‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 46 sur 218 · Parlic 1, lettre \L1I · texte numérisé non relu

Parlic 1, lettre \L1I

vers de Lamartine : « L'esprit perdu dans cette immensité, je ne pensais pas, je ne philosophais pas ; je me sentais avec une sorte de volupté accablé du poids de cet univers ; je me livrais avec ravissement à la confusion de ces grandes idées ; j'aimais à me perdre en imagination dans l'espace ; mon cœur resserré dans les bornes des êtres s'y trouvait trop à l'étroit ; j'étouffais dans l'univers ; j'aurais voulu me lancer dans l'infini. Je crois que si j'eusse dévoilé tous les mystères de la nature, je me serais senti dans une situation moins délicieuse que cette étourdissante extase à laquelle mon esprit se livrait sans retenue, et qui, dans l'agitation de mes transports, me faisait crier quelquefois : O grand Lire ! ô grand Ltre ! sans pouvoir ni dire ni penser rien de plus 1 . »

Nous trouverons dans les vers du poète le même goût a répandre son urne dans l'univers, la même volupté dans l'extase, le même besoin d'oublier les: bornes de son être dans l'adoration de Jéhovah, et, pour le vocabulaire, la même mollesse dans l'abondance.

1. Ce passage est un de ceux qui révèlent le mieux la manière de Rousseau. Il est cilé dans les Mélanges do Doudan (t. I, p. 59, 60. Calmann-Lévy, in-8), qui l'apprécie avec justesse : « Tout lo vague de la rêverie est empreint dans cotte lettre. » On trouverait dans la Nouvelle I/éloïsc do nombreuses pages, d'un sentiment et d'un tour analogues.

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Lamartine, qui a si souvent reconnu les insuffisances de la forme dans les œuvres poétiques de la fin du xvm* siècle, admira dans la prose de Rousseau l'harmonie des mots, le mouvement et le rythme de la phrase. La pensée et l'émotion s'expriment par des périodes acérées et vibrantes, ou .s'épandent en flots de mots abondants. De là un mélange original de légèreté et de plénitude, de brièveté et d'ampleur, de subtilité et d'emportement. Les phrases sont d'ordinaire courtes, et cependant un souille passe, qui soutient et entraîne tout. Parfois, dans la trame serrée et brillante du style, on trouve des tours rocailleux, ou au contraire des formes trop abandonnées. On est déconcerté par ces déclamations, ce déploiement inattendu d'images mal assorties et criardes; mais; quand l'élan de la passion s'est amorti, et que l'artiste, toujours entraîné, mais surveillant mieux ses démarches, dirige l'abondance de ses expressions au lieu de la subir, alors le couplet se développe avec une maîtrise incomparable. Car ce sont bien souvent des couplets qui ont, de la strophe, la souplesse et l'envolement, des couplets dont les parties se répondent,

des couplets qu'on peat détacher de la page ci qui gardent leur harmonie et leur douceur :

« Tu m' as laissé quelque chose de ce charme inconcevable qui est en toi, et je crois qu'avec ta douce haleine tu m'inspirais une ftme nouvelle \ »

Quelquefois ce sont des commencements de strophes ; le motif lyrique est indiqué :

a Dis, froide et mystérieuse amante, tout ce que ton Ame no communique point & la mienne, n'est-il pas un vol que tu fais à l'amour ' ? »

a tristesse enchanteresse t O langueur d'une Ame attendrie! Combien vous surpassez les turbulents plaisirs, et la gaieté folâtre, et la joie emportée, et tous les transports qu'une ardeur sans mesure offre aux désirs effrénés des amants ' ! »

« Va donc, douce chimère d'une Ame sensible, félicité si charmante et si désirée, va te perdre dans la nuit des songes \ »

On voit que le dessin de la phrase, sinueuse et chantante, ébauche délicatement le mouvement lyrique. Ce qui frappe en effet, c'est la qualité musicale des sons associés 8 . On a trop insisté sur le carao-

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