Les Préludes, Nouvelles Méditations
LA POESIE ET LA VIE
telle était Texistence décolorée qu'il voyait autour de lui, et où il rêvait parfois d'étouffer et d'ensevelir ses ardeurs. Il les dispersa du moins dans des amourettes « sensibles », dans quelques banales idylles maconnaises ou napolitaines. Il connut pour un temps l'ennui de la petite garnison, qui acheva de le déprimer. Paris le prit enfin : il y chercha vaguement fortune dans les antichambres ; et, en attendant, faute de mieux, « s'y éreinta de bals et de soupers » *. En quête de succès mondains et de célébrité académique, il voulut être un « belleslettré » ^ Son La Harpe ou son Voltaire sur la table, il fit des vers suivant la recette du jour ; il rima des épîtres, des « impromptus préparés » ', des poèmes didactiques, jusqu'à des tragédies et des épopées. Tout ce qu'il avait au cœur de passion insatisfaite, il tenta de l'affadir en des élégies voluptueuses sur le modèle de Bertin et de Parny '*. Il eut une Elvire comme Parny une Éléonore ^ ; et l'on put
1. Lettre à Fortuné de Vaugelas, 2 mars 181 0, Correspondance, I, 259.