‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 111 sur 218 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'imagination si malléable de Lamartine gardait sans effort les formes et symboles où la vie de son ftme solitaire et vagabonde avait trouvé l'occasion de s'exalter et de s'épanouir. Pénétrons maintenant dans le domaine intérieur, où venaient se déposer tous ces signes de poésie et de beauté.

Dans la chambre obscure où sommeille son génie* le poète porte un monde aux perspectives flottantes, semé d'images mystérieuses et présentant les matériaux et les décors qui serviront à enfermer ses rêves ou à décrire les spectacles de la nature. C'est une sorte de paysage intime et secret, dont il sentait déjà la présence aux heures inquiètes de sa jeunesse. Tantôt cette vision l'enchantait comme une féerie triomphale, dont il étaij à la fois le spectateur et l'ac-

teur ; tantôt elle le laissait endolori sous le poids de sa beauté insoutenable. Que de fois il se plaît à dire qu'il vivait d'une vie intérieure voilée et bruissante, dont il écoutait les vibrations ! « Il y avait en moi des océans de choses vagues dont je ne savais ni la nature ni le nom, et qui étaient déjà poésie 1 . » Ailleurs il parle des « événements intérieurs, » de « l'abondance de l'inspiration intérieure*. » Cette inspiration se manifeste tantôt par des voix : « J'avais enfin trouvé la fibre sensible d'un poète à l'unisson de mes voix intérieures \ » Ces voix font partie d'un orchestre invisible qu'il écoutait dans le ravissement de l'inspiration :

lyre, ô mon génie, Musique intérieure, ineffable harmonie, Harpe que j'entendais résonner dans les airs Comme un écho lointain des célestes concerts 4 .

Tantôt il ressentait les secousses d'une agitation dévorante qui ne s'apaisait que dans les mouvements d'une existence imaginaire : « J'étais dévoré d'activité intérieure, et on me condamnait à l'immo- . bilité 5 . » Quelquefois il subissait l'éblouissement

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