Raphaël. Recueillements
2. Strophe XVII his du « Passé », inédite. Revue d'histoire littéraire de la France, 1905, XII, 67.
3. Le Cri de l'Ame, Harmonies, 228: cf. encore Lettre à Virieu. 15 janvier 1838, Correspondance, III, 446 : « Je ferai autre chose, car ]e ferai (c'est Lamartine qui souligne) jusqu'à mon dernier jour. Il y a en moi quelque chose de si invincible en impulsion que je vais toujours et me brise souvent ».
4. M. Charles de Pomairols, dans son livre sur Lamartine, où beaucoup d'amour s'unit à beaucoup de finesse [Lamartine, étude de morale et d'esthétique, Paris, Hachette, 1889, 2» édition, 1908), est le premier, je crois, à « avoir mis en lumière cette qualité de force insuffisamment reconnue » (p. 92 sqq.).
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LA VIE INTEGRALE
connaissent que les quatrains lassés, et un peu courts, de U Isolement ou du Vallon^ ne le connaissent pas. Lui-même, quant il sentit en i lui grandir un autre homme, ou plutôt ressusciter l'homme d'autrefois, — il ne vit plus dans ses Méditations que les « préludes » de sa vraie poésie :
Ces fragiles roseaux, jouets de ma jeunesse, ne sauraient contenir le souffle qui m'oppresse : il n'est point de langage ou de rythme mortel, ou de clairon de guerre ou de harpe d'autel, que ne brisât cent fois le souffle de mon âme; tout se rompt à son choc et tout fond à sa flamme I Il a, pour exhaler ses accords éclatants, aux verbes d'ici-bas renoncé dès longtemps; il ferait éclater leurs fragiles symboles, il entrechoquerait des foudres de paroles, et les hommes diraient en secouant leurs fronts : qu'il nous parle plus bas. Seigneur, ou nous mour-
[rons ^ !
Il faut avoir lu les Harmonies, et les avoir lues encore, pour sentir la puissance rythmique et verbale de ce poète qu'on dit « plaintif et doux »^ C'est le plus somptueux et le plus tumultueux déversement de mots, d'images et
I. Pensées en Voyage, Recueillements, 225-226. 3. Id., Id.. 225.
de sentiments. On a la sensation d'une fécondité qui ne peut tarir, d'un jaillissement que rien n'épuisera. Les comparaisons opulentes, les strophes pressées l'une contre l'autre, les périodes de vers libres aux déroulements infinis, sont soulevées et conduites droit à leur terme, avec une vigueur de poussée qui ferait perdre haleine à tout autre. Et dans ces vers puissants, bouillonne un sentiment plus puissant encore, et qui vient se heurter aux mots comme à une digue. Je voudrais qu'on fît un recueil de Lamartine avec ce titre : Poèmes virils, et cette épigraphe :
Le Dieu qui trempa mon âme
dans des torrents de force et de virilités ^
On lirait dans ce recueil Bonaparte, Le Cri de rame, Novissima Verba, Les Révolutions, La Peine de mort, A Némésis, Utopie, Le Toast au Banquet des Gallois et des Bretons, La Marseillaise de la Paix, et tant d'autres poè-mes « aux fortes, aux mâles pensées^ », chefs-d'œuvre aujourd'hui inconnus, qui détruiraient le portrait conventionnel et simpliste que la légende a fait à l'amant d'Elvire. Il ne faut pas oublier que le chantre des Médita-