‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 186 sur 218 · Nouv. Méd., Chant d'Amour · texte numérisé non relu

Nouv. Méd., Chant d'Amour

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Celte ombre d'an rérc, c'est bien le reflet de ee paysage intérieur où nos songes s'agitent, et d'où ils projettent l'éclat plus on moins assourdi de leur rayonnement.

Ainsi, grâce à ces reflets qui voltigent devant les> yeux de l'âme et qui donnent un corps subtil à ses / émotions, le poète se promène dans un monde plein de prestiges : il vit dans le miracle. Nous sommes tous capables d'éprouver des sentiments délicats et rares qui nous donnent pendant de courts instants l'illusion d'une existence légère et comme illuminée ; mais ces rêveries où nous nous jouons sont insaisissables ; leur charme si frêle s'évanouit au moindre choc, et rien ne nous reste de ces apparitions fugitives que le regret de les avoir entrevues. Pour le poète, ces émotions intérieures ne restent pas dans le domaine des choses senties et rêvées ; car la force de projection qui les anime leur permet de se vêtir / de couleurs et de formes.

Même le monde extérieur semble dégager des reflets ; ils échappent à nos regards affaiblis, mais ils 4 «meurent sous le regard du poète tant que dure

l'enchantement poétique. N'est-ce pas reconnaître qu'ils partent, non pas des choses, mais de l'âme même? Et ainsi au-dessus et k côté des êtres, semblent vivre et s'agiter leurs formes idéales qui transforment délicatement les apparences qu'ils revêtent. Les objets, qui se plient à d'harmonieuses combinaisons, semblent doués d'une mobilité qui leur permet de glisser avec une aisance sans obstacle, comme les ombres des arbres qui fuient sous le souffle du vent et flottent sur les eaux.

Ce sens des reflets extérieurs s'avive surtout devant les spectacles ou les souvenirs qui émeuvent la sensibilité, ébranlent le paysage intérieur et mettent enjeu sa force d'expansion. Aussi ne faut-il pas s'étonner si les images qui se lèvent des choses sont alors plus embellies ; ce sont comme des visions légères, qui se dressent devant le poète, symbolisent les émotions dupasse et trouvent place sans effort dans l'espace où elles se meuvent. Par exemple, la beauté a une force de resplendissement qui ennoblit tout ce qui l'entoure : « Je ne sais dans quel rayonnement de splendeur douce celte physionomie nageait 1 . »

L'air même semble sentir les effets d'une chaleur rayonnante ; il se pare d'un éclat imprévu et fris-

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