‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 49 sur 218 · Jbid., Disc, nrclim · texte numérisé non relu

Jbid., Disc, nrclim

puissance d'émotion. La littérature qu'elles ont nourrie, en lui prêtant des métaphores et des motifs de développement, a fini par être une œuvre de convention, gonflée d'artifices et de lieux communs, que la mémoire enregistre et reproduit à son gré, mais où l'âme n'a point de part. Le moment est venu de rejeter ce décor qui a pu donner l'illusion de la vie, tant qu'il a gardé sa fraîcheur, mais qui apparaît terne comme une défroque surannée. D'ailleurs tous ces dieux qu'il encadre n'ont plus d'expression sur leurs traits qui s'effacent. « L'imagination s'est lassée de les admirer partout sous leurs innombrables formes 1 . »

La mythologie d'Ossian est donc plus émouvante que la mythologie grecque, — et pour montrer la supériorité poétique des légendes du Nord, Baour n'hésite pas à dire que les Grecs avaient créé leur mythologie comme un divertissement*. Erreur grossière : il n'a pas vu qu'à la naissance de ces mythes préside l'âme entière de tout un peuple. Mais ce jugement superficiel est celui de tous ses contemporains qui ne voyaient plus dans les récits des Grecs que des fictions spirituelles. Nous comprenons combien ils avaient raison de se tourner vers une littérature

Page 1