‹ LamartineChapitre 35 sur 46 · Confidences, livre V, 95-9O · texte numérisé non relu

Confidences, livre V, 95-9O

4. Lettre à M. Bruys d'Ouilly, i»' décembre 1838, Recueillements, p. III.

rons en veste de laine et en sabots, « son perroquet splendide » perché sur l'épaule, au milieu de ses paons, de ses chevaux et de ses chiens, « allant de la loge du dogue à l'étable du chevrier ^), heureux avec abandon parmi tout ce pullulement de vie saine et drueV « Je ne suis pas un grand poète, disait-il parfois en souriant, je suis un grand vigneron » -. Cette boutade n'est pas sans vérité : Enfant de la terre bourguignonne, il l'a aimée d'un amour de paysan, qui a mis en elle tout son cœur, et qui puise en elle toute sa force. Il y avait chez lui du Cédar. Comme Cédar, il se sentait, à vingt ans, je ne sais quelle flamme d'énergie physique, qui l'exaltait et l'épuisait tout ensemble,

dans le fleuve à grands cris se jetait en courant, luttait contre la vague et contre le courant, en ressortait couvert de sa fumante écume, aspirait l'air du ciel comme un coursier qui hume,

1. Lettre à M. d'Escrigny, 4 novembre 1849, Harmonies, p. vm; cf. encore Charles Alexandre, « Les Vendanges », dans Souvenirs et Portraits, III, 319-323, et les Épisodes de la vie intime J Alphonse de Lamartitie, par le D^ Ordinaire, Màcon, 1878, p. 34-55 : « Nous nous j rendons (à Saint-Point), et nous voyons apparaître un personnage en toque de velours jauni par le soleil, en pantalon de toile taché, en veste de même étoffe, couverte des résidus d'un perroquet perché sur ses épaules, tenant à la main un sécateur », etc.

2. Charles Alexandre, Souvenirs sur Lamartine, op. cit., 297,

LA VIE INTEGRALE

puis allait aux pieds de quelque belle fille, ou dans les herbes hautes « se coucher comme un chien »\ Il eut une jeunesse fougueuse de « superbe étalon », usant, dans la fatigue de courses folles, un corps de feu et de « poignants désirs » -. Il eut une maturité vigoureuse, avec de brusques retours^de^èjye, qu'on devine aisément à quelques demi-confidences de ses lettres et de ses vers". Il fut vieillard robuste, pouvant

Page 1