Job, XIX
I de tournures, des métaphores primitives et toutes.
! fraîches, des tableaux épiques subitement évoqués.
I Son art s'y élargit de tout ce que l'imagination orienjtale possède à la fois de rude et d'épanoui, de vigueur /dans la pensée, et de puissance expansive dans lima-
I gination ; mais partout, sa sensibilité intervient, se révèle spontanément par des marques originales.
C'est le Chant d'amour des Nouvelles Méditations qui fait le mieux comprendre les mouvements particuliers de l'imagination Lamartinienne. — Le poète semble imiter le Cantique des Cantiques: en réalité il substitue sans cesse aux métaphores bibliques des images personnelles. Ce n'est ni une traduction, ni même une adaptation ; la différence est aussi profonde que si un musicien voulait rendre les émotions produites par une œuvre peinte ou sculptée. C'est une transposition habile, qui a la souplesse et la spontanéité d'une œuvre créée dans l'élan de l'inspiration. On dirait que dans sa mémoire flottent et chantent des airs très anciens : sur ces airs aux modulations incertaines, il frappe des accords très riches avec une
virtuosité incomparable, et la musique qui retentit en échos sonores a la légèreté d'un air improvisé.
Nous verrons que l'expression de l'amour a la même abondance d'effusions sentimentales ; mais les. images sont adoucies ou renouvelées.
La Bible dira: « Mon bien aimé est pour moi comme un faisceau de myrrhe ; il dormira sur mon sein 1 . »
Lamartine oublie le faisceau de myrrhe et ne retient que le parfum :
Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles Ce souffle parfumé
Voici une image très primitive : « Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore à son lever, belle comme la lune, brillante comme le soleil*? »
Cette image, paraissant trop directe, est enveloppée dans une comparaison plus sinueuse :
Ouvre les yeux, dirais-je, 6 ma seule lumière!
Ton regard languissant est plus cher à mon âme Que le premier rayon de la céleste flamme • Aux yeux privés du jour.