‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 32 sur 218 · Souv. et Portr., t. I, p · texte numérisé non relu

Souv. et Portr., t. I, p

la poésie 1 . » Après le collège, dans la solitude de Milly et de Saint-Point, il vint s'abreuver à cette source toujours jaillissante de pensées mélodieuses, et ainsi certains motifs d'inspiration, des sujets de tableaux, quelques métaphores brillantes sont passées des oeuvres du prosateur dans les vers du poète.

Lamartine semble avoir répondu à l'appel de Chateaubriand traçant ici et là dans son livre le programme d'une renaissance littéraire fondée sur l'expression épique et lyrique des sentiments religieux. Certaines Méditations et beaucoup d'/fafyftonies semblent du Chateaubriand mis en vers, parce que le poète pensait aussi que la poésie moderne pouvait être renouvelée par la peinture des beautés

* morales que le Christianisme avait répandues sur le inonde.

I En donnant un prix surnaturel à la vie intérieure, la religion a porté la lumière dans les profondeurs de notre ûme. « Tout est extérieur, tout est fait pour les yeux dans les tableaux du paganisme ; tout est

1, Souv. et Portr., t. I, p. 88, 89.

sentiment et pensée, tout est intérieur, tout est créé pour l'âme dans les peintures de la religion chrétienne. Quel charme de méditation ! Quelle profondeur de rêverie 1 1 » Ainsi le caractère même du culte chrétien porte les hommes « aux méditations et aux désirs 9 ; » il leur donne en outre le sens et le goût de la mélancolie. La pensée des joies célestes rend notre séjour sur la terre plus lamentable; sans cesse partagé entre la douleur des souffrances que la vie nous impose et la douceur des espérances lointaines que la religion nous invite à concevoir, le chrétien se livre à d'« inépuisables rêveries, » et il se regarde toujours « comme un voyageur qui passe ici-bas dans une vallée de larmes et qui ne se repose qu'au tombeau'. » Les Méditations ne sont-elles pas le commentaire poétique de ces pensées ? j

Chateaubriand qui voyait de son regard de précurseur ses idées en marche dans le temps et l'espace, avec leur puissance d'assimilation et de conquête» pressentit que la littérature moderne serait pénétrée de cette mélancolie dont l'étude remplacerait les analyses des moralistes du xvn 6 siècle pour éclairer les contradictions et les mystères du cœur humain.

Page 1