Ibid
Avec la leçon, il donnait l'exemple. Son œuvre entière fait entendre un son mélancolique: c'est la plainte d'un grand artiste qui sent son isolement devant l'univers, et qui essaie, par l'immensité de ses désirs, de combler l'abîme de son cœur. Sentiment antique, sentiment éternel qui n'avait jamais trouvé
% des accents d'une sonorité plus funèbre. Il définissait les causes de cette mélancolie, quand il opposait l'imagination qui est « riche, abondante et merveilleuse )) à l'existence qui est « pauvre, sèche et désenchantée. ! » Il en montrait les progrès inévitables dans l'âme humaine quand il parlait de ces passions sans objet qui « se consument d'elles-mêmes dans un cœur solitaire. 1 » L'histoire de René servait d'illustration à cette vérité tragique. Les Méditations sont
« aussi pour une grande part l'effusion de cette mélancolie où les passions humaines son\ à la fois agrandies et adoucies par le pressentiment ou le regret des joies éternelles.
L'inquiétude mélancolique est donc la marque des âmes d'élite. Le génie est condamné au malheur. Ses tristesses sont sans consolation. Il habite avec un cœur plein un monde vide ; il est détrompé sans avoir joui ; sans avoir usé de rien, il est désabusé de