Id., XI" Vision
3. Faut-il rappeler ici l'admirable déclaration de a Novissima Verba », Harmonies, 335?
Femmes, anges mortels, création divine, seul rayon dont la vie un moment s'illumine, je le dis à cette heure, heure de vérité, comme je l'aurais dit quand devant la beauté mon cœur épanoui, qui se sentait éclore, fondait comme une neige aux rayons de l'aurore : je ne regrette rien de ce monde que vous I
Il était alors dans sa quarantième année. Cet ardent émoi devant la femme se prolongea jusqu'aux approches de la cinquantaine. Cf., par exemple, cet aveu de 1838, « La Femme », Recueillements, 129 :
Un regard de quinze ans, s'il daignait y descendre, dans mon cœur consumé ne remuerait que cendre, cendre de passions qui palpitent toujours !
On trouve le même sentiment dans une lettre à Virieu, 13 janvier 1838, Correspondance, III, 443 : « La vie s'affadit chez moi comme chez toi. Seulement chez moi, ce n'est pas par défaut d'activité interne et de feu des passions ». Pour qui sait lire, Jocelyn et La Chute d'un Ange trahissent à demi-mot ces émotions, ces désirs, ces regrets ; cf. encore Lettres à Virieu, 6 juin 1827, 6 juillet 1828, 16 mars 1829, Correspondance, III, 29, loi, 142.
encore à soixante ans, rester trente heures en selle ^ : levé avant le jour, à l'œuvre avant les vignerons de ses vignes, cet homme de soixantedix ans travaillait comme un jeune ouvrier-; succombant à l'effort, mais toujours « intrépide », il disait en se raidissant : « J'aime mieux mourir de travail que de douleur^ ».
C'est dans cette ardente vitalité du tempérament, qu'il faut chercher la source de la mélancolie et de l'ennui lamartiniens. Quand il a dit, en un jour fameux : La France s'ennuie^ il avait dit d'abord, pour préparer ce mot, qu'on a si mal compris : « Les générations qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, elles ; elles veulent agir et se fatiguer à leur tour. Quelle action leur avez-vous donnée » '* ? Son ennui de jeune homme a la même origine. Ce n'est pas la lassitude d'un cœur blasé, c'est au contraire la souffrance d'une ardeur comprimée. Cette mélancolie n'est que le senti-
r. Lettre à M. Dubois, 17 juillet 1830. Correspondance^ III, 3:1.
2. Souvenirs et Portraits, II, 277-278 ; cf. encore Charles Alexandre, Souvenirs sur Lamartine, op. cit., 429.
3. Lettre inédite à M. Dubois, publiée par Jules Claretie : « Les soufifrances de Lamartine », Le Temps, 16 octobre 1908; Lettre à Charles Alexandre, 8 mars 1856, Souvenirs sur Lamartine, op. cit., 339.
4. Discours du 10 janvier 1839, La France Parlementaire, édit. cit.. II, 148.
LA VIE INTEGRALE
ment d'une force qui se heurte à l'obstacle et qui, « ne pouvant s'assouvir, s'attriste » ^ « J'étais dévoré d'activité intérieure, et on me condamnait à l'immobilité », a-t-il écrit luimême pouF expliquer^on Désespoir-. On ne saurait voir plus clair au dedans de soi ; et l'aspiration au repos, cet envers de la mélancolie, n'est aussi que le désir d'une force qui voudrait s'amputer volontairement, pour moins souifrir de ses limitations.
I L'âme de cet homme fut forte comme ses 'muscles, et même plus forte qu'eux : « Quel muscle » ! disait-il lui-même, en songeant à l'élasticité de son cœur toujours rebondissant; « c'est un ressort qu'il suffit de presser un peu pour qu'il reprenne vigueur » \ Mourant mille fois, ressuscitant toujours, cette « âme intaris- | sable », comme il l'a si souvent nommée \ ne