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A Némésis, Recueillements

2. Musset, La Coupe et les Lèvres, Dédicace. — N'est-ce pas encore un » pleurard », un Lamartine-fontaine, que nous pré-

Danslevrai, « le grand diable de Bourgogne », comme il aimait se nommer lui-même en ses jours de folle jeunesse \ était un rural solide, aimant les grands lévriers de chasse et les chevaux ardents,

pliant leur cou soyeux sous sa main aguerrie,

sentent aujourd'hui les spirituels auteurs d'A la manière de..., édit. cit., p. 53-56?

Je sens, pour saluer l'Auteur de la nature,

mes larmes déborder de mon cœur à mes yeux.

O sacrés pleurs 1 coulez, coulez comme une source !

Epanchez sur mon sein votre humide cristal,

ainsi qu'un voyageur au terme de sa course,

désaltérez mon cœur assoiffé d'idéal!

Et le « Commentaire » ne fait qu'exagérer encore la malice, et aussi l'injustice, de ces vers : « Saisi d'émotion devant la majesté du spectacle qui se présentait à moi, je ne pus retenir un torrent de larmes. Cette eau humecta mon papier... Je revins au logis en tenant avec soin la feuille toute dégouttante de mes pleurs ». Je sais bien qu'on trouverait chez Lamartine des formules et des vers qui paraîtraient tout voisins par les mots, mais leur accent est tout autre. On se rappelle, par exemple, l'ardente prière de Jocelyn (VII» Époque, 214) :

Oh coulez 1 O coulez 1 mon cœur épanche-toi : O terre, bois mes pleurs! Ces pleurs c'est encor moi! O sol de mon berceau, que ne puis-je te rendre ce corps pétri de toi ! que ne puis-je répandre toute ma vie en eau de mes yeux épuisés, restituer ces pleurs où je les ai puisés, comme le filet d'eau qui, lassé de sa course, tarit et rentre en terre à deux pas de sa source!

Mais qui ne sent toute la violence, je dirais presque toute l'énergie, de ces pleurs? Qui ne sent, comme le dit Lamartine luimême, et précisément en cet endroit (p. 213), que le cœur qui se traduit ainsi « parle haut et fort » ?

I. C'est lui-même qui signe ainsi sa lettre du 19 août 1809 à Prosper Guichard de Bienassis, Correspondance, I, 95.

LA VIE INTEGRALE

et les emportant dans un galop de joie vers les rudes collines, « où l'on aspire vos vagues »,

ô brises du matin, pleines de saveurs vagues, et qu'on croit n'épuiser jamais ^.

I Personne n'a goûté comme lui cette ivresse Iphysique de la vie robuste et dilatée, cet assainissement de tout le corps par le grand air des champs, ces « frissons délicieux » de la peau fouettée par la rafale -, « ce délire mélancolique que les grands lacs glacés donnent au patineur », lorsqu'il ondule à leur surface comme « la barque errante » sur les flots', cette joie de chanter en marchant, pour rythmer le pas, « quand on est seul et débordant de force, dans les routes solitaires des bois » \ N'essayons point de nous le représenter dans les salons de M'"' de Raigecourt ou de M""" de Saint-Aulaire, lisant d'une voix mal assurée Saiil ou L'Isolement. Allons plutôt dans la cour de Saint-Point : nous le trouve-

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