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I. Pensées en Voyage, Recueillements

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c'était là le dernier effort de la poésie contrainte à la rime et au mètre : la pression de la pensée devint bientôt si puissante que le vers éclata et s'émietta dans la prose somptueuse des discours publics. Ainsi cette poésie, à ses débuts un peu grêle en sa simplicité, s'est amplifiée et enrichie jusqu'à la magnificence ; elle, jadis si légère en sa douceur fugace, a su trouver sur le tard les larges accords et la ferme orchestration des symphonies magistrales.

Ses yeux, qui s'étaient ouverts peu à peu sur le monde social, s'ouvrirent aussi sur l'univers pittoresque. Longtemps il ne vit dans la nature que des horizons lointains pour y laisser flotter son rêve ou un immense autel pour y faire

monter sa prière. Il l'aimait d'un amour d'extase, à la fois fraternel et pieux, je dirais presque d'un amour aveugle, lui demandant surtout un bercement pour sa mélancolie oujun stimulant pour sa foi . Mais il la sentait plus qu'il la regardait ; « pour revoir en dedans, il refermait les yeux ^ », et se faisait à lui-même des paysages simplifiés. Il fallut le voyage d'Orient pour lui révéler la richesse des couleurs et la dive^rsité des lignes. Jusqu'alors « il n'avait

I. Ressouvenir du lac Léman (1842), Méditations, 93. «^ 39 °f

presque jamais rencontré un lieu dont la première vue ne fût pour lui comme un souvenir* », tant les choses qu'il voyait reculaient comme d'elles-mêmes dans la brume de l'horizon. Mais, lorsqu'il eut vu Balbeck, le Liban et les rives du Bosphore, la fête du regard commença pour lui. Les femmes d'Orient, « les ravissantes femmes d'Orient », lui montrèrent dans leurs yeux « des rayons de velours humides qu'il n'avait jamais vu briller dans des yeux de femme " » ; leur beauté éclatante et voluptueuse fit pâlir l'Elvire lointaine, et presque mystique, qui animait encore le vallon et le lac de sa rêverie, et le fit pénétrer pour toujours dans « le paradis des yeux^ ». Le Sahara et le Sahel de Fromentin ne trouveront pas de lecteur plus « ravi » ; et, quand Madame Bovary paraîtra, il en admirera surtout les paysages*.

A celui donc, qui, d'une plume raffinée et avec toute la séduction d'un poète, vient évoquer devant nous le « paysage intérieur » où se meut le lyrisme lamartinien, il siérait peut-

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