‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 185 sur 218 · Nouv. Méd. t Le Poète mourant · texte numérisé non relu

Nouv. Méd. t Le Poète mourant

de l'ombre. Pour lui l'ombre vit : en elle s'agite une existence qui tient h la fois de notre monde par sa forme, et du monde suprascnsible par sa faculté d'échapper h l'espace et au temps et de donner un corps aux désirs de l'unie ' .

Celte vie de l'ombre est dérobée aux rudesses de notre existence coutumière : elle se déploie silencieusement dans le calme des passions éteintes et des mélancolies résignées. Tandis que pour Victor Hugo l'ombre est plutôt tourmentée et sinistre, évocatrice de fantômes irrités, l'ombre pour Lamartine a une attitude calmée, un regard qui se pose doucement sur les choses :

Tous mes songes viennent de toi, Doux comme le regard d'une ombre 1 .

On comprend dès lors comment nos rêves mêmes peuvent laisser leur ombre sur noire existence :

Et l'ombre de ses cils que le zéphyr soulève

Flotte légèrement comme l'ombre d'un rêve

Qui passe sur ses yeux 3 .

1. Cf. Souv. et Portr. % t. I, p. 131 : « Cette ombre de 1* chambre sur les murs, dans laquelle on pouvait s'imaginer voir encore l'ombre colossale du poète... »

.2. Prem. Méd., Souvenir.

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