‹ LamartineChapitre 27 sur 46 · Le Vallon, Méditations · texte numérisé non relu

Le Vallon, Méditations

3. Cf., par exemple, les brouillons du « Passé », et le manuscrit de « Milly », dont M. René Doumic a publié les variantes. Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1907, p. 35,8.

demi-lumière confuse, dont on ne saurait dire si elle est faite de soleil couchant, d'étoile matutinale ou de lune adoucie :

Je ne sais quel lointain y baigne toute chose; des mots vaporisés l'azur vague et liquide s'y fond avec lazur des cieux ^

Le paysage, ainsi atténué, estompé et humanisé par un poète qui ne veut le voir que dans le recul de son cœur, n'est plus qu'une vision symbolique et presque morale. Les vents quii y soufflent et les torrents qui y coulent sont! moins des forces de la nature que des pensées] errantes : c'est « le flot des années » et c'est « le souffle des jours ». Le laboureur qui 3^ creuse le sillon, le voyageur qui y gravit Ze chemin de la colline, n'est plus un laboureur ou un voyageur de rencontre; le sillon, c'est le sillon de la journée humaine, le voyageur, c'est l'éternel voyageur de l'éternel chemin ; le chemin de

Ila vie-. Les Paysages des Harmonies, pour la plupart, sont déjà tout autres : ce sont des paysag-es mystiques, et qui chantent, et qui

1. La Vigne et la Maison, Recueillements, 252. J'ai fait remarquer plus haut comment Lamartine avait presque retrouvé dans ce poème d'automne le même état d'âme que dans ses premières Méditations.

2. Cf.. par exemple, L'Isolement, Le Vallon, L'Automne, Le Passé, etc.

s IL Y A UN « ART » LAMARTINIEN T

prient. Dans Jocelyn le paysage s'élargjt, prend de la magnificence dans les formes et de la luxuriance dans les couleurs, sans cesser encore d'être le plus souvent irréel : ce sont» des pavsag;es^ amoureux, tout^énétrés de désir \ et d'humaine tendx£sse ; mais çà et là, dans le ^

roman alpestre, il passe déjà comme des visions

d'Orient : de grands paysages apparaissent, ondoyants£t frémissants,

tout bleus, tout nuancés d'éclatantes couleurs, tout trempés de rosée et tout fragrants d'odeurs '.

Après le voyage en Orient, les vers abon-. dent dans l'œuvre de Lamartine, qui sont un érneryeill^ment pouij£syeu tant leur coloris spontané garde, après un demi-siècle, de fraîcheur toute neuve, ou leuFrelief de dureté presque brutale. Les anthologies ont recueilli déjà la Fontaine de Kaïpha et la Fumeuse de narguilé dans les jardins d'Alep, esquisses charmantes, d'une grâce si ferme, aux lignes sûres, aux tons vifs'. Mais voici

1. Jocelyn, IV" Époque, 94. Le grand paysage qui suit (94-97) a été repris en termes presque identiques dans La Chute d'un Ange, III« Vision, ii8-iai ; et ces deux descriptions ne font que transposer en vers un souvenir de la campagne de Beyrouth, Voyage en Orient, I, 437-442.

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