‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 166 sur 218 · lhid. t page 16i · texte numérisé non relu

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5. Cf. une lettre à Viricu du 14 dec, 1822 : c Fréminville mintéresso do plus en plus. Il m'a lu hier un fragment digno do Platon, notre type. C'est neuf, c'est important, c'est beau, c'est vraisemblable ! Que vcux-lu de mieux en métaphysique ? »

trop complètement à ses intimes besoins esthétiques pour qu'elle soit acquise. Le poète, qui entendait au fond de lui l'écho d'un chant harmonieux, pensait que dans le cœur de tout être vibre une musique, battement sonore de la vie môme.

Que cette théorie est belle et féconde ! Elle se vérifie par les effets du rythme et de l'harmonie. Le rythme, par ses combinaisons précises, donne à une phrase un caractère éternel. Un vers bien rythmé a une force de résistance incomparable. Toutes ses parties se tiennent par un lien caché que rien ne peut rompre. C'est un chef-d'œuvre de cohérence et d'organisation. Un sentiment qui s'échappe des racines môme du cœur, et qui semble un jaillissement des sources profondes de la vie, trouvera son expression adéquate dans les combinaisons du rythme, à la fois souples et fermes comme les manifestations d'une loi. Le vers est donc la mise en œuvre irréprochable d'une loi de la vie. Même une phrase en prose bien rythmée a la netteté, la précision impeccable des formations cristallines, et, selon l'observation de Flaubert, elle répond aux exigences de la respiration, c'est-à-dire aux lois de la vie cl du rythme universel.

Les combinaisons du rythme peuvent être analysées; elles sont tantôt entrelacées et fuyantes comme

dans les rythmes compliqués, tantôt simples comme dans les rythmes primitifs. On peut en suivre, avec une précision mathématique, la direction et l'entrelacement. Mais ce qui se dégage du rythme, c'est l'har- < monie qui est la vibration insaisissable des mouvements rythmés, l'harmonie légère ou profonde, berceuse ou exaltante, lointaine ou rapprochée, tournée vers le passé avec ses sons étouffés qui enveloppent les souvenirs, ou nous emportant en avant par le fracas des sons conquérants. Ce qui est harmonieux est harmonieux absolument. 11 y a peut-être des degrés dans la beauté: une œuvre qui paraît belle peut devenir plus belle encore par le prestige des combinaisons plus heureuses dans les formes, les attitudes ou les couleurs. Au contraire un son harmonieux, un écho fugitif, un rire d'enfant, une chanson naïve et simple, le bruit d'une feuille qui tombe sur un étang, un son léger sur un verre de cristal ont la valeur de plénitude d'une mélodie savante. Quelle étrange chose que l'harmonie ! Il y a du miracle et du mystère en elle, car elle est parfaite * et infinie, et comme elle sort partout des choses vivantes, des voix de la mer ou des soupirs des bois, du chant des oiseaux ou des bruits de l'air, elle paraît, surtout aux poètes dont l'âme est plus retentissante, comme le son même de la vie. Par le carac-

Itère éternel que le rythme donne à la pensée, par la portée infinie que l'harmonie donne à l'émotion, Lamartine a senti que « l'harmonie et le rythme sont deux lois mystérieuses de la nature 1 , » et, par la puissance de retentissement de son Ame, il a entendu les vibrations de ces mouvements de la vie, non seulement dans les espaces démesurés, mais au fond même de tous les êtres et dans les solitudes de son propre cœur.

Il croyait en effet que dans l'âme résonne une harpe dont les sons enveloppent le mystère qui glt au fond de tous les êtres. Cette harpe vibre sans cesse, et ces vibrations sont plus ou moins sensibles, selon les mouvements de la vie intérieure, tantôt endormie, tantôt ardente. Le poète surtout est « une véritable lyre vivante à toutes cordes' ». Il n'a qu'à fermer l'oreille aux bruits du monde pour se replier en lui et entendre les échos d'un chant qui peut quelquefois se ralentir, mais qui ne s'arrête jamais ; carie cœur bat toujours et ses battements sont harmonieux:

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