott. Recueillements
LA POESIE ET LA VIE
Dans l'égoïsme étroit d'une fausse pensée, la douleur, en moi seul par l'orgueil condensée, ne jetait à Dieu que mon cri.
Ma personnalité remplissait la nature :
on eût dit qu'avant elle^ucujie créature n'avait vécu, souffert, aimé, perdu, gémi, que j'étais à moi seul le mot du grand mystère et que toute pitié du ciel et de la terre dût rayonner sur ma fourmi.
Puis mon cœur, insensible à ses propres misères, s'est élargi plus tard aux douleurs de mes frères; tous leurs maux ont coulé dans le lac de mes pleurs ; et, comme un grand linceul que la pitié déroule, l'âme d'un seul, ouverte aux plaintes de la foule, a gémi toutes les douleurs^.
N'était-ce point déjà la conversion de Jocelyn, de cet amoureux meurtri, qui se fait missionnaire de l'humanité ? Que mon cœur, ô Dieu ! disait ce prêtre douloureux, que mon cœur consumé
par l'amour, et puni pour avoir trop aimé,
au foyer de l'autel s'éteigne et se rallume,
et d'un feu plus céleste en mon sein se consume;
mais pour aimer en vous, avec vous et pour vous,
tous au lieu d'un seul être, et cet être dans tous-.
1. A M. Félix Guillemardet, sur sa maladie, Recueillements, 41-43-