‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 139 sur 218 · Prem. Méd., La Retraite · texte numérisé non relu

Prem. Méd., La Retraite

poète est presque toujours & l'état philosophique, si le philosophe est celui qui sent l'éternité qui enveloppe nos mouvements éphémères.

Ce privilège merveilleux de sentir l'infini et d'échapper aux servitudes du temps et de la matière donne à la vie de l'âme une portée surnaturelle. Il nous permet de saisir, à travers le monde qu'elle parcourt d'un vol triomphant, l'accent de sa voix et l'ampleur de son geste. Car cette âme ne restera pas sans emploi ; ses ardeurs ne brûleront pas dans l'angoisse des émotions qui ne peuvent pas s'exprimer. Le paysage intérieur qui se déroule au fond d'ellemême, avec ses souvenirs, ses formes et les sons de tous ses échos, va devenir la matière assouplie et brillante, que le poète fera entrer dans les combinaisons de ses chants.

La vie de l'âme prendra donc trois formes qui correspondent aux trois aspects du paysage intérieur: l'une intérieure et secrète, où elle s'abandonne a la solitude et à la mélancolie ; l'autre plus agitée, où elle se désespère dans le regret des joies du ciel et les tristesses de l'exil ; la troisième, extérieure

LamtrUne. 18.

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et conquérante, où l'univers semble s'assouplir en ~]

d'innombrables métamorphoses pour subir sa mal- *'

Irise et sa loi. Ainsi le génie du poète se déploie avec ,1 le triple caractère que lui donnent ces trois sortes

d'inspiration. ,

La solitude donne à l'âme tout son essor. Elle constitue un royaume où elle peut dérouler tous les caprices de ses songes. Elle est la grande inspiratrice. . C'est en elle que nous subissons le moins la fatalité des contingences : nous arrêtons la minute qui passe et nous l'obligeons à contenir l'infini de nos aspirations, et ainsi certaines minutes de solitude nous paraissent enfermer des siècles. Ce sont surtout ces joies que Lamartine a chantées :

Ainsi que mon regard, mon âme se déploie, vL^Kt croit, en respirant cet air de liberté, Recouvrer sa splendeur et sa sérénité 1 .

Cette Ame, que les sens ne dominent plus, voit et entend dans le silence des solitudes ce qui échappe aux yeux et aux oreilles des hommes dans le tumulte

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