‹ LamartineChapitre 7 sur 46 · II V · texte numérisé non relu

II V

L'histoire de sa jeunesse est tout entière dans, ce mot. Cette âme vigoureuse se serait renouvelée en se dépensant : l'inaction sembla en éteindre la flamme ; et, prématurément lasse, fatiguée de sa stérilité, elle vint chercher rejjgge pour son découragement dans la mélan- ^ colie presque morne des Méditations.

Ce passage ne se fit point en un jour, ni sans souffrance, ni sans retours intermittents vers le passé. Il a conté cette crise décisive et an-| goissante, ces alternatives d'extase et de dégoût, dans ses lettres à Virieu, d'un élan si sincère, — confession d'une âme haute, qui sent son impuissance, et plus fortement encore sa noblesse. Il essaya donc de « se rapetisser, de s'avilir..., de suivre le gros du troupeau, qui mange et qui dort, et vit au jour la journée, sans s'inquiéter d'amour, ni d'avenir, ni de gloire » ' :

Sans regrets, sans espoir, avancer dans la vie comme un vaisseau qui dort sur une onde assoupie, sentir son âme usée en impuissant effort, se ronger lentement sous la rouille du sort, penser sans découvrir, aspirer sans atteindre, briller sans éclairer, et pâlir sans s'éteindre ^

1. Lettres à Virieu, 31 octobre 181 2, à Guichard de Bienassis, 8 décembre 1811, Correspondance, I, 207, 190.

Page 1