Prcm, Méd, % Ressouvenir du Lac Léman
Le rythme de la Bible est quelquefois imité dans les vers du poète. On croit entendre le retentissement des appels brusquement jetés par l'ûrne prophétique dans des phrases courtes, d'une symétrie nerveuse. Nous avons vu que l'imagination sémitique, soulevée par l'impétuosité des émotions qu'elle éprouve, évite les lenteurs de la période, et s'exprime plutôt en phrases heurtées, dans un jaillissement d'images tour à tour joyeuses ou irritées : on dirait une succession de cris de joie ou de sanglots. Toutefois on peut saisir aisément, dans la con texture de la phrase, l'harmonie d'un rythme original. Tantôt le redoublement de l'expression présente la pensée dans une sorte de balancement ; tantôt l'idée, rendue à la fois sous la forme positive et négative, s'enferme dans un contour plus net : c'est le parallélisme. Faut-il rattacher celte forme de développement à « une mimique, ou plutôt à une sorte de danse - dont les mouvements combinés deux par deux appelaient le redoublement de la pensée *? » Faut-il y voir plus simplement
1. A. Eévillo. Cité par M. 1 abbé Delfour, du chapitre do Ni mes,
la seule forme rythmique dont pût s'accommoder l'imagination des Hébreux ' ? Quoi qu'il en soit de l'origine de ce parallélisme, Lamartine en a reproduit souvent l'allure nette, la mélodie brisée :
J adore sa justice, et ne puis la comprendre 1 ... Le Seigneur est sévère, et n'est pas inflexible: Aux cris de -l'innocence il se montre sensible 3 ...
C'est le rythme mpme de la Bible : la pensée est souvent exprimée par antithèse :
« Le Seigneur tue et vivifie. »
<( Il conduit aux Enfers et il en ramène. »
e « Le Seigneur fait le pauvre et le riche. »
« Il abaisse et relève \ »
L'expression est aussi martelée dans les vers suivants :
Il veut sonder le monde, et son œil est débile; Il veut aimer toujours: ce qu'il aime est fragile *.
L'antithèse de la forme, en accusant l'opposition
dans son intéressante étude sur la Bible dans Racine, p. 157. Paris, Leroux, 1891.
1. « La poésie des Sémites nomades consistait dans une coupe symétrique de la phrase en membres parallèles et dans l'emploi de mots choisis. » E. Renan {Histoire d'Israël, t. I, p. 23).