Prem. Méd. t Llsolement
2. Cf. le commentaire de l'Isolement. « J'avais emporté ce jour-là •ur la montagne un volume de Pétrarque dont je lisais de temps en temps quelques sonnets. »
C'est pourquoi Lamartine, comme Pétrarque en parlant de son amour, semble être à genoux, devant une croix, dans l'extase des prières sacrées. Il a toujours aimé, d'un même culte enthousiaste, la même personne. Elvire, c'est tour à tour et à la fois Graziella et Julie, c'est l'Amante qui se lève du fond du passé, avec tous les prestiges de la mort ; car il faut à cette passion exaltée toutes les émotions de la tombe et la fantasmagorie des souvenirs. La mort prête au poète son cadre mystérieux : ainsi dégagée des entraves du temps et de la matière, l'imagination peut montrer l'art de tous ses symboles. Les créations magnifiques des rêveries et des regrets, les ombres errantes où s'attachent les mélancolies, les reflets de la sensibilité, toutes ces combinaisons multiples auxquelles se prêtent si aisément les formes entrevues des êtres et des choses peuvent alors, en mêlant leurs illusions, nourrir sans cesse le culte du poète. Aussi son amour pour les vivantes, Lamartine l'exprime-t-il finement en des madrigaux compliqués : il imagine des comparaisons où il se guindé en des recherches de bel esprit. Mais quand la mort a répandu sur les êtres qu'il a aimés le voile de son auréole, il les contemple dans l'éclat de leurs métamorphoses et l'expression de son amour a l'ampleur et le retentissement d'un hymne.
Le charme de l'amour rayonne sur. tout ce qui l'entoure. La Nat ure en éprouve un ébr anlement qui donne à ses couleurs un éclat imprévu. On dirait que surce fond ^chàngeant se projettent toutes les attitudes joyeuses ou attristées de la femme. Le paysage s'anime ; les arbres ont des frémissements sympathiques ; les fleurs se balancent doucement ; les bruits des choses se composent harmonieusement en un cantique de joie : il semble que l'univers retentisse de toutes les émotions de l'amour.
Tant que Laure vit, elle répand sur la nature entière une lumière sereine qui idéalise ses formes : « Laure si douce et si pure, qui apaise l'air et chasse le tonnerre. »
Laura dolce e pura, Ch' acqueta l'aere, e mette i tuoni in bando 1 .
Lamartine donne à l'amour le même pouvoir d'enchantement :
Dans l'air qu'elle occupait j aime à prendre sa place, Comme si son passage eût consacré l'espace '.
i. Son,, XC. In vite di Laura.