Disc. prél
nation du Nord. On sent que cette irruption des images et des mythes est trop brusque. L'esprit de Lormian en est bien ébranlé, mais il est incapable d'en soutenir l'élan, de lui trouver h travers son œuvre un courant facile. Il ne réussit qu'à nous donner un pastiche incohérent, souvent maladroit, où se heurtent, dans une confusion qui est une gêne pour le lecteur, des tons discordants. Les souvenirs classiques interviennent malgré lui dans cette traduction laborieuse. Il conserve trop souvent l'attitude de l'écolier devant le texte qu'il traduit.
Celte œuvre de Baour-Lormian n'est d'ailleurs qu'un essai. Son imagination pressent bien une conception étrange de la vie, une manière originale de sentir la nature, le sens douloureux de la fuite des choses, le goût des voluptés de la mélancolie. Mais la forme est souvent rude, et les gaucheries abondent. La période poétique, qui semble partir et se développer avec ampleur, tourne court : le souffle manque. Cependant il n'est pas possible que l'imagination d'Ossian, à la fois primitive et livresque, ne transparaisse pas à travers celle traduction ; l'expression est quelquefois plus souple, et on trouve de ci de là quelques vers plus heureusement venus, d'une sonorité douce et vibrante.
Par exemple il n'esl pas rare de noter des compa-
v raisons riches de sens, qui traduisent un sentiment par l'évocation d'un spectacle de la nature :
Aussi calmes qu'un bois vers le déclin du jour 1
Ils marchent plus nombreux que les sables mouvants Ou les roseaux d'automne agités par les vents 1 ... Minona pour mon lie est un astre serein:
Mon cœur s'épanouit à sa douce lumière 8 ...
Obscur comme un ruisseau qui dan* l'ombre s'écoule 4 ... Ils s'élèvent pareils à deux brouillards errants 8 ... Sa jeunesse brillait comme l'astre serein Qui sème d'un or pur la rive orientale 6 .
Par ces comparaisons, le vers s'envole d'une aile légère, et le sentiment s'épanouit dans une lumière inattendue.
On trouve aussi, dans le choix des métaphores, l'expression d'une sensibilité de poète, qui traduit ses émotions dans une langue où les jolis détails abondent :
L'haleine du zéphyr qui dans l'air se balance 1 ... Une clarté lêgcro
i. Ossia/i. Ouv.citc, pago 173 (Bataille do Tcmora).