‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 110 sur 218 · Jlarm., livre I. Hymnodu malin · texte numérisé non relu

Jlarm., livre I. Hymnodu malin

L'Italie a fourni à Lamartine des impressions multiples et fraîches, une lumière légère et vibrante, une atmosphère sonore et embaumée, un décor somptueux en harmonie avec ses songes, le décor qui sied à l'expression de l'amour ou de la joie, et à l'apothéose des souvenirs. Souvent le poète parait inventer le cadre de ses élégies et de ses hymnes ; presque toujours il reproduit un site du paysage campanien qui a déposé dans l'imagination du poète ses formes et ses couleurs, ses parfums et ses échos, et qui a fourni ainsi un des éléments, le plus important, du décor de sa vie intérieure.

Ainsi l'imagination du poète devient de plus en plus opulente et souple. Toutes les formes qui se lèvent des livres et de la vie sont conservées dans sa mémoire. Il s'en empare par une sorte d'assimilation spontanée* et les abandonne à Faction inconsciente d'une végétation intérieure. Il associe aux images qu'il semble imiter d'autres images plus conformes à sa vision et qui surgissent de ses souvenirs, tempérant l'éclat d'une métaphore biblique par des figures , adoucies empruntées à Pétrarque, faisant retentir sur les côtes campaniennes les échos entendus sur les bruyères d'Ossian, et surtout répandant sur les objets qu'il veut décrire les couleurs de songe des paysages qui se déploient dans les avenues intérieures de son âme.

Voici une strophe de l'Esprit de Dieu dans les Nouvelles Méditations :

mm*wM*<n*' in<f i

mon âme! de quels rivages Viendra ce souffle inattendu?

Sera-ce un enfant des orages, Un soupir à peine entendu?

Viendra-t-il comme un doux zéphyre, ^Mollement caresser ma lyre, Ainsi qu'il caresse une fleur?

Ou, sous ses ailes frémissantes, Briser ces cordes gémissantes Du cri perçant de la douleur?

. Cet enfant des orages semble venir des régions Ossianiques qui font lever autour de lui des èoiïpirs à peine entendus. Le zéphyr, avec ses molles caresses, part de l'Italie et lui apporte le souvenir des. beautés italiennes. La lyre, c'est l'âme même dont le. chant retentit sous les coups de la douleur. ' i C'est le privilège des grandes imaginations de 1 retenir et de combiner les formes et les images inventées par la pensée humaine ou semées à travers le monde. Lamartine aurait donc pu faire servir à l'expression des sentiments de son temps une langue enrichie et renouvelée.

Mais ce qu'il avait de rare et d'original, c'était moins le don d'imaginer que la puissance de sentir.

Cette sensibilité, qui se disperse d'abord en des plaintes faciles où s'agitait sa jeunesse, trouvé tout à coup les raisons de s'approfondir et de se répandre..

La mort de Julie fait jaillir la source des larmes, et apporte un ferment à la vie intérieure.

Nous allons suivre les mouvements de cette vie intérieure, et nous verrons que le lent travail d'imagination auquel nous venons d'assister a permis au poète de donner un langage à ses méditations et à ses mélancolies.

Page 1